{"id":12632,"date":"2022-12-19T22:36:55","date_gmt":"2022-12-19T21:36:55","guid":{"rendered":"https:\/\/tchak.be\/?p=12632"},"modified":"2022-12-19T22:36:56","modified_gmt":"2022-12-19T21:36:56","slug":"bioingenieurs-gembloux-agro-bio-terch-bruno-schiffers-renverser-table","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/tchak.be\/index.php\/2022\/12\/19\/bioingenieurs-gembloux-agro-bio-terch-bruno-schiffers-renverser-table\/","title":{"rendered":"Etudiants bioing\u00e9nieurs : pourquoi Bruno Schiffers a renvers\u00e9 la table"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Au moment o\u00f9 les pesticides \u00e9taient port\u00e9s aux nues dans les universit\u00e9s et dans la recherche, Bruno Schiffers a \u00ab&nbsp;bifurqu\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00e0 sa mani\u00e8re. Le professeur retrait\u00e9 de phytopharmacie \u00e0 Gembloux Agro-Bio Tech (ULi\u00e8ge) a compris, plus vite que ses coll\u00e8gues, qu\u2019il \u00e9tait indispensable d\u2019alerter les \u00e9tudiants bioing\u00e9nieurs sur les ravages des pesticides de synth\u00e8se. Ce qu\u2019il a vu sur le terrain l\u2019a d\u00e9go\u00fbt\u00e9 et confort\u00e9 dans l\u2019id\u00e9e qu\u2019il fallait renverser la table et orienter diff\u00e9remment ses cours.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sang-Sang Wu, journaliste | sang-sang@tchak.be<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bruno Schiffers, vous avez donn\u00e9 des cours sur les produits phytopharmaceutiques pendant plus de trois d\u00e9cennies aux \u00e9tudiants bioing\u00e9nieurs de Gembloux Agro-Bio Tech. Entre le d\u00e9but et la fin de votre carri\u00e8re, comment le contenu de votre enseignement a-t-il \u00e9volu\u00e9&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai vraiment commenc\u00e9 \u00e0 enseigner vers 1985, \u00e0 la fin de mon doctorat dans le cadre duquel j\u2019ai travaill\u00e9 sur les syst\u00e8mes de diminution de l\u2019utilisation des pesticides. Et au d\u00e9but de ma carri\u00e8re, je pr\u00e9sentais ces produits plut\u00f4t positivement. Bien s\u00fbr, je parlais de leurs impacts et de leur toxicit\u00e9, mais je ne remettais pas en question la lutte chimique dans l\u2019itin\u00e9raire technique. M\u00eame si je ne donnais pas les listes de pesticides, je parlais tout de m\u00eame des familles chimiques et de leurs propri\u00e9t\u00e9s. Puis, sous la pression de la r\u00e9glementation europ\u00e9enne, il y a eu une r\u00e9vision des substances actives et les trois quarts des produits ont disparu. Je me suis alors plus int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9valuation des risques, non seulement pour les op\u00e9rateurs et les ouvriers agricoles, mais aussi pour les consommateurs et les riverains menac\u00e9s par une exposition insidieuse aux r\u00e9sidus de pesticides.&nbsp;Mes cours se sont adapt\u00e9s, j\u2019ai alors davantage parl\u00e9 des m\u00e9thodes alternatives, comme l\u2019utilisation de levures par exemple, et de lutte int\u00e9gr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La direction des cours que vous donniez a-t-elle ainsi \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement r\u00e9orient\u00e9e&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cela a surtout \u00e9t\u00e9 le cas \u00e0 partir des ann\u00e9es 2000. J\u2019ai proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une refonte compl\u00e8te de la mani\u00e8re dont j\u2019abordais la protection des cultures. J\u2019ai renvers\u00e9 la table et commenc\u00e9 mon cours en expliquant pourquoi l\u2019utilisation des pesticides conduisait \u00e0 des impasses agronomiques, \u00e9cologiques, \u00e9conomiques et sanitaires. \u00c0 tel point que parfois, les \u00e9tudiants \u00e9taient frustr\u00e9s car ils entendaient un autre son de cloche chez mes coll\u00e8gues qui avaient encore une vision tr\u00e8s industrielle, conventionnelle et chimique de l\u2019agriculture.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"683\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/70-copie-1-683x1024.jpg\" alt=\"Bruno Schiffers Bioing\u00e9nieurs\" class=\"wp-image-12654\" srcset=\"https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/70-copie-1-683x1024.jpg 683w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/70-copie-1-200x300.jpg 200w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/70-copie-1-768x1151.jpg 768w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/70-copie-1-1025x1536.jpg 1025w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/70-copie-1-370x555.jpg 370w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/70-copie-1-270x405.jpg 270w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/70-copie-1-570x854.jpg 570w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/70-copie-1-740x1109.jpg 740w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/70-copie-1.jpg 1299w\" sizes=\"auto, (max-width: 683px) 100vw, 683px\" \/><figcaption>Au moment o\u00f9 les pesticides \u00e9taient port\u00e9s aux nues dans les universit\u00e9s et dans la recherche, Bruno Schiffers (Gembloux Agro-Bio Tech  &#8211; ULi\u00e8ge) a \u00ab bifurqu\u00e9 \u00bb, \u00e0 sa mani\u00e8re et a r\u00e9orient\u00e9 les cours qu&#8217;il donnait aux \u00e9l\u00e8ves bioing\u00e9nieurs \u00a9Philippe Lavandy<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Quel a \u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur de ce revirement dans votre fa\u00e7on d\u2019enseigner&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Chez moi, il a fallu attendre la fin des ann\u00e9es 1990. De 1999 \u00e0 2001, j\u2019ai pris une mise en disponibilit\u00e9 chez Senchim-AG, une entreprise agrochimique bas\u00e9e au S\u00e9n\u00e9gal qui fabriquait 3&nbsp;millions et demi de litres de produits. J\u2019\u00e9tais le conseiller scientifique du directeur pour la certification des laboratoires et la mise au point des programmes de d\u00e9veloppement. On vendait des produits en Gambie, en Guin\u00e9e, au Mali, au Burkina Faso, au Tchad. Je suis all\u00e9 dans ces pays pour voir comment nos produits \u00e9taient utilis\u00e9s. J\u2019ai alors r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 quel point il y avait des probl\u00e8mes dus \u00e0 la m\u00e9connaissance des consignes de s\u00e9curit\u00e9 et au manque d\u2019\u00e9quipement et de formation. Ces produits insecticides tr\u00e8s dangereux \u00e9taient mis dans les mains des petits paysans qui \u00e9taient persuad\u00e9s de bien faire. Ils ne percevaient absolument pas les risques car les officiels leur disaient que c\u2019\u00e9tait comme \u00e7a qu\u2019il fallait faire. Ils utilisaient les m\u00eames produits sur le coton et les l\u00e9gumes qu\u2019ils consommaient. J\u2019ai vu des horreurs dans les stocks. Je me suis dit que ce n\u2019\u00e9tait pas possible de continuer comme \u00e7a, qu\u2019il fallait faire quelque chose. \u00c0 mon retour \u00e0 Gembloux, j\u2019ai donc d\u00e9cid\u00e9 de revoir compl\u00e8tement mes cours et de les r\u00e9orienter vers l\u2019\u00e9valuation des risques. Personne, y compris mes coll\u00e8gues, n\u2019\u00e9tait form\u00e9 \u00e0 \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La remise en question est un processus difficile. Cette r\u00e9sistance au changement ne doit pas faire exception \u00e0 l\u2019universit\u00e9\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il est clair que vous sortez format\u00e9 de vos \u00e9tudes. Quand on m\u2019a donn\u00e9 le cours de phytopharmacie g\u00e9n\u00e9rale, dans les ann\u00e9es 1970, on devait apprendre les 300-400 mol\u00e9cules et on \u00e9tait interrog\u00e9s sur une s\u00e9rie d\u2019entre elles. J\u2019ai toujours trouv\u00e9 \u00e7a idiot. Il n\u2019y avait pas du tout de remise en question de la lutte chimique, bien s\u00fbr. Au contraire, on disait quasiment que c\u2019\u00e9tait g\u00e9nial, qu\u2019il s\u2019agissait de la solution technique la plus simple et efficace car cela permettait d\u2019\u00e9conomiser du temps, de la main-d\u2019\u0153uvre, de l\u2019argent, tout en augmentant les rendements. Bref, c\u2019est tout le discours qu\u2019on a entendu entre 1960 et 1985. Au travers de multiples exemples, on nous a dit que c\u2019\u00e9tait la bonne parole et qu\u2019on devait aller convaincre les agriculteurs d\u2019utiliser ces produits. On ne parlait pas des probl\u00e8mes de r\u00e9sidus des pesticides, de pollution du sol, de l\u2019eau et de l\u2019air, pour la bonne raison que l\u2019avantage \u00e9tait de loin sup\u00e9rieur aux inconv\u00e9nients. Quand vous sortez format\u00e9 comme \u00e7a, vous ne remettez pas imm\u00e9diatement en question le paquet de connaissances que vous avez acquises au prix de beaucoup d\u2019efforts. Vous y allez bille en t\u00eate, et ce n\u2019est que lorsque vous vous confrontez \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 que vous vous rendez compte qu\u2019il y a finalement plus d\u2019inconv\u00e9nients que d\u2019avantages \u00e0 l\u2019utilisation des pesticides.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f7d699\"> Cette interview &#8211; dont vous avez pu lire 30% en acc\u00e8s libre &#8211; fait partie de notre enqu\u00eate \u00ab<strong>Les profs \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la fac !<\/strong>\u00bb est \u00e0 la une du&nbsp;<a href=\"https:\/\/tchak.be\/index.php\/2022\/12\/12\/tchak-numero-12-hiver-22-23-en-vente-a-partir-du-12-decembre\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">12\u00b0 num\u00e9ro de Tchak<\/a>&nbsp;(hiver 22-23). Elle donne la parole aux \u00e9tudiants, aux professeurs, aux autorit\u00e9s facultaires. Elle comporte cinq chapitres :<br><br><strong>1.&nbsp;T\u00e9moignages : <\/strong>les \u00e9tudiants d\u00e9plorent des cours trop centr\u00e9s <br>sur l\u2019aspect technique et le productivisme.<br><strong>2.<\/strong>&nbsp;<strong>Analyse :<\/strong> les freins qui bloquent l\u2019\u00e9volution des cursus.<br><strong>3.<\/strong>&nbsp;<strong>Focus :<\/strong> master en agro\u00e9cologie, une fili\u00e8re sans v\u00e9ritable soutien.<br><strong>4.<\/strong>&nbsp;<strong>Interview :<\/strong> \u00ab Beaucoup de profs n\u2019ont pas fait de mutation mentale \u00bb.<br><strong>5.<\/strong>&nbsp;<strong>Regard :<\/strong> la fronde s\u2019\u00e9tend \u00e9galement aux facs de sciences-\u00e9conomie.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-stackable-columns stk-block-columns stk-block stk-73c8766\" data-block-id=\"73c8766\"><style>.stk-73c8766{margin-bottom:24.000002px !important}<\/style><div class=\"stk-row stk-inner-blocks stk-block-content stk-content-align stk-73c8766-column\">\n<div class=\"wp-block-stackable-column stk-block-column stk-block-column--v2 stk-column stk-block stk-7e31180\" data-block-id=\"7e31180\"><div class=\"stk-column-wrapper stk-block-column__content stk-container stk-7e31180-container stk--no-background stk--no-padding\"><div class=\"stk-block-content stk-inner-blocks stk-7e31180-inner-blocks\">\n<div class=\"wp-block-stackable-button-group alignfull stk-block-button-group stk-block stk-a5134bc\" data-block-id=\"a5134bc\"><div class=\"stk-row stk-inner-blocks has-text-align-center stk-block-content stk-button-group\">\n<div class=\"wp-block-stackable-button stk-block-button stk-block stk-f87d6db\" data-block-id=\"f87d6db\"><style>.stk-f87d6db .stk-button{background:#da3c14 !important}.stk-f87d6db .stk-button{border-radius:15px !important}.stk-f87d6db .stk-button__inner-text{font-size:20px !important}@media screen and (max-width:1023px){.stk-f87d6db .stk-button__inner-text{font-size:20px !important}}<\/style><a class=\"stk-link stk-button stk--hover-effect-darken\" href=\"https:\/\/tchak2.odoo.com\/shop\" title=\"Vers la boutique de Tchak\"><span class=\"stk-button__inner-text\"><strong>Je m&#8217;abonne ou j&#8217;ach\u00e8te la revue<\/strong><\/span><\/a><\/div>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div><\/div>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-gridlove-bg-color has-text-color\">Bioing\u00e9nieurs, Bioing\u00e9nieurs, Bioing\u00e9nieurs, Bioing\u00e9nieurs, Bioing\u00e9nieurs, <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au moment o\u00f9 les pesticides \u00e9taient port\u00e9s aux nues dans les universit\u00e9s et dans la recherche, Bruno Schiffers a \u00ab&nbsp;bifurqu\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00e0 sa mani\u00e8re. 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