Depuis que Daniel Collienne et son épouse Suzanne Desmidt ont médiatisé leur acquisition de poulaillers mobiles, ils sont régulièrement contactés par des agriculteurs qui s’intéressent à ce système d’élevage.
Depuis que Daniel Collienne et son épouse Suzanne Desmidt ont médiatisé leur acquisition de poulaillers mobiles, ils sont régulièrement contactés par des agriculteurs qui s’intéressent à ce système d’élevage. @ Philippe Lavandy

Daniel Collienne, l’éleveur de conscience

Daniel Collienne, de la Ferme du chemin des meuniers à Sprimont, aime raconter son histoire à qui veut l’entendre. Parce qu’elle fait corps avec tellement d’autres histoires. Celle de l’agriculture biologique, celle du syndicalisme, celles de tant de paysans en quête d’indépendance. 

Clémence Dumont, Journaliste | clemence@tchak.be et Philippe Lavandy, photographe | philippelavandy@yahoo.fr 

« Je vais vous raconter mon histoire. J’espère que vous n’êtes pas pressée », entame Daniel Collienne, bientôt 58 ans. Le regard bienheureux, l’homme en salopette de travail parle doucement mais n’est pas du genre taiseux. Plus de trente ans de carrière l’ont rendu désireux de partager et, qui sait, d’inspirer. Peut-être parce que, dans la famille d’agriculteurs qui l’a vu naître, tous n’ont pas compris ses choix. « Quand, au milieu des années 1990, j’ai annoncé que je voulais m’engager en bio, ma maman m’a dit : “Tu retournes 50 ans en arrière !” J’ai répondu : “Non, je fais un bond de 50 ans en avant !” Par la suite, mon papa a développé la maladie de Parkinson et je n’ai plus pu converser avec lui. Ma maman, elle, a fini par comprendre. » 

+++ Ce dossier est au sommaire du numéro 5 de Tchak! (printemps 2021)

Avec son frère en revanche, le bio reste un sujet tabou. Dans les plans familiaux, il était prévu qu’ils reprennent en duo la ferme paternelle, à Sprimont au sud de Liège. Mais, en désaccord sur l’orientation à lui donner, ils ont préféré exercer leur métier séparément. Chacun d’un côté de la E25, qui fait office de frontière entre leurs parcelles. Pour Daniel, ce différend a été l’occasion de revoir toute son organisation puisqu’il a dû construire des bâtiments d’élevage et, quelques mètres plus loin, une maison toute neuve. 

Les poules, c’est une nouvelle passion pour Daniel Collienne et son épouse Suzanne Desmidt, qui n’en avaient jamais élevé avant l’acquisition de ses poulaillers mobiles en 2018.
Les poules, c’est une nouvelle passion pour Daniel Collienne et son épouse Suzanne Desmidt, qui n’en avaient jamais élevé avant l’acquisition de leurs poulaillers mobiles en 2018 @Philippe Lavandy.

Une nouvelle culture 

Épaulé par son épouse Suzanne Desmidt, qui s’investira davantage dans la ferme à mesure que leurs quatre enfants grandiront, Daniel Collienne ne se contentera pas de se convertir au bio dès 1997. Ce gradué en électromécanique est à l’affût de toutes les idées pour améliorer l’efficience de son exploitation, ses performances écologiques ou le bien-être de ses animaux. Même si cela lui vaut des regards étonnés dans le voisinage. « J’ai commencé à cultiver des céréales associées à des légumineuses pour nourrir le bétail sans dépendre d’aliments extérieurs. Des céréales, cela ne se faisait plus dans la région, à part du maïs. On parlait peu d’autonomie alimentaire à l’époque… » Aujourd’hui, l’entièreté de la nourriture de ses bovins provient de ses parcelles. 

Alors que les vaches en question nous observent d’un oeil, notre orateur s’interrompt. « Je les garde le plus longtemps possible. Il y en a certaines que je ne réformerai jamais. Je n’aurais pas le coeur… », glisse-t-il avant de revenir à ses explications techniques. 

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