Je suis pédiatre. J’ai travaillé plus de 10 ans en milieu hospitalier tertiaire. Je partage actuellement mon activité entre des gardes de nuit en milieu hospitalier, des consultations ONE et une consultation de pédiatrie dans le centre de santé social intégré à Molenbeek.
Je n’ai pas subi longtemps la pression des délégués commerciaux pour laits infantiles, juste les premières années de ma formation.
L’allaitement maternel est un choix de société et doit être porté par tous les intervenants.
Sa difficulté est multifactorielle: l’épuisement maternel, la pression sociale (tout ce qu’il faut être pour être une femme), croire qu’une solution technologique (lait infantile) vaut mieux que ce qui fait vivre l’humanité depuis toujours, le lâcher prise nécessaire à faire confiance à une alimentation que l’on ne quantifie pas (or on quantifie tout dans notre monde).
Accepter que le processus de maturation du tube digestif prend du temps (colonisation microbienne, coordination motrice, perte du reflux gastro-oesophagien, ….), qu’il ne faut pas remédier à tous les symptômes (pleurs, régurgitation,…) si ceux-ci n’ont pas de répercussion sur le bien-être physique et psychique: ça n’est pas simple.
Tous ces maux de ventre d’un bébé sont la porte ouverte à l’industrie du lait infantile pour vendre des recettes miracles.
Si grâce aux techniques industrielles, nous pouvons créer des laits sur mesure indispensables aux enfants malades, on peut s’interroger sur l’abondance de laits infantiles sans indication médicale.
Les reproches que je fais à l’industrie du lait infantile sont les suivants:
– faire croire qu’ils font aussi bien que le lait maternel (les immunoglobulines humaines n’en feront jamais partie)
– associer le lait à un gout sucré comme dans le lait de croissance goût biscuit
– faire de la publicité.
Penser une alimentation saine (dans un concept de one health) est impossible sans se détacher du marketing publicitaire de l’agro-industrie, et cela commence tôt dans la vie.
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