{"id":17958,"date":"2023-12-15T07:00:00","date_gmt":"2023-12-15T06:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/tchak.be\/?p=17958"},"modified":"2025-04-25T10:59:01","modified_gmt":"2025-04-25T08:59:01","slug":"chips-lucien-mettet-floreffe-van-den-abeele-cnockaert","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/tchak.be\/index.php\/2023\/12\/15\/chips-lucien-mettet-floreffe-van-den-abeele-cnockaert\/","title":{"rendered":"Chips de Lucien : un mod\u00e8le qui nourrit les fantasmes"},"content":{"rendered":"\n<p>Les chips de Lucien, c\u2019est une entreprise familiale qui sent bon le terroir et la convivialit\u00e9. Une entreprise qui a grandi tr\u00e8s vite et tr\u00e8s fort pour s\u2019adapter au march\u00e9. Alors que les agriculteurs-fondateurs r\u00e9p\u00e8tent leur volont\u00e9 de \u00ab&nbsp;faire autrement&nbsp;\u00bb, leur mod\u00e8le est truff\u00e9 de paradoxes et, par certains aspects, se trouve en d\u00e9calage avec leur communication. Contre-r\u00e9cit d\u2019un chemin de croix pour les alternatives qui continuent de buter contre le syst\u00e8me.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sang-Sang Wu, journaliste&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un jeune homme flamand qui arrive dans le Namurois en 1958. Lucien Van den Abeele, c\u2019est son nom, d\u00e9pose ses valises \u00e0 Soye (Floreffe), accompagn\u00e9 de ses parents et de sa grande fratrie. Une famille agricole de dix enfants dont sept \u00e9pouseront le m\u00e9tier qui leur est pr\u00e9destin\u00e9. Une fois mari\u00e9s, ils prennent leur envol et chacun construit son petit nid pour y fonder sa famille. Lucien loue d\u2019abord&nbsp;quarante hectares \u00e0 la ferme de Bure (Mettet) qu\u2019il ach\u00e8te par la suite. Ses fr\u00e8res et s\u0153urs font pareil et s\u2019agrandissent en acqu\u00e9rant, petit \u00e0 petit, des fermes \u00e0 remettre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f7d9a3\"><strong>Cette enqu\u00eate est publi\u00e9e dans le\u00a0<a href=\"https:\/\/tchak.be\/index.php\/2023\/12\/13\/tchak-numero-16-hiver-23-24-en-vente-a-partir-du-14-decembre\/\">nouveau num\u00e9ro de Tchak<\/a>.Vous allez pouvoir la lire en acc\u00e8s libre.<\/strong>\u00a0Notre objectif ? Vous convaincre de l\u2019int\u00e9r\u00eat de soutenir\u00a0notre projet \u00e9ditorial.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes alors dans les ann\u00e9es 60 et&nbsp;le traumatisme cr\u00e9\u00e9 par la Seconde Guerre mondiale est palpable. Le fant\u00f4me de la faim hante encore les esprits et les estomacs, et la priorit\u00e9 est de nourrir la population. Alors on modernise, on m\u00e9canise, on intensifie l\u2019agriculture pour produire encore et encore. Toujours plus. On se dote d\u2019une politique agricole commune \u00e0 toute l\u2019Europe pour assurer la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire des peuples. On ne veut plus jamais risquer d\u2019avoir faim. Pour y arriver, on octroie des aides aux agriculteurs et on entre dans l\u2019\u00e8re des syst\u00e8mes agricoles productivistes. Ce qu\u2019on ignore alors, c\u2019est qu\u2019ils auront des r\u00e9percussions n\u00e9fastes des d\u00e9cennies plus tard, et que des voix se l\u00e8veront pour contrer ce mod\u00e8le d\u2019agriculture.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme ses homologues, Lucien ne rechigne pas \u00e0 la t\u00e2che. Les habitants de la r\u00e9gion saluent son courage, sa force de travail. \u00ab&nbsp;<em>Les Flamands comme lui sont venus mettre des betteraves. Il fallait se courber pour les planter et les \u00e9claircir une \u00e0 une<\/em>&nbsp;\u00bb, racontent les anciens. L\u2019agriculteur produit des betteraves et des c\u00e9r\u00e9ales, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les prix de vente sont encore bons et o\u00f9 les co\u00fbts ne sont pas explosifs.&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Mon grand-p\u00e8re maternel est arriv\u00e9 de Flandre sans rien, sauf son courage&nbsp;<\/em>\u00bb, dira plus tard l\u2019a\u00een\u00e9 de ses petits-fils, Thomas Cnockaert. Ce dernier rappelle tout de m\u00eame qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019entreprise Brichart (n\u00e9gociant en produits agricoles actuellement connu sous le nom Wal.Agri) pr\u00eatait de l\u2019argent aux agriculteurs avec lesquels elle travaillait. Tout sauf un d\u00e9tail.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est notamment gr\u00e2ce \u00e0 ce soutien de d\u00e9part que la ferme de Lucien va d\u00e9coller et le destin familial, se dessiner. Plus t\u00f4t que les autres, il investit massivement dans des machines et du mat\u00e9riel, et se lance \u00ab&nbsp;en mode industriel&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;<em>Les fermiers \u00e9taient bien contents,<\/em>&nbsp;se rappelle un agriculteur des alentours, aujourd\u2019hui retrait\u00e9.&nbsp;<em>Il venait moissonner, faire les ballots parce qu\u2019il \u00e9tait m\u00e9canis\u00e9. Il a fait partie des pionniers de la m\u00e9canisation&nbsp;; c\u2019\u00e9tait un fermier exemplaire et il a gagn\u00e9 beaucoup d\u2019argent.<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le cultivateur&nbsp;fait donc des travaux agricoles chez d\u2019autres plus modestes, et rach\u00e8te leurs terres quand il en a l\u2019occasion. \u00ab&nbsp;<em>Au fur et \u00e0 mesure, il a \u00e9cras\u00e9 les petits autour de chez lui, saut\u00e9 sur tout ce qui bougeait et surench\u00e9rissait pour avoir les terres<\/em>&nbsp;\u00bb, disent certains qui n\u2019ont pas vu ce d\u00e9veloppement et cette plong\u00e9e&nbsp;dans le mod\u00e8le d\u2019agriculture conventionnel d\u2019un tr\u00e8s bon \u0153il. D\u2019autres, fatalistes, ne font qu\u2019observer une tendance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, m\u00eame s\u2019ils la regrettent&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Ce n\u2019\u00e9tait plus rentable d\u2019avoir des petites fermes de sept ou huit hectares&nbsp;; ils devaient s\u2019agrandir et trouver du terrain. Mais pour \u00e7a, il fallait emprunter beaucoup d\u2019argent. Eux, ils ont os\u00e9 et pris des risques. \u00c7a aurait pu mal tourner\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En l\u2019occurrence, on peut dire que \u00e7a a plut\u00f4t bien tourn\u00e9.&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Quand il est d\u00e9c\u00e9d\u00e9, en 1990, mon grand-p\u00e8re avait 180 hectares, dont la moiti\u00e9 en propri\u00e9t\u00e9. Il \u00e9tait plus grand que certains fermiers qui \u00e9taient en Wallonie depuis trois g\u00e9n\u00e9rations<\/em>&nbsp;\u00bb, souligne fi\u00e8rement Thomas Cnockaert.&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Lucien et sa famille sont arriv\u00e9s avec leur vision flamande de l\u2019agriculture, industrielle et productiviste, ce qui a cr\u00e9\u00e9 un choc avec la wallonne, plus petite et diversifi\u00e9e<\/em>&nbsp;\u00bb, observent certains habitants du village.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette enqu\u00eate est publi\u00e9e dans le num\u00e9ro 16 de Tchak. Elle est accompagn\u00e9e d&#8217;un focus sur le march\u00e9 des chips et de la pomme de terre, et ses impacts sur l&#8217;environnement.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/tchak.be\/index.php\/2023\/12\/13\/tchak-numero-16-hiver-23-24-en-vente-a-partir-du-14-decembre\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"454\" height=\"680\" src=\"https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Une_N16_BR.jpg\" alt=\"Chips Lucien\" class=\"wp-image-17750\" style=\"width:666px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Une_N16_BR.jpg 454w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Une_N16_BR-200x300.jpg 200w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Une_N16_BR-370x554.jpg 370w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Une_N16_BR-270x404.jpg 270w\" sizes=\"auto, (max-width: 454px) 100vw, 454px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00ab&nbsp;De tr\u00e8s belles fermes&nbsp;\u00bb<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>La fibre entrepreneuriale, le premier petit-fils de Lucien l\u2019a dans le sang. Les chiens font rarement des chats. Le transfert de patrimoine s\u2019accompagne souvent de la transmission, au fil des g\u00e9n\u00e9rations, d\u2019une certaine conception du m\u00e9tier. C\u2019est ainsi que des d\u00e9cennies plus tard, quand Thomas Cnockaert se lance en agriculture, c\u2019est logiquement \u00e0 une certaine \u00e9chelle. Non, il n\u2019est pas un \u00ab&nbsp;petit&nbsp;\u00bb fermier, mais un entrepreneur agricole. Il cultive en nom propre et a en plus une s\u00e9rie d\u2019entreprises. Il est en contact direct et r\u00e9gulier avec des n\u00e9gociants et des acteurs industriels. Il d\u00e9tient des tracteurs de forte puissance et a les reins solides, de m\u00eame que la confiance des banquiers qui lui permettent de faire de lourds investissements. \u00ab&nbsp;<em>Je ne vais pas mentir&nbsp;: dans la famille, on a de tr\u00e8s belles fermes. Mais on ne les a pas vol\u00e9es. C\u2019est parce qu\u2019on a travaill\u00e9, et nos anc\u00eatres avant nous, qu\u2019on y est arriv\u00e9s. Apr\u00e8s, il existe des situations o\u00f9 des gens malchanceux perdent leurs terres parce que leur propri\u00e9taire d\u00e9cide de les reprendre. \u00c0 ce moment-l\u00e0, on a beau \u00eatre aussi courageux qu\u2019on veut\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Si cette grosse famille est embl\u00e9matique d\u2019une \u00e9volution du monde agricole, ce n\u2019est pas un cas isol\u00e9. \u00ab&nbsp;<em>\u00c0 Graux&nbsp;<\/em>[village de la commune de Mettet, ndlr]<em>, il n\u2019y a plus que deux grosses fermes : celle des Frennet et celle des Cnockaert. Ce sont elles qui ont tout le pognon. Mais c\u2019est le m\u00eame partout en Wallonie. Bient\u00f4t, il n\u2019y aura plus qu\u2019une ou deux grosses exploitations de plusieurs centaines d\u2019hectares par village,<\/em>&nbsp;observe-t-on dans ce hameau o\u00f9 on pr\u00e9f\u00e8re rester discret.&nbsp;<em>Avant, il fallait des p\u00e2tures pour traire les vaches et transformer leur lait. Au fur et \u00e0 mesure, la culture a remplac\u00e9 l\u2019\u00e9levage car elle \u00e9tait plus rentable.<\/em>&nbsp;\u00bb Cela s\u2019est accompagn\u00e9 d\u2019une hypersp\u00e9cialisation de l\u2019agriculture, et comme la pomme de terre reste l\u2019une des rares denr\u00e9es bien pay\u00e9es, on s\u2019y est engouffr\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>En Belgique, la production de pommes de terre est essentiellement guid\u00e9e par les besoins d\u2019une industrie de la transformation tr\u00e8s pr\u00e9sente et tr\u00e8s puissante. Ce qui a in\u00e9vitablement conduit \u00e0 l\u2019intensification et l\u2019industrialisation de la culture. En sp\u00e9cialisant et en agrandissant leurs exploitations, de nombreux agriculteurs les ont rendues plus d\u00e9pendantes de leurs interlocuteurs industriels. L\u2019agro-industrie pousse donc les producteurs \u00e0 grandir sans cesse pour assurer leurs arri\u00e8res,&nbsp;tout en les laissant prendre les risques en cas de mauvaise r\u00e9colte (voir chapitre 2).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffdb93\"><strong>Commentaire | Chips de Lucien : <a href=\"https:\/\/tchak.be\/index.php\/2023\/12\/15\/chips-de-lucien-les-kings-du-storytelling\/\">les kings du storyte<\/a>lling<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Des d\u00e9bouch\u00e9s industriels indispensables<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi que Thomas Cnockaert d\u00e9cide, avec son cousin germain Antoine Van den Abeele et leur cousin par alliance Stany Obin, de court-circuiter les industriels de la transformation en reprenant ce maillon en main. Fin 2019, ils fondent l\u2019Atelier de la pomme de terre, leur coop\u00e9rative de fabrication de p\u00e9tales de pommes de terre, ainsi que la marque Les chips de Lucien, en hommage \u00e0 leur grand-p\u00e8re \u00ab&nbsp;passionn\u00e9 de la terre&nbsp;\u00bb. Lass\u00e9s&nbsp;d\u2019\u00eatre sous la coupe de l\u2019agro-industrie, ils veulent reprendre le contr\u00f4le sur ce que deviennent leurs denr\u00e9es et sur leurs revenus. Car comme ailleurs, ils sont soumis aux fluctuations sur le march\u00e9 international ainsi qu\u2019aux conditions climatiques incertaines, surtout dans un contexte de r\u00e9chauffement mondial.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de cette activit\u00e9 de diversification, les cousins continuent toutefois de travailler pour l\u2019industrie. Actuellement, seul un petit pourcentage de leur production de pommes de terre est allou\u00e9 aux chips de Lucien puisque les trois cousins produisent environ&nbsp;25.000 tonnes de pommes de terre par an, sur un peu plus de 500 hectares. \u00ab&nbsp;<em>On fabrique 22.400 paquets de chips par jour, ce qui \u00e9quivaut \u00e0 2 tonnes 800. L\u2019usine tourne en deux pauses, 4 jours sur 7, 46 semaines par an. Mais ce chiffre n\u2019est pas lin\u00e9aire parce que par manque de ventes, il y a des jours de production off o\u00f9 on est en maintenance. Je dirais qu\u2019on est \u00e0 environ 200 tonnes de chips par an, ce qui \u00e9quivaut \u00e0 1.000 tonnes de pommes de terre.<\/em>&nbsp;\u00bb Soit 25 fois moins que leur production annuelle de tubercules.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Vu la surface qu\u2019il cultive, le trio a donc encore bien besoin des d\u00e9bouch\u00e9s industriels.&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>J<\/em><em>e trouve \u00e7a bien que les industriels investissent en Belgique, cr\u00e9ent des emplois locaux et que l\u2019activit\u00e9 ne soit pas d\u00e9localis\u00e9e,&nbsp;<\/em>affirme Thomas.<em>&nbsp;Je suis tr\u00e8s content qu\u2019il y ait une \u00e9conomie qui permette de transformer les produits des agriculteurs. Aujourd\u2019hui, la pression sur le foncier est telle que sans la pomme de terre, les agriculteurs ne pourraient pas, dans bon nombre de cas, acheter les terrains que leur famille a lou\u00e9s depuis toujours.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut comprendre par l\u00e0 que la patate, pour l\u2019instant, rapporte encore assez pour permettre aux cultivateurs d\u2019acheter des terres, contrairement aux c\u00e9r\u00e9ales et aux betteraves. Tout le monde en convient&nbsp;: la terre se rar\u00e9fie et son prix devient impayable. Litt\u00e9ralement. En Europe, c\u2019est aux Pays-Bas que les terres sont les plus ch\u00e8res, la deuxi\u00e8me marche du podium \u00e9tant occup\u00e9e par notre pays. Fiert\u00e9 nationale.&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Le prix d\u2019achat ne fait qu\u2019augmenter. Dans les bonnes r\u00e9gions en Hesbaye, on est \u00e0 environ 85.000 \u20ac l\u2019hectare. Mais dans les autres r\u00e9gions, \u00e7a augmente \u00e0 l\u2019avenant, voire proportionnellement plus. Je dirais de l\u2019ordre de 20-25% depuis ces quatre ou cinq derni\u00e8res ann\u00e9es<\/em>&nbsp;\u00bb, assure l\u2019avocat sp\u00e9cialis\u00e9 en droit rural Ga\u00ebtan Goisse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>De source s\u00fbre, nous avons appris que de tr\u00e8s bonnes terres (plus de 200 hectares) avaient r\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 n\u00e9goci\u00e9es autour des 100.000 \u20ac l\u2019hectare \u00e0 Gembloux. Du jamais vu, selon notre interlocuteur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais pour s\u2019agrandir, les agriculteurs peuvent \u00e9galement louer des parcelles \u00e0 d\u2019autres fermiers pour y implanter leurs cultures. Et pour les contrats annuels aussi, la tendance est \u00e0 la hausse&nbsp;: aux alentours de 1.800 \u20ac l\u2019hectare, et plus rarement 2.000 \u20ac. La ressource \u00e9tant rare, les plus ais\u00e9s \u2013 et notamment ceux qui se sont sp\u00e9cialis\u00e9s dans la culture de pommes de terre \u2013&nbsp;&nbsp;&nbsp;iraient de plus en plus loin de chez eux. Ce qui augmente la pression sur les terres. Dans le monde agricole, les \u00ab&nbsp;patatiers&nbsp;\u00bb sont souvent accus\u00e9s de faire la chasse aux hectares. Pour amortir les lourds investissements (machines agricoles, hangars de stockage, usine de transformation,&nbsp;<em>etc<\/em>.) et faire des \u00e9conomies d\u2019\u00e9chelle, ces agriculteurs se sentent oblig\u00e9s d\u2019agrandir les surfaces \u00e0 cultiver.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>D\u2019apr\u00e8s l\u2019Institut des Comptes nationaux, 50% des superficies en pommes de terre sont cultiv\u00e9es par moins de 5% des exploitations,&nbsp;<\/em>rapporte l\u2019ASBL Fian<a href=\"applewebdata:\/\/0E5BB2E9-FC4F-4651-833D-10FD63AE91C6#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>.&nbsp;<em>L\u2019agrandissement des exploitations s\u2019effectue au d\u00e9triment des petites fermes, qui ne sont pas toujours capables de r\u00e9sister \u00e0 la spirale productiviste. La concentration des exploitations emp\u00eache \u00e9galement la cr\u00e9ation de nouvelles fermes et le renouvellement des g\u00e9n\u00e9rations.<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/01_DSC1043RAWPRINT.tif\" alt=\"Chips Lucien\" class=\"wp-image-17963\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Thomas Cnockaert a lanc\u00e9 la marque Les chips de Lucien avec deux cousins, en hommage \u00e0 leur grand-p\u00e8re agriculteur. \u00a9 Philippe Lavandy<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Contestataire, mais dans son coin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9sormais, les gros agriculteurs lorgnent aussi les terrains en France. C\u2019est le cas de Thomas Cnockaert.&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>L\u2019acteur industriel fait \u00e7a pour gagner plus d\u2019argent. Moi, c\u2019est pour pouvoir continuer \u00e0 \u00eatre fermier.&nbsp;<\/em><em>Pour ma g\u00e9n\u00e9ration, les d\u00e9veloppements ne seront faits, dans 99% des cas, que par des achats de foncier et pas par des baux \u00e0 ferme. C\u2019est le pire souci auquel les jeunes agriculteurs vont devoir faire face : avoir un outil impayable pour continuer \u00e0 travailler. Demain, si on continue comme \u00e7a, les exploitants agricoles seront les m\u00e9tayers de Colruyt ou de Solvay. Ce n\u2019est pas de leur faute \u00e0 eux, mais bien au syst\u00e8me. Je suis contestataire mais seul dans mon coin, je ne sais rien y faire.&nbsp;<\/em><em>Selon moi, en agriculture, si vous ne vous d\u00e9veloppez pas, un jour ou l\u2019autre, ce sera fini. C\u2019est le syst\u00e8me qui veut \u00e7a. Ce serait magnifique de ne pas devoir aller en France et d\u2019avoir une petite ferme au milieu du village avec un magasin de produits de la ferme. Je trouve \u00e7a tr\u00e8s beau les exploitations agricoles qui ont pu diversifier compl\u00e8tement leurs activit\u00e9s.<\/em>&nbsp;\u00bb Un aveu qui sonne comme un regret pour celui qui estime sans doute avoir \u00e9t\u00e9 trop loin pour faire machine arri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le milieu, la croyance selon laquelle il faut cro\u00eetre ou p\u00e9rir est tenace. L\u2019avocat Ga\u00ebtan Goisse abonde&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>L\u2019agriculture familiale est morte : celui qui a 25 hectares en propri\u00e9t\u00e9 \u2013 ce qui n\u2019est pas d\u00e9risoire \u2013 ne sait pas acheter des terres \u00e0 85.000 \u20ac l\u2019hectare&nbsp;; c\u2019est impossible&nbsp;: la charge devient trop lourde. \u00c0 celui&nbsp;qui ne veut pas grandir, je lui dis de faire attention car cette optique est dangereuse. Il y en a encore qui y parviennent mais alors, il faut faire une agriculture extr\u00eamement diversifi\u00e9e, d\u00e9velopper des fili\u00e8res de vente directe pour augmenter les marges, se lancer dans un produit de niche et jouer le r\u00f4le de distributeur. \u00c7a, c\u2019est encore rentable, mais c\u2019est rester sur un cr\u00e9neau relativement \u00e9troit<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensemble, les trois cousins cultivent donc un peu plus de 500 hectares de pommes de terre. Cela signifie qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, ils exploitent six fois plus de terres (en location et en propri\u00e9t\u00e9) puisqu\u2019en agriculture, il faut faire des rotations de cultures. Et pour la pomme de terre, c\u2019est six ans. 3.000 hectares en tout, donc. Face \u00e0 ce gigantisme, les d\u00e9fenseurs d\u2019un&nbsp;mod\u00e8le d\u2019agriculture paysanne craignent, eux, une course sans fin aux hectares. Ce qui a le don d\u2019irriter Thomas Cnockaert&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Il y a toujours eu des clans entre petites, moyennes et grandes fermes. Mais qui d\u00e9cide de vendre ? Les enfants des agriculteurs qui arr\u00eatent, non ? Et ils veulent quoi ? L\u2019argent et pas la vie d\u2019un agriculteur. C\u2019est la faute de qui si les terres sont \u00e0 vendre ? Des vendeurs et pas des acheteurs, non ? On ne peut pas acheter des terres qui ne sont pas \u00e0 vendre. Aujourd\u2019hui, on critique toujours l\u2019acheteur mais jamais le vendeur&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En location aussi, les contrats se signent \u00e0 deux. \u00ab&nbsp;<em>Les Cnockaert ont le monopole autour de chez eux et ils imposent leur mod\u00e8le en offrant des prix \u00e9lev\u00e9s qui conviennent bien aux agriculteurs qui donnent leur terre. Apr\u00e8s, si ce n\u2019\u00e9tait pas eux, ce serait d\u2019autres.<\/em>&nbsp;\u00bb Ce fils d\u2019agriculteur qui a souhait\u00e9 rester anonyme partage l\u2019analyse&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Les patatiers savent qu\u2019ils donnent une meilleure rentabilit\u00e9, donc les fermiers sont contents et demandeurs d\u2019accueillir ce genre de contrats. Les b\u00e9n\u00e9fices sont deux ou trois fois sup\u00e9rieurs, alors qu\u2019ils n\u2019ont que peu ou pas de travail<\/em>&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e4e4e4\"><strong>+++ D\u00e9cryptage | <a href=\"https:\/\/tchak.be\/index.php\/2023\/11\/02\/malbouffe-alimentation-transformee-amidon-filon\/\">Malbouffe, le filon de l&#8217;amidon<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00ab&nbsp;Je vends \u00e0 celui qui m\u2019ach\u00e8te, point&nbsp;\u00bb<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Lanc\u00e9e un peu avant le premier confinement d\u00fb \u00e0 la crise du Covid, la marque a su tirer avantage de la situation. Et a connu un succ\u00e8s inesp\u00e9r\u00e9. En l\u2019espace de plusieurs mois, le circuit court a fait une perc\u00e9e dans beaucoup de m\u00e9nages qui jusque-l\u00e0 n\u2019arpentaient que les all\u00e9es des supermarch\u00e9s pour faire leurs courses. \u00ab&nbsp;<em>Depuis la fin du confinement et le retour \u00e0 la normale, on voit que la plupart des gens ont repris leurs habitudes et qu\u2019il y a moins de soutien aux petits producteurs<\/em>&nbsp;\u00bb, constate Thomas Cnockaert. \u00c0 titre individuel, il a suivi cette \u00e9volution puisqu\u2019au d\u00e9but, les paquets n\u2019\u00e9taient pr\u00e9sents que dans les magasins \u00e0 la ferme et ceux de proximit\u00e9. Mais aujourd\u2019hui, ils sont distribu\u00e9s dans quasi toutes les cha\u00eenes de la grande distribution (Delhaize, Intermarch\u00e9, Carrefour). Ce qui repr\u00e9sente tout de m\u00eame plusieurs centaines de points de vente.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019homme d\u2019affaires ne s\u2019inscrit pas dans une d\u00e9marche politique et estime ne pas avoir de prise sur le choix des clients&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Ce n\u2019est pas \u00e0 moi de d\u00e9cider o\u00f9 le consommateur doit aller. Tenez, j\u2019ach\u00e8te mon saumon chez Dawagne parce que je veux que mon argent aille dans sa poche mais lui, il le vend chez Delhaize aussi. Je n\u2019ai pas envie de donner un centime \u00e0 Delhaize, m\u00eame si nos chips sont en vente l\u00e0 aussi. Vous allez dire que c\u2019est contradictoire, mais mes valeurs s\u2019arr\u00eatent \u00e0 ce que je sais g\u00e9rer, c\u2019est-\u00e0-dire la vente de mon produit. Si le consommateur d\u00e9cide d\u2019aller chez Delhaize, je vais les vendre l\u00e0-bas, car mon but est d\u2019en vendre. Ce n\u2019est pas mon r\u00f4le de ne vendre qu\u2019\u00e0 gauche ou \u00e0 droite. Je suis un fournisseur de produits et je les vends \u00e0 celui qui me les ach\u00e8te, point.<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tous les choix pos\u00e9s par l\u2019entreprise s\u2019envisagent \u00e0 l\u2019aune de cet objectif. Ainsi, depuis l\u2019\u00e9t\u00e9 2022, Les chips de Lucien parcourent le monde puisqu\u2019ils sont aussi sur la carte des snacks de la compagnie a\u00e9rienne Brussels Airlines. Pendant un temps, l\u2019Atelier de la pomme de terre a aussi produit \u00e0 fa\u00e7on pour Delhaize, sous la marque Belchips. Mais les ventes n\u2019\u00e9tant pas assez importantes, l\u2019aventure ne s\u2019est pas poursuivie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quatre ans apr\u00e8s le lancement, l\u2019entreprise est en croissance d\u2019une dizaine de pourcents. Elle a rapidement gravi les \u00e9chelons jusqu\u2019\u00e0 atteindre les march\u00e9s internationaux. Les Cor\u00e9ens du Sud et les Japonais ont d\u00e9sormais la \u00ab&nbsp;chance&nbsp;\u00bb de go\u00fbter aux chips de Lucien, en plus des Fran\u00e7ais, des Allemands, des Luxembourgeois et des Hollandais.&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Le produit ne vient pas de partout pour aller partout&nbsp;; il vient d\u2019ici pour aller partout<\/em>&nbsp;\u00bb, d\u00e9clarait Thomas en d\u00e9cembre 2020<a href=\"applewebdata:\/\/0E5BB2E9-FC4F-4651-833D-10FD63AE91C6#_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>. Le m\u00eame qui affirmait, cinq mois plus t\u00f4t&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>En raison de son volume, il est difficilement exportable sur de tr\u00e8s longues distances. Cela revient \u00e0 transporter de l\u2019air\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/0E5BB2E9-FC4F-4651-833D-10FD63AE91C6#_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>. Le producteur tient \u00e0 souligner que l\u2019export ne repr\u00e9sente aujourd\u2019hui qu\u20191% du chiffre d\u2019affaires.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais pourquoi avoir accept\u00e9 ce nouveau march\u00e9&nbsp;? \u00ab&nbsp;<em>Parce qu\u2019on a eu une demande et que j\u2019adore les challenges. Je voulais savoir si on en \u00e9tait capables. Je suis content de me dire que nos paquets de chips sont en Cor\u00e9e alors que moi, je n\u2019ai jamais mis un pied l\u00e0-bas. Encore une fois, je m\u2019arr\u00eate aux achats et il faut se souvenir que notre core business, c\u2019est la souverainet\u00e9 de notre ferme via la transformation de nos produits. Pourquoi je dirais non, puisque \u00e7a rentre dans notre objectif et que la p\u00e9rennit\u00e9 de notre entreprise en d\u00e9pend&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-on mettre en avant une philosophie de production locale et artisanale et, dans le m\u00eame temps, d\u00e9fendre un mod\u00e8le d\u2019exportation&nbsp;? Pour lui, ce n\u2019est pas contradictoire car cette op\u00e9ration lui permet de se d\u00e9lier de l\u2019industrie. \u00ab&nbsp;<em>Et \u00e7a, on ne sait le faire qu\u2019en augmentant le nombre de clients. Si toute la Belgique nous consommait, il n\u2019y aurait en effet pas d\u2019int\u00e9r\u00eat, mais aujourd\u2019hui, on repr\u00e9sente 2% du march\u00e9.&nbsp;<\/em>\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Du bio par opportunisme&nbsp;?&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Le credo des cousins, celui sur lequel ils misent toute leur communication, c\u2019est le local et le circuit court. \u00ab&nbsp;<em>Le succ\u00e8s des chips de Lucien a trait au c\u00f4t\u00e9 artisanal et tr\u00e8s local. Il y a une histoire derri\u00e8re. On voit les agriculteurs qui produisent<\/em>&nbsp;\u00bb, analyse le porte-parole de Delhaize, Roel Dekelver<a href=\"applewebdata:\/\/0E5BB2E9-FC4F-4651-833D-10FD63AE91C6#_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>. Les chips haut de gamme \u2013 dont les chips artisanales et locales \u2013 constituent un nouveau segment de march\u00e9&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Nous travaillons dans les niches laiss\u00e9es libres. Et il y a l\u00e0 une place \u00e9conomique beaucoup plus grande qu\u2019on ne l\u2019imaginait<\/em>&nbsp;\u00bb, d\u00e9clarait Thomas Cnockaert dans cet article<a href=\"applewebdata:\/\/0E5BB2E9-FC4F-4651-833D-10FD63AE91C6#_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>. C\u2019est ind\u00e9niable&nbsp;: l\u2019origine locale et le fait qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une coop\u00e9rative aux mains d\u2019agriculteurs constituent un avantage concurrentiel sur le march\u00e9 des produits \u00e0 base de pomme de terre. S\u2019adapter au march\u00e9 et \u00e0 la demande, voil\u00e0 le&nbsp;<em>leitmotiv<\/em>de ces hommes d\u2019affaires.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un an apr\u00e8s le lancement, les entrepreneurs sortent d\u2019ailleurs une gamme bio. Leurs d\u00e9tracteurs y voient une d\u00e9marche essentiellement opportuniste, le trio \u00e9tant en agriculture conventionnelle (ou \u00ab&nbsp;raisonn\u00e9e&nbsp;\u00bb) sur l\u2019ensemble de leurs terres. Contrairement \u00e0 ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit dans la presse, les pommes de terre bio ne viennent pas de leurs exploitations \u00e0 eux directement, mais de terres qu\u2019ils louent (\u00e0 l\u2019ann\u00e9e) \u00e0 d\u2019autres fermiers. En l\u2019occurrence, il s\u2019agit de vingt hectares \u00e0 Sombreffe. Ils louent aussi une partie de leurs hangars de stockage car il est interdit de stocker des lots bio et non bio au sein du m\u00eame b\u00e2timent.<\/p>\n\n\n\n<p>Les chips de Lucien veulent se diff\u00e9rencier des mastodontes de la chips, en misant sur le c\u00f4t\u00e9 sain de leurs produits. Pas d\u2019exhausteur de go\u00fbt, de colorant ou d\u2019ingr\u00e9dient chimique, insiste Thomas. Pourtant, en culture conventionnelle, les produits phytos, ce n\u2019est pas ce qui manque (voir chapitre 3). La marque se targue de r\u00e9duire le taux de mati\u00e8re grasse \u00e0 la surface des p\u00e9tales de pommes de terre ainsi que d\u2019acrylamide, un canc\u00e9rog\u00e8ne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, fin 2020, il expliquait&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Heureusement que les grandes industries sont l\u00e0 pour dynamiser le secteur. Il n\u2019y a donc aucun probl\u00e8me \u00e0 ce que l\u2019on coexiste. De plus, nous n\u2019avons pas du tout la m\u00eame cible. Nous nous int\u00e9ressons aux personnes qui ne mangeaient pas de chips auparavant et qui soutiennent notre produit parce que \u00e7a a du sens pour eux<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/0E5BB2E9-FC4F-4651-833D-10FD63AE91C6#_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>. En termes de sant\u00e9 publique, on a vu mieux. Rappelons \u00e0 toutes fins utiles que naturel ne signifie pas sain, m\u00eame si personne ne sera contre le fait de raccourcir la liste des ingr\u00e9dients artificiels.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"819\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/02_paquet-819x1024.jpeg\" alt=\"Chips Lucien\" class=\"wp-image-17965\" srcset=\"https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/02_paquet-819x1024.jpeg 819w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/02_paquet-240x300.jpeg 240w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/02_paquet-768x960.jpeg 768w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/02_paquet-370x463.jpeg 370w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/02_paquet-270x338.jpeg 270w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/02_paquet-570x713.jpeg 570w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/02_paquet-740x925.jpeg 740w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/02_paquet.jpeg 1080w\" sizes=\"auto, (max-width: 819px) 100vw, 819px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">L\u2019entreprise a rapidement gravi les \u00e9chelons en seulement quatre ans : elle est en croissance d\u2019une dizaine de pourcents et atteint les march\u00e9s internationaux. \u00a9 Chips de Lucien<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00ab&nbsp;C\u2019est beau de r\u00eaver\u2026&nbsp;\u00bb<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Thomas et ses cousins le savent&nbsp;: ils incarnent un certain mod\u00e8le agricole qui est loin de plaire \u00e0 tout le monde. Leur&nbsp;entreprise familiale, install\u00e9e dans un village au caract\u00e8re rural, s\u2019industrialise et fait des remous. Il y a quelques ann\u00e9es, la construction de hangars de stockage avait fait couler beaucoup d\u2019encre. \u00ab&nbsp;<em>Je suis oblig\u00e9 de travailler de mani\u00e8re&nbsp;<\/em><em>industrielle, notamment car les normes sont faites pour les grandes productions. Je ne dis pas que mon mod\u00e8le agricole est parfait ni le meilleur&nbsp;; je ne le revendique pas. Je pr\u00e9f\u00e9rerais transformer vingt hectares de pommes de terre et les vendre au d\u00e9tail. Il y en a qui y arrivent mais ils sont situ\u00e9s le long des grands axes autoroutiers. Moi, j\u2019habite \u00e0 Graux, un village de 180 habitants. \u00c0 un moment, il faut que \u00e7a soit faisable.<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Ce projet montre qu\u2019il est possible de transformer nos productions de fa\u00e7on \u00e0 retrouver 100% de la valeur ajout\u00e9e. C\u2019est un bon exemple pour la jeunesse. Pas mal de fermes ont du mal financi\u00e8rement et je pr\u00e9f\u00e8re leur donner mon argent \u00e0 eux qu\u2019\u00e0 une multinationale<\/em>&nbsp;\u00bb, consid\u00e8re un agriculteur pourtant critique du mod\u00e8le des chips de Lucien. Mais si la diversification a eu le m\u00e9rite de redonner du pouvoir aux producteurs, cela s\u2019est accompagn\u00e9 d\u2019une folie des grandeurs dont il ne faudrait pas oublier les implications.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette belle histoire, finalement, raconte&nbsp;les limites des initiatives individuelles pour changer le syst\u00e8me. Un soutien public fort&nbsp;est certes indispensable pour structurer et reconstruire des fili\u00e8res locales, de la production \u00e0 la commercialisation, en passant par la transformation. Mais c\u2019est aussi aux acteurs comme Les chips de Lucien, dominant leur secteur, de poser des choix concrets dans leurs pratiques s\u2019ils veulent r\u00e9ellement tendre vers un \u00ab&nbsp;autre&nbsp;\u00bb mod\u00e8le agricole, et enfin joindre le geste \u00e0 la parole.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Apr\u00e8s r\u00e9flexion, je me demande si tout le chemin entrepris \u00e9tait le bon,&nbsp;<\/em>l\u00e2che&nbsp;Thomas Cnockaert.<em>&nbsp;Je ne sais pas&nbsp;; je me pose sans cesse des questions. J\u2019ai fait \u00e7a pour me rapprocher du consommateur et entendre ce qu\u2019il a \u00e0 dire pour \u00e9ventuellement changer de direction. J\u2019aimerais avoir un syst\u00e8me plus vertueux, ancr\u00e9 localement. C\u2019est beau de r\u00eaver\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nul doute que le grand-p\u00e8re agriculteur serait fier de sa descendance si entreprenante. M\u00eame si Lucien des chips du m\u00eame nom n\u2019a lui-m\u00eame jamais cultiv\u00e9 de pommes de terre.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/0E5BB2E9-FC4F-4651-833D-10FD63AE91C6#_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>&nbsp;Dans son \u00e9tude&nbsp;\u00ab&nbsp;Patates en col\u00e8re. Comment la culture de la pomme de terre a \u00e9t\u00e9 d\u00e9voy\u00e9e par l\u2019agrobusiness&nbsp;\u00bb (2021).<br><a href=\"applewebdata:\/\/0E5BB2E9-FC4F-4651-833D-10FD63AE91C6#_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>&nbsp;E. Hofman, \u00ab&nbsp;Les chips de Lucien. Du champ \u00e0 l\u2019ap\u00e9ro&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Trends\/Tendances<\/em>, 2020.&nbsp;<br><a href=\"applewebdata:\/\/0E5BB2E9-FC4F-4651-833D-10FD63AE91C6#_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>&nbsp;L. Fabri, \u00ab&nbsp;Remettre l\u2019agriculteur &#8220;dans&#8221; le paquet de chips&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>L\u2019Echo<\/em>, 2020.&nbsp;<br><a href=\"applewebdata:\/\/0E5BB2E9-FC4F-4651-833D-10FD63AE91C6#_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>&nbsp;S. Vande Velde, \u00ab&nbsp;Le frigo des Belges&nbsp;: il y a toujours du local dans le garde-manger&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Le Soir<\/em>, 2022.<br><a href=\"applewebdata:\/\/0E5BB2E9-FC4F-4651-833D-10FD63AE91C6#_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>&nbsp;L. Fabri, \u00ab&nbsp;Remettre l\u2019agriculteur &#8220;dans&#8221; le paquet de chips&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>L\u2019Echo<\/em>, 2020.&nbsp;<br><a href=\"applewebdata:\/\/0E5BB2E9-FC4F-4651-833D-10FD63AE91C6#_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>&nbsp;D. Jaunard, \u00ab&nbsp;Les chips de Lucien&nbsp;: &#8220;Pour plus de valeur et de reconnaissance en notre savoir-faire&nbsp;!&#8221;&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Le Sillon belge<\/em>, 2020.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-stackable-columns aligncenter stk-block-columns stk-block stk-3a531e6\" data-block-id=\"3a531e6\"><div class=\"stk-row stk-inner-blocks has-text-align-center stk-block-content stk-content-align stk-3a531e6-column\">\n<div class=\"wp-block-stackable-column stk-block-column stk-column stk-block stk-804059e\" data-v=\"4\" data-block-id=\"804059e\"><div class=\"stk-column-wrapper stk-block-column__content stk-container stk-804059e-container stk--no-background stk--no-padding\"><div class=\"stk-block-content stk-inner-blocks stk-804059e-inner-blocks\">\n<div class=\"wp-block-stackable-button-group stk-block-button-group stk-block stk-f9da7ae\" data-block-id=\"f9da7ae\"><div class=\"stk-row stk-inner-blocks stk-block-content stk-button-group\">\n<div class=\"wp-block-stackable-button stk-block-button has-text-align-center stk-block stk-e332a4a\" data-block-id=\"e332a4a\"><style>.stk-e332a4a .stk-button{background:#da3c14 !important;border-top-left-radius:15px !important;border-top-right-radius:15px !important;border-bottom-right-radius:15px !important;border-bottom-left-radius:15px !important;}<\/style><a class=\"stk-link stk-button stk--hover-effect-darken\" href=\"https:\/\/tchak2.odoo.com\/shop\/abonnement-individuel-1?category=3#attr=\" title=\"Philippe Genet\"><span class=\"stk-button__inner-text\"><strong>Je suis convaincu\u00b7e, je m&#8217;abonne<\/strong><\/span><\/a><\/div>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div><\/div>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-gridlove-bg-color has-text-color has-link-color wp-elements-b52ca5b236daed14536c656a009f6db0\">Chips Lucien, Chips Lucien, Chips\/Lucien, Chips Lucien, Chips Lucien, Chips Lucien, Chips Lucien, Chips Lucien, Chips Lucien, Chips Lucien,<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/tchak2.odoo.com\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"713\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Appel3-4-713x1024.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-22075\" srcset=\"https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Appel3-4-713x1024.png 713w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Appel3-4-209x300.png 209w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Appel3-4-768x1102.png 768w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Appel3-4-1070x1536.png 1070w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Appel3-4-370x531.png 370w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Appel3-4-270x388.png 270w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Appel3-4-570x818.png 570w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Appel3-4-740x1062.png 740w, https:\/\/tchak.be\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Appel3-4.png 1080w\" sizes=\"auto, (max-width: 713px) 100vw, 713px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les chips de Lucien, c\u2019est une entreprise familiale qui sent bon le terroir et la convivialit\u00e9. 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Une entreprise qui a grandi tr\u00e8s vite et tr\u00e8s fort pour s\u2019adapter au march\u00e9. Alors que les agriculteurs-fondateurs r\u00e9p\u00e8tent leur volont\u00e9 de \u00ab&nbsp;faire autrement&nbsp;\u00bb, leur mod\u00e8le est truff\u00e9 de paradoxes et, par certains aspects, se trouve en d\u00e9calage avec leur communication. Contre-r\u00e9cit d\u2019un chemin de croix pour les alternatives qui continuent de buter contre le syst\u00e8me.&nbsp; Sang-Sang Wu, journaliste&nbsp; C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un jeune homme flamand qui arrive dans le Namurois en 1958. Lucien Van den Abeele, c\u2019est son nom, d\u00e9pose ses valises \u00e0 Soye\u2026<\/p>\n","category_list_v2":"<a href=\"https:\/\/tchak.be\/index.php\/category\/enquetes-tchak\/\" rel=\"category tag\">Enqu\u00eate<\/a>","author_info_v2":{"name":"Sang-Sang Wu","url":"https:\/\/tchak.be\/index.php\/author\/sang-sang-wu\/"},"comments_num_v2":"0 commentaire","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/tchak.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17958","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/tchak.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/tchak.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/tchak.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/180"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/tchak.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17958"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/tchak.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17958\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22542,"href":"https:\/\/tchak.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17958\/revisions\/22542"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/tchak.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17962"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/tchak.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17958"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/tchak.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17958"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/tchak.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17958"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}