Les rappels de laits pour bébés se multiplient. Ces mesures rappellent à quel point la confiance accordée à ces produits est centrale et… fabriquée. Dans sa toute nouvelle enquête, Tchak dévoile les stratégies de Nestlé et Danone pour instaurer ce lien de confiance avec les pédiatres et les parents.
Clémence Dumont | journaliste (article du 26 janvier 2026 mis à jour)
Depuis décembre, les rappels de laits artificiels se multiplient à travers le monde. C’est la multinationale suisse Nestlé qui a lancé le bal avec de très nombreuses marques concernées comme Nan en Belgique, Guiguoz ou Nidal en France, etc.
Depuis, des laits appartenant aux entreprises Lactalis, Danone, Vitagermine ou encore Nutribio ont également été rappelés (voir notre fil d’actualités ci-dessous). Pour le marché belge, la liste des lots à ne pas consommer est disponible sur le site de l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca).
Une toxine appelée céréulide
En cause à chaque fois, la présence potentielle de céréulide, une toxine d’origine bactérienne qui peut causer vomissements et diarrhées dans un délai de 30 minutes à 6 heures après l’ingestion. Elle a été détectée dans de l’huile riche en acide arachidonique que les fabricants ajoutent à certains de leurs laits dans le but de se rapprocher de la composition du lait maternel humain. D’après l’ONG Foodwatch, cette huile provient d’un fournisseur chinois.
Ces rappels sont une énorme tuile pour des entreprises dont le marketing repose essentiellement sur la construction d’un lien de confiance avec les parents et les professionnel·les de la santé.
Des cas qui peuvent passer inaperçus
Comme nous l’expliquions dans un article publié en ligne le 16 janvier, il est plausible que de nombreux cas de bébés malades passent inaperçus car les symptômes d’une intoxication sont peu distinctifs et parce que la confirmation de la cause de ces symptômes suppose de complexes analyses en laboratoire.
En Belgique, l’administration flamande a toutefois confirmé que deux bébés avaient bien été malades en raison de céréulide présente dans du lait de la marque Nestlé. Pourtant, la multinationale continue de présenter les rappels comme “une mesure de précaution“. Depuis que d’autres marques ont été touchées, Nestlé se vante même d’avoir été “le premier acteur du secteur à identifier ce problème“.
Danone, la concurrente française de Nestlé qui commercialise en Belgique la marque Nutrilon, souligne quant à elle qu’un «nombre très limité de lots est concerné » et soutient, malgré ces rappels, que ses produits « sont sûrs et répondent pleinement à toutes les exigences de sécurité applicables ».
L’ONG française Foodwatch, elle, dénonce un « scandale sanitaire mondial » et a porté plainte contre les firmes concernées par les rappels pour “leur manque criant de transparence” et leurs réactions jugées trop tardives.
Rappels de laits infantiles : les dernières infos
- 3 février : L’administration flamande confirme qu’un deuxième bébé est tombé malade à la suite de la consommation avérée de lait infantile contenant de la céréulide. Elle rappelle aussi que le nombre de cas est probablement sous-estimé car on ne fait pas des tests pour tous les bébés qui présentent des symptômes.
- 2 février : L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a fixé des concentrations maximales de céréulide dans les laits infantiles afin d’aider les agences sanitaires nationales à déterminer quels produits doivent être retirés du marché. En Belgique, Nestlé et Vitagermine rappellent de nouveaux lots. En France, de nouveaux laits Popote et Vitagermine sont également rappelés.
- 29 janvier : l’association française Foodwatch porte plainte contre X aux côtés de huit familles.
- 27 janvier : Un lot de la marque Babybio (Vitagermine) est également rappelé en Belgique. Nutribio (coopérative laitière française Sodiaal) rappelle plusieurs lots à l’étranger. En France, l’association Pour la santé des enfants porte plainte contre l’Etat français et dénonce une “carence grave” dans sa gestion des rappels de laits artificiels.
- 25 janvier : En France, le groupe Vitagermine rappelle trois lots de sa marque Babybio.
- 24 janvier : En Belgique, Danone rappelle un lot de la marque Nutrilon commercialisé en octobre 2025.
- 23 janvier : L’administration flamande confirme qu’un bébé est tombé malade début janvier après avoir consommé du lait rappelé par Nestlé. Des analyses de selles ont permis de confirmer l’ingestion de céréulide, la toxine à l’origine des rappels. Entre temps, le bébé a guéri. En France, Danone rappelle deux lots des marques Gallia et Bledina commercialisés depuis juin 2025.
- 22 janvier : En France, une deuxième enquête est ouverte après le décès d’un nourrisson. Le lien avec la consommation de lait contaminé est en cours d’investigation.
- 21 janvier : L’entreprise française Lactalis rappelle des laits de la marque Picot dans 18 pays (pas la Belgique).
- 19 janvier : En France, une enquête est ouverte après le décès d’un nourrisson. Le lien avec la consommation de lait contaminé est en cours d’investigation.
- 5 janvier 2026 : L’opération de rappels de laits Nestlé est étendue à la Belgique.
Laits infantiles : le marketing tentaculaire de Nestlé et Danone
La toute nouvelle enquête de Tchak (hiver 25-26) porte sur les fabricants de laits infantiles. En Belgique, Nan et Nutrilon sont les deux marques les plus aptes à se payer la confiance des professionnel·les de la santé et des parents. Nestlé et Danone, leurs maisons-mères, ont déployé un marketing tentaculaire. Un dossier en deux parties.
Partie I. Les pédiatres, une profession biberonnée. Pour conférer à leurs laits artificiels une image de marque à la pointe des progrès scientifiques, Nestlé et Danone comptent sur des ambassadeurs et ambassadrices de choix : les pédiatres. Ces entreprises les bombardent d’informations qui exploitent leur manque de formation en nutrition infantile.
Partie II. Parents dans le doute, marketing à l’écoute. Nestlé et Danone se battent pour toucher les parents dès l’annonce d’une grossesse. Leur stratégie ? Inspirer la confiance en tant qu’expertes de la petite enfance pour, subtilement, présenter leurs multiples laits artificiels comme des solutions aux difficultés rencontrées.
> Une enquête à lire dans le 24° numéro de Tchak. Pour le commander, c’est ici.












