Imaginez une société où il n’y a plus de propriété individuelle, où tous·tes les citoyen·nes ont droit à un salaire garanti à vie, où l’héritage a tout simplement été aboli, où les terres agricoles sont collectivisées… Pour Camille Leboulanger, ce monde est tout sauf une fiction.
Quand on parle de science-fiction, on pense souvent à des histoires apocalyptiques, des sociétés totalitaires et des individus surveillés, manipulés ou encore privés de liberté. Pourtant, ce genre littéraire peut aussi être source d’imaginaires joyeux et désirables, dans une perspective résolument politique. Dans son roman Eutopia, l’écrivain français Camille Leboulanger dépeint une société basée sur la coopération et la solidarité, délestée de la domination et de la hiérarchie. Cette utopie post-capitaliste porte en elle le germe d’un puissant espoir contestataire. Après tout, le pire n’est jamais certain.
Votre livre s’ouvre sur le préambule à la Déclaration d’Antonia, une sorte de Constitution qui régit les interactions sociales dans la cité fictive de Pelagoya. Parmi ses principes figure l’abolition de la sacro-sainte propriété privée, au profit de la propriété d’usage. Qu’est-ce que cela veut dire ?
Je m’inscris directement dans la lignée des travaux de Bernard Friot [sociologue communiste français, NDLR], qui souligne que la propriété comporte plusieurs dimensions. À côté de la propriété patrimoniale (celle qui peut se transmettre) et de la propriété lucrative (celle qui permet d’en tirer profit), il y a la propriété d’usage. C’est le fait de dire qu’un bien appartient à celui ou celle qui l’utilise. Admettons que j’aie en ce moment une pince à linge dans la main. Tant que je l’utilise, on ne peut pas me la reprendre et on me reconnaît le droit de choisir comment je vais l’utiliser. La propriété d’usage donne donc aux gens la capacité de décider des moyens et des fins de leur action. Pour moi, la propriété d’usage est une condition nécessaire à la démocratie.
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