
Lobbying des fabricants de laits pour bébés
Début octobre, Tchak a lancé un appel aux parents, aux futurs parents et aux professionnel·les de la santé. Objectif: collaborer à notre enquête sur le lobbying des fabricants de laits infantiles.
Sur cette page, vous pouvez lire les témoignages qui nous sont parvenus. Vous aussi, vous voulez nous raconter votre vécu ? N’hésitez pas.
Je viens de recevoir mon numéro et de lire le passionnant dossier sur le lait.
Comme il n’y a pas de réaction masculine, je propose la mienne.
Ma femme a allaité ses 4 enfants respectivement 3 mois, 3 mois, 5 mois et 9 mois. Les deux premières périodes étaient dictées par le congé de maternité. Pour ses deux derniers, devenue experte et ayant connu l’état de grâce quand tout commence à bien aller, elle a voulu allaiter de plus en plus longtemps, m’avouant y trouver un plaisir certain. Au point que pour le dernier, alors qu’elle partait en mission à l’étranger jusqu’à trois semaines, elle tirait juste assez de lait pour prolonger la lactation et pouvoir reprendre soir et matin au retour, tandis que je nourrissais le bébé au biberon “artificiel”.
Comme homme, ces périodes étaient aussi une période de grâce, de pleine admiration pour l’espèce humaine, la Femme et ma femme en particulier, fascinante à observer s’adapter par “instinct raisonné”, essayer, parfois souffrir ou douter, trouver plaisant et pratique de juste se réveiller la nuit pour donner le sein en dormant à moitié (au lieu de devoir se lever, stresser à faire un biberon pendant que le bébé pleure, ne pas faire d’erreur dans les doses et la température etc).
Je pense que cet état de grâce a été facilité par mon admiration béate et ma volonté de faire de mon mieux pour que ce passage épuisant pour elle ne tourne pas au burn-out. L’absence totale de pression également, la confiance absolue dans son propre ressenti quels que soient ses choix. Quand la maman allaite, il peut être utile que le papa prenne en charge une partie supplémentaire du partage des tâches domestiques y compris donner au bébé une partie de l’amour et de l’attention dont il a besoin, et materner le bébé quand la maman est appelée par son besoin de s’épanouir aussi professionnellement ou qu’elle veut simplement prendre l’air.
Nous sommes aujourd’hui grands-parents de 4 petits. Nous accueillons les choix des mamans et suivons à la lettre le “mode d’emploi” qu’elles nous laissent quand elles nous confient leurs bébés. Car nous constatons notre incompétence particulière et l’expertise des parents pour ces bébés-là. Forcément au biberon. Nous avons la fierté de réussir certaines avancées de par notre “incompétence” car nous ne connaissons pas le rythme installé dans une famille qui a cherché et trouvé un mode de vie “qui marche” et acceptons nos propres limites. Lire la composition de ces produits prévus “contre l’allergie au lactose” ne m’empêche pas de m’étonner qu’un mélange de produits végétaux puisse être “mieux” pour un bébé qu’un lait maternel voire un lait de vache. Nous nous contentons de reconnaître que les parents savent mieux que quiconque ce qui est mieux pour leur bébé, leur couple, la fratrie, l’équilibre familial, les difficultés voire l’état de grâce que nous imaginons qu’ils vivent de temps en temps.
Je suis pédiatre et je me considère comme très bien informée par rapport à l’allaitement, ayant travaillé des années dans un hôpital ihab et ayant à présent une patientèle privée avec majoritairement des mamans qui allaitent et que j’encourage et conseille. Néanmoins, je pense que dans certaines situations, même si on les encourage et les informe sur l’allaitement, il est TRÈS IMPORTANT de rappeler aux mères qu’elles ont le choix et qu’il existe des alternatives et mettre en évidence les avantages de l’allaitement sans diaboliser l’allaitement artificiel qui dans certaines situations peut être d’une part nécessaire pour la santé du bébé et d’autre part pour la santé mentale de certaines mères qui n’ont peut être pour certaines en effet pas été bien préparées mais qui pour d’autres ne sont pas heureuses en allaitant leur enfant et se sentent entendues en ayant quelqu’un qui lui dit que ce n’est pas être une mauvaise mère que de donner un biberon. Ceci n’a à mon sens rien à voir avec le marketing des firmes de lait mais avec un phénomène de société où de nombreuses femmes veulent un accouchement physiologique et se sentent mises en échec lorsque leur bébé est en souffrance fœtale aiguë et qu’il leur faut une césarienne, ou bien lorsqu’elles demandent la péri, même principe si elles avaient prévu d’allaiter mais qu’après des semaines de galère, de tire-lait, de crevasses et de bébé qui ne reprend pas de poids, elles soufflent quand on leur dit que quoi qu’il arrive de leur allaitement je leur ferai leur papier pour leur congé d’allaitement et qu’elles auront un lien avec leur bébé et pourront le nourrir correctement même si ce n’est pas exclusivement avec leur lait maternel. Soyons féministes avant tout et du côté des mères et des bébés. Merci pour cette étude!
Je suis pédiatre. J’ai travaillé plus de 10 ans en milieu hospitalier tertiaire. Je partage actuellement mon activité entre des gardes de nuit en milieu hospitalier, des consultations ONE et une consultation de pédiatrie dans le centre de santé social intégré à Molenbeek.
Je n’ai pas subi longtemps la pression des délégués commerciaux pour laits infantiles, juste les premières années de ma formation.
L’allaitement maternel est un choix de société et doit être porté par tous les intervenants.
Sa difficulté est multifactorielle: l’épuisement maternel, la pression sociale (tout ce qu’il faut être pour être une femme), croire qu’une solution technologique (lait infantile) vaut mieux que ce qui fait vivre l’humanité depuis toujours, le lâcher prise nécessaire à faire confiance à une alimentation que l’on ne quantifie pas (or on quantifie tout dans notre monde).
Accepter que le processus de maturation du tube digestif prend du temps (colonisation microbienne, coordination motrice, perte du reflux gastro-oesophagien, ….), qu’il ne faut pas remédier à tous les symptômes (pleurs, régurgitation,…) si ceux-ci n’ont pas de répercussion sur le bien-être physique et psychique: ça n’est pas simple.
Tous ces maux de ventre d’un bébé sont la porte ouverte à l’industrie du lait infantile pour vendre des recettes miracles.
Si grâce aux techniques industrielles, nous pouvons créer des laits sur mesure indispensables aux enfants malades, on peut s’interroger sur l’abondance de laits infantiles sans indication médicale.
Les reproches que je fais à l’industrie du lait infantile sont les suivants:
– faire croire qu’ils font aussi bien que le lait maternel (les immunoglobulines humaines n’en feront jamais partie)
– associer le lait à un gout sucré comme dans le lait de croissance goût biscuit
– faire de la publicité.
Penser une alimentation saine (dans un concept de one health) est impossible sans se détacher du marketing publicitaire de l’agro-industrie, et cela commence tôt dans la vie.
J’ai allaité mon premier enfant jusque 2 ans et demi (facilité par la pandémie) et je suis maintenant maman d’un deuxième enfant de bientôt 1 an que j’allaite toujours également.
Au-delà des messages récurrents de l’entourage (plus que du corps médical) sur le fait que les réveils multiples et difficulté d’endormissement de mes deux enfants sont sûrement liés au fait que j’allaite, ce que j’ai trouvé le plus compliqué à naviguer a été la pression de la crèche: pour ma fille ses débuts à la crèche ont été difficiles et la raison exprimée par les puéricultrices mais surtout par la direction de la crèche était que c’était par ce que c’était un bébé allaité. En plus, on me demandait de fournir de plus en plus de lait, de rassembler dans un même contenant près de 200ml –> très difficile à assurer en pratique, je n’ai jamais réussi à exprimer 200ml en une session de tirage et vu les pressions sur les conditions de conservation (mettre directement au frigo puis au congélateur) ça a été une pression et un stress supplémentaire dans une période déjà compliquée (la reprise du travail). Depuis on a changé de milieu d’accueil et cela se passe beaucoup mieux.
On m’a aussi beaucoup demandé combien de ml elle avait bu. Question impossible à répondre quand on allaite.
Mais c’est solitaire, tenir le cap de l’allaitement, la poudre c’est “si facile”. Même si, quand je vois les parents qui donnent du lait en poudre, je trouve que l’allaitement est beaucoup plus facile (pas besoin de courir en pharmacie pour avoir du lait, trouver de la bonne eau à la bonne température, certitude aussi de fournir un confort émotionnel en plus de l’alimenter et l’hydrater, …).
Pour mon premier enfant, ce que j’ai trouvé très compliqué a été le début de l’allaitement: en même temps les sages-femmes à la maternité poussaient très fortement à l’allaitement, et en même temps elles ne semblaient avoir aucune confiance dans ma capacité à allaiter (on m’a poussé à tirer dès le premier jour même avec des seins très douloureux, poussé à donner du lait maternel à la seringue provenant de donneur pcq je ne produisais pas assez, …). Il a fallu qu’une sage femme libérale vienne faire une visite à domicile pour que je gagne un peu confiance dans mes capacités.
Bonjour,
Je suis maman d’un petit garçon de 2 ans. Il est né en Juillet 2023. Voici mon témoignage:
– Votre pédiatre a-t-il joué un rôle dans votre décision d’allaiter ou de donner du lait infantile à votre bébé ? NON, pas du tout. Par contre, quand j’ai par moi-même décidé de donner du lait infantile à mon bébé de 4 mois, je lui ai téléphoné pour savoir quelles marques il me conseillait.
La personne qui a le plus discuté avec moi de l’allaitement maternel (sans aborder outre mesure la question du lait infantile), ce fut ma sage-femme lors des séances de préparation à l’accouchement.
– Avez-vous déjà reçu des messages valorisant le lait infantile (par exemple, sur le sommeil ou le comportement du bébé) ? NON
– Avez-vous reçu des échantillons ou des boîtes de lait infantile dans un contexte médical, avant ou après la naissance de votre bébé ? NON
– Avez-vous vu passer des publicités ou des vidéos d’influenceur·ses parlant d’allaitement ou de lait infantile ? NON
– Concernant l’allaitement ou le lait infantile, quelles sources d’information vous ont le plus influencé·e ?
Majoritairement les expériences vécues par mon entourage, et la lecture de quelques livres spécialisés dans le post-partum. J’ai constaté que beaucoup de mères se sentaient investies d’une “mission” pour bien alimenter leurs bébés: l’allaitement. Mais elles avaient un avantage que je n’ai pas eu, pour continuer dans cette voie: elles produisaient du lait maternel en abondance ! De mon côté, je voyais bien l’intérêt tout d’abord nutritionnel, mais aussi émotionnel, pratique et financier, de l’allaitement. Je ne me suis pas mis de pression pour allaiter “à tout prix” pour autant. A l’accouchement, j’avais accepté intérieurement de me laisser porter par les choses. Si mon corps produit du lait, j’allaite. Cela me convenait très bien. Mais la fatigue extrême post-accouchement n’a pas aidé à allaiter au delà de 4 mois. Exténuée, j’ai compris que je devais prendre une décision. Car bébé, sans être gourmand, demandait du lait bien sûr. Et j’arrivais tout juste à tirer un peu de lait pour un biberon que papa pourrait donner au soir. J’étais exténuée. Est venue l’heure de passer à du lait infantile, et démarrer en parallèle la diversification alimentaire (ca tombait bien, à 4 mois c’était possible pour bébé).
Tout comme je débutais ma vie de mère avec son lot de nouvelles expériences, j’ai du “débuter” ma formation dans l’univers du lait infantile. Car la grande question qui arrive alors est: quel lait infantile prendre pour bébé ? quelle marque ? quelles doses ? quel prix ?
J’étais absolument sous informée sur le sujet. On nous dit souvent: “l’allaitement c’est bien, mais ne vous voyez pas obligée. Vous pouvez aussi passer au lait infantile si cela vous convient mieux.” Autant j’étais bien informée sur l’allaitement, autant pour le lait infantile, zéro info. Face à mon ignorance, je suis donc allée m’informer: recherche sur internet, questions aux autres mères, question à mon pédiatre, question à ma sage-femme. En rassemblant toutes ces questions, j’ai commencé à donner du lait infantile à bébé à ses 4 mois. Et mon choix s’est porté sur la marque NAN OPTIPRO (Nestlé). Pourquoi cette marque ? Pour une raison finalement très simple: La crèche. Bébé allait bientôt entrer en crèche dans quelques semaines, et à la crèche ils proposent de donner des biberons aux bébés soit avec du lait maternel (mais je n’arrivais pas à tirer de lait donc cette option n’était malheureusement pas possible pour moi), soit avec du lait infantile. Dans ma crèche, elles proposent de donner des biberons de cette marque au bébé, et c’est gratuit pour les parents. Si l’on veut une autre marque de lait infantile pour son bébé, on doit l’acheter et l’amener à la crèche. A ce stade de mon existence, j’étais fatiguée et toute facilitation de notre Vie de jeunes parents était bon à prendre. Donc va pour le Nan Optipro !
Bébé grandit, et il a de moins en moins besoin de lait. Vient la période des selles liquides régulières. Les beaux-parents clament qu’il s’agit surement d’une intolérance au lactose. Merci cher entourage pour la pression insidieuse portée aux mères afin d’offrir le “meilleur” aux bébés. Mon choix de passer au lait infantile avait déjà suscité quelques haussements de sourcils. Dieu sait pourtant que nous sommes attentives à la santé et au bien être de nos bambins. Profitant d’un rendez-vous chez la pédiatre, je soulève la question de l’intolérance au lactose par acquis de conscience. Pour la pédiatre, c’est peu probable. Pour autant, pourquoi ne pas essayer de passer à un lait sans lactose “pour voir” ? Je me tourne alors vers le Lait de croissance à base de riz “Bambix”. Dans les faits, cela n’a pas changé grand chose à la digestion de bébé, mais j’en suis restée là. Notre petit garçon a désormais 2 ans, et prend 2 biberons par jour (un le matin, un le soir au coucher). J’essaie tout doucement de diminuer en diluant très fortement dans de l’eau. Un jour, nous arriverons au sevrage, et alors adieu enfin les laits infantiles !
Dans les revues professionnelles, en ligne ou sur papier : sur-représentation des labos de lait par rapport aux autres labos.
Sur les sites scientifiques destinées aux professionnels de santé : de nombreux articles sont des publis-informations, en lien avec des labos de lait.
Sur les réseaux sociaux, je suis inondée de publicités pour des laits infantiles et enfin, pour terminer, j’observe la présence des labos sur de nombreux objets ou affiches en maternité ou dans les officines de pharmacie.
Par ailleurs, mes patientes sont sans cesse remises en question dans leur allaitement, avec des propositions spontanées de passage au lait infantile par le pédiatre, de commentaires sur la qualité du lait maternel qui serait inférieure au lait infantile, de l’inutilité d’allaiter passé un certain âge, ou de la responsabilité de l’allaitement dans diverses difficultés qui “seraient” résolues par le passage au lait infantile .. ce qui rend leur projet d’allaitement difficile à maintenir.
Sur base de mon expérience personnelle, j’ai plutôt tendance à croire que le marketing pour les laits infantiles est moins agressif aujourd’hui que dans les années 80. Dans ma famille, par exemple, aucun bébé n’a été allaité, au motif que le lait en poudre permettait aux femmes de reprendre rapidement leur indépendance. C’est un argument que j’entends très souvent dans la génération de mes parents, “biberonnée” (sans mauvais jeu de mots) au discours des industriels sur la question.
1. Allaiter c’est offrir le meilleur.
2. Il faut viser 6 mois d’allaitement en théorie mais 3 mois c’est bien.
Et encore, je me souviens du prof qui en le disant marchait sur des œufs. Les pédiatres et médecins en général ne sont pas du tout formés à l’allaitement. Ma fille avait 4 mois quand un ami médecin m’a dit: « mais tu donnerais pas du vrai lait maintenant ?»
J’ai aussi dû expliquer à une pédiatre que je n’allais pas espacer les tétées de ma fille alors que c’est un poids plume… Elle me parlait de donner 4 tétées par jour à mon bébé de 4 mois!!
« Mais les bébés au biberon, ils ont ça». Ah bah oui, s’ils prennent 250 ml par biberon, ils ont leurs apports. Mais une tétée c’est estimé entre 50 et 120 ml grand max. On déconnecte le bébé de ses sensations de faim et satiété en chronométrant les biberons, en calculant au timeur l’entre deux. On peut réduire ça en donnant du lait artificiel de façon physiologique. Mais il y a vraiment une grosse problématique de santé publique.
J’ai accouché en maison de naissance pour mon premier bébé. C’était important pour moi de ne pas vivre ce moment dans un environnement hospitalier.
L’allaitement était pour moi une évidence. Je ne m’étais d’ailleurs jamais vraiment posé la question, mais comme je souhaitais un accouchement “au naturel”, nourrir mon bébé “au naturel” allait de soi. J’ai un eu un superbe premier accouchement, dans le respect de mon corps et de son rythme, à la maison de naissance de Namur. J’ai eu mal, j’ai eu tellement mal. Cette douleur, j’y étais préparée, ça m’a aidée, mais je trouve qu’on n’en parle jamais assez. Un accouchement, c’est une douleur qu’on ne peut pas décrire, et quand bien même tout se passe bien, non, maman, ça n’est pas “comme une lettre à la poste”.
À la maison de naissance, on m’a donné une boîte cadeau, en me disant “tu y as droit, mais on te conseille de ne rien utiliser de ce qu’il y a dedans”. Rien qu’ouvrir la boîte était un enfer olfactif, avec des odeurs synthétiques: il s’agissait de lessive et d’adoucissant “pour bébé” (j’ai toujours fabriqué ma lessive moi-même, on a dû éloigner cette boîte de notre maison tellement l’odeur nous dérangeait), et du lait en poudre Nestlé. Au cas où, j’imagine. On ne sait jamais, n’est-ce pas?
Ah, Nestlé, cette multinationale qui ne veut que notre bien ! Bref, ma boîte cadeau a volé à la poubelle.
L’allaitement fait mal, très mal, et je trouve qu’on ne le dit pas non plus. Mais ces premiers jours où nos tétons ne sont pas habitués, qu’ils subissent cette succion tellement intense qu’on a l’impression que le sein tout entier est aspiré ! Durant 2 semaines, il faut supporter cette douleur, en plus de celles de l’accouchement. Allaiter, c’est deux semaines où on ne dort pas. C’est deux semaines où on a mal. Après, oui. Après, c’est le bonheur, d’avoir du lait tout prêt, toujours sur soi. C’est un plaisir, c’est un lien incroyable. Tout ça, tout ce qu’on lit, c’est vrai.
Mais il faut d’abord passer par cette épreuve de désensibilisation, et ça, PERSONNE ne le dit. Et c’est souvent à ce moment-là que l’on rencontre des problèmes comme les mastites, ou, comme moi, une mycose.
Mon bébé avait un mois, quand soudain, j’ai commencé à avoir des douleurs au niveau des tétons. Ils étaient en feu ! Allaiter devenait une souffrance indicible. Je pleurais pour donner à manger à mon petit. Une nuit, mon mari est rentré tard de son travail, et il m’a trouvée en panique. Je hurlais (et le bébé aussi) que j’arrêtais l’allaitement, que c’était une torture, que je ne pouvais plus, que j’allais tuer mon bébé qui ne mangeait pas assez, mais que ça faisait trop mal. C’est mon mari qui m’a dit calmement qu’on allait appeler la sage-femme en première heure le lendemain, et que non, ce n’est pas une douleur à supporter “en attendant que ça passe”.
La sage-femme m’a dit de venir immédiatement, et elle a eu cette phrase extrêmement rassurante : “Il faut que je voie, mais je pense savoir ce que tu as, et j’ai un remède immédiat.”
C’était donc une mycose,et la sage-femme m’a donné une crème magique qui a fait partir la douleur (et la mycose).
Après, mon allaitement a été un vrai bonheur. Pour mon bébé et pour ma santé, c’était un équilibre parfait. J’ai arrêté l’allaitement quand le petit à eu 1 an et deux mois. Il m’a mordu. Ca a été mon signal.
Je n’ai jamais donné de lait en poudre. À cet âge-là, je lui donnais déjà à manger équilibré. Le lait était un aliment pour rassurer. Je lui ai donné du lait végétal, un peu de tout sauf du lait de soja, trop sucré. Je les variais, et je veillais à ce qu’il mange de tout.
Deux ans et demi plus tard, ma fille est née à la maison. Je n’avais pas pris le temps de me préparer à la douleur, parce que j’estimais “que je savais”, et ça a été une mauvaise idée. Quoi qu’on en dise, on oublie. L’allaitement s’est mis en place plus rapidement : le corps se souvient. Je savais qu’il fallait attendre quelques jours avant de ne plus avoir mal aux seins.
Tout a été fluide, mais j’étais plus fatiguée : j’ai dû stimuler mon lait un peu plus que pour la première fois, avec de la bière sans alcool et des tisanes au fenouil (je n’en supporte plus ni le goût, ni l’odeur).
Un soir, je travaillais à Bruxelles, j’avais eu une journée harassante, et je devais tirer mon lait, je l’ai fait dans un parking sordide. C’était laborieux, les conditions étaient vraiment difficiles. Une fois que ça a été terminé, j’ai constaté que j’avais oublié de prendre le couvercle du petit pot. J’avais fait tout cela pour rien. J’ai dû jeter mon précieux lait dans le parking. Et je me suis dit “ok maintenant c’est bon, j’arrête l’allaitement”. Ma fille avait 1 an et trois mois.
Comme pour mon fils, on lui a donné du lait végétal.
Dans ma tête, à chaque fois, c’était clair : je n’avais plus envie d’allaiter. Comme c’était clair pour moi, les enfants l’ont senti, et ça n’a jamais posé problème.
Je n’ai jamais eu de pédiatre. J’en ai rencontré un dans le car ONE. Il m’a dit que je ne pouvais pas donner de légumes de mon potager à mon bébé sans avoir fait des analyses de sol au préalable. Qu’il valait mieux donner des petits pots Nestlé, étudiés pour être parfaitement équilibrés.
Je n’ai jamais voulu de pédiatre par la suite. J’ai demandé à mon médecin traitant, qui avait toute ma confiance, s’il était d’accord de suivre mes enfants. Ils n’ont jamais eu de maladies qui nécessitent un médecin.
Un jour, chez la kiné, j’ai croisé une jeune maman en pleurs avec son fils dans son maxi-cosi. Son pédiatre lui a dit que son bébé était trop gros, qu’il fallait qu’elle lui donne moins de lait, et qu’elle lui donne plutôt des biberons de thé. J’ai respiré un bon coup pour rester calme, et je lui ai dit que j’avais une opinion à ce sujet, que je ne suis pas médecin, mais qu’un bébé il prend ce dont il a besoin, et le priver de ce dont il a besoin, c’est de la torture. Que c’était mon avis, mais que j’avais constaté qu’il y a avait quand même des tas de docteurs qui disaient n’importe quoi, et que c’était à elle à faire appel à son instinct pour savoir si elle allait vraiment priver son enfant de nourriture ou pas.
Aux femmes qui abordent l’allaitement, je dis toujours : faites comme vous le sentez, à l’intérieur. Ca fait trop mal ? C’est trop dur ? Arrêtez.
Vous voulez continuer ? C’est vraiment important pour vous ? Il y a des tas de sages femmes formidables qui pourront vous aider.
Vous avez peur que vos seins soient moins fermes et c’est important pour vous qu’ils le restent ? N’allaitez pas.
Entourez-vous de médecins en qui vous avez confiance. Et vous pouvez la mettre en doute : ce sont des humains comme les autres, ils peuvent se tromper.
J’ai allaité parce que cela me correspondait parfaitement. Parce que ça allait de soi. Pas parce qu’on m’a dit que c’était mieux. Je crois que le secret pour une maternité la plus épanouie possible, c’est de s’écouter.
Après 1 mois d’efforts acharnés, j’étais épuisée, je produisais de moins en moins de lait. Nous avons donc décidé de passer au lait en poudre. Comme elle ne prenait pas assez de poids, nous avons dû nous résoudre à acheter du lait Infatrini en poudre, avec une autre poudre pour épaissir et éviter le reflux.
C’est un lait spécialement conçus pour enfants en retard de croissance, conseillé par la pédiatre pour compenser la faible prise de poids. On se sent quand même obligé vu qu’on veut le meilleur pour notre enfant et qu’on ne va pas aller contre les conseils de la personne qui surveille sa santé. Surtout quand on cherche à atteindre un certain poids pour son opération à 3 mois de vie (la situation est particulière, je l’admets). Du coup, c’est la seule option qu’on nous a présenté. Elle n’est pas remboursée par la mutuelle, alors que ce sont des aliments quasi médicaux.
Ce lait est donc TRES cher (25 euros les 400 gr) et il faut commander les boites en pharmacie, personne n’a de stock. En plus j’ai essayé de le scanner sur YuKa mais ça ne marche pas pour les laits infantiles, ce qui est stressant car ça donne une impression d’opacité au secteur…
Après plusieurs mois et une reprise de poids avec la diversification alimentaire, nous sommes passés au Nutrilon AR (anti reflux), un des seuls laits existants en épaissis pour les enfants sensibles à ce problème. Ici c’était une précaution vis-à-vis de la fente, comme on avait eu des épisodes très critiques de reflux quand elle avait un mois, toujours cher par rapport aux autres laits (25 euros les 800 gr).
Ce nouveau lait était de nouveau conseillé par la pédiatre. Pareil pour le scan sur Yuka. Puis quand on a pu abandonner le lait AR (vers 1 an, 1 an et 2 ou 3 mois), on est passé au lait HIPP biologique (choix personnel, 15 euros les 800 gr), qui est un des rares laits bio en poudre, et qui me donnait enfin l’impression de reprendre la main sur les choix à faire pour l’alimentation de mon bébé.
Mais lui non plus n’est pas scannable sur Yuka… Je trouve ça vraiment pas idéal, vraiment opaque et on n’a pas souvent l’impression d’avoir le choix avec la pression qu’on a pour que nos bébés soient absolument dans les courbes. Je fais confiance à notre pédiatre, mais je me suis dit plusieurs fois avec mon mari que j’aurai préféré faire fondre du beurre et le mélanger au lait de notre fille à certains moments que de payer et de devoir choisir ces laits industriels.
Enfin voilà, encore heureux qu’on a les moyens de faire ces choix, je pense aux familles précaires qui ont les mêmes soucis et la même pression pour faire les meilleurs choix pour leur bébé, mais qui doivent se saigner pour payer ces boites de lait en poudre. Maintenant notre fille a deux ans, on passe au lait de croissance en brique, et SURPRISE! tout est toujours aussi opaque. Donc on espère pouvoir faire confiance au lait bio qu’on trouve chez les distributeurs (je connais uniquement deux marques).
Par contre niveau message valorisant le lait infantile, celui du partage de la tâche est le plus fréquent mais reste aussi vrai, même dans les couples dits “avancés en féminisme”, la charge est quand même grandement portée par les mères, notamment à cause de l’allaitement.
1) Concernant l’allaitement ou le lait infantile, quelles sources d’information vous ont le plus influencé·e ?
Avant et durant ma grossesse, mes convictions me portaient davantage vers l’allaitement. Sans aucune connaissance sur les bébés et leurs besoins alimentaires, ce choix se basait plutôt sur mes connaissances de l’industrie agro-alimentaire, les produits ultra-transformés et les lobbys. Je suis d’ailleurs tombée à ce moment-là sur une émission de la RTBF sur les laits infantiles (Investigations).
J’ignore à quel point les faits reportés étaient à 100% justes, mon pharmacien, lui, me disait que c’était un peu “du drama”, et “que des centaines de tests sont réalisés” car “c’est quand même à destination des bébés”. Difficile alors de savoir si on est influencé par une chaîne télé (qui cherche à faire de l’audience) ou par son pharmacien (qui est potentiellement influencé par les discours des délégués médicaux).
Ma sage-femme et l’hôpital où j’ai accouché (Braine-l’Alleud) sont plutôt pro-allaitement. Sans jamais me forcer la main ni ignorer les alternatives, cela m’a poussé/confirmée vers le choix de l’allaitement. J’ai pu bien démarrer et poursuivre sereinement l’allaitement jusqu’à aujourd’hui, principalement grâce à l’accompagnement lors du démarrage à l’hôpital et du soutien de mon époux.
Depuis, je l’ai allaité exclusivement jusqu’à environ 4 mois, puis on a introduit du lait infantile (environ 1-5 biberons par semaine) lorsqu’il est gardé (ce que je regrette un peu, mais il y a aussi la charge mentale qui joue).
2) Votre pédiatre a-t-il joué un rôle dans votre décision d’allaiter ou de donner du lait infantile à votre bébé ? Si oui, lequel ?
Ce dernier parle souvent de “donner le biberon” et jamais d’allaitement, mais cela ne m’a pas influencé dans mon choix. Il a déjà également sous-entendu que les bébés ne se régulent pas avec l’allaitement.
3) Avez-vous déjà reçu des messages valorisant le lait infantile (par exemple, sur le sommeil ou le comportement du bébé) ? Si oui, comment les avez-vous perçus ?
Mon pédiatre préconise de passer au biberon car le fait d’allaiter, selon lui et d’autres sources que j’ai pu entendre, entraîne un sommeil plus difficile, disons coupé, durant la nuit. C’est très dur et compliqué d’entendre ce genre de choses, surtout lorsque la fatigue est très forte car cela remplit de doutes. Cela nous a poussé à tenter le lait infantile en début de nuit “pour le caler”, comme on dit.
Cela n’a cela dit rien donné, et nous sommes repassés à l’allaitement. Il déconseille fortement de nourrir la nuit, déclarant que cela l’empêche de construire ses nuits, et qu’on le payera plus tard. Ma sage-femme, quant à elle, m’a conseillé de faire comme moi je le sentais, et qu’il était normal qu’un bébé se réveille plusieurs fois la nuit, et qu’il était normal qu’il ait envie/besoin de téter également.
4) Avez-vous reçu des échantillons ou des boîtes de lait infantile dans un contexte médical, avant ou après la naissance de votre bébé ?
Oui ! Pendant la grossesse, nous avons reçu plusieurs sacs “cadeaux” contenant des langes de marques connues, ainsi que des fascicules et échantillons de lait infantile. En sortant de la maternité également.
5) Avez-vous vu passer des publicités ou des vidéos d’influenceur·ses parlant d’allaitement ou de lait infantile ?
J’essaye d’éviter au maximum ce genre de contenu même s’il est inévitable à cause de l’algorithme. J’en vois davantage sur l’allaitement, qui font alors passer le lait infantile pour du poison, et le fait d’allaiter comme un moment magique, un devoir et presqu’une raison d’être.