Pourquoi vouloir expliquer notre travail, nos choix et nos défis ?
Six ans après son lancement, Tchak continue de tracer son chemin, avec ses ses fragilités et ses défis. Voici pourquoi et comment nous faisons ce métier, et où nous voulons aller.
Dans ce monde qui fiche les jetons, où toutes les lignes rouges sont en train d’être franchies, ce n’est pas le moment d’abandonner. Depuis le départ, Tchak s’est donné pour mission de rappeler l’existence et la puissance des chemins de traverse. Dont ceux des paysan·nes et des citoyen·nes qui travaillent ensemble, là où on trouve de l’espoir, de la démocratie et une robustesse collective.
Cette volonté, nous l’avions déjà quand on a démarré l’aventure, en 2019. François Brabant, fondateur de Wilfried, coopérative de presse née quelques années auparavant, juste après celle de Médor, nous avait alors dit ceci : « Les jours où vous perdrez courage, et il y en aura, rappelez-vous pourquoi vous avez décidé de créer un média. Ça vous reboostera ! »
Nous y avons souvent repensé. Pas tellement parce que créer un média demande une énergie folle ; après tout, c’est le lot de quiconque crée une entreprise. Mais nous ne nous voilons pas la face : notre petite coopérative de presse est sur le fil du rasoir au niveau financier. Six ans après notre premier numéro, elle n’est toujours pas à l’équilibre. Alors que nous devrions vendre quelque 2.500 revues par numéro, nous en sommes à 1.600.
Cette fragilité économique questionne notre capacité à durer. À faire notre métier. Enquêter prend du temps : il faut trouver des sources, créer la confiance, multiplier les rendez-vous de terrain, vérifier chaque fait. Financer, aussi, l’écriture, la relecture, la mise en page. Peu de titres parviennent à atteindre l’équilibre, surtout quand ils défendent, comme nous, le papier, l’artisanat, des conditions de travail dignes et une indépendance vis-à-vis de la publicité.
Très concrètement, publier chaque année quatre numéros de Tchak coûte 220.000 euros. Cet argent, nous ne pouvons le trouver qu’auprès de vous. C’est la raison pour laquelle nous lançons cet automne (2026) un large appel public à capital. C’est aussi pourquoi nous avons ouvert un canal spécifique pour cofinancer nos enquêtes.
Nous ne pouvons pas demander votre soutien sans nous remettre nous-mêmes en question. Comment être plus accessibles et plus intéressants pour vous ? Comment nous faire davantage connaître ? Comment mieux gérer financièrement la coopérative tout en gardant notre âme ? Ces différents chantiers ont aboutit au fil de 2025 et 2026 : nouveau format pour la revue, logiciel de gestion pour la coopérative, nouveau site internet, etc.
Plus de 600 coopérateurs et coopératrices, plus de 800 abonné·es et une trentaine de partenaires croient déjà en nous. Il nous faut pourtant plus de bras : des lanceurs et des lanceuses d’alerte pour nous interpeller sur des faits d’intérêt public, des journalistes free-lance pour enquêter à nos côtés, des ambassadeurs et ambassadrices pour relayer la revue, de nouvelles administratrices et administrateurs pour nous épauler.
Tchak n’est pas l’affaire d’un petit cercle, c’est tout le contraire. C’est un projet qui a besoin de toutes les énergies; de gens qui ne veulent pas d’un monde faible avec les forts et fort avec les faibles. Nous sommes guidées par la conception du journalisme d’investigation de Mark Lee Hunter, membre fondateur du Global Investigative Journalism Network. Pour lui, la finalité est de « réformer un monde qui, d’un côté, génère des souffrances inutiles, et qui, de l’autre côté, ignore des solutions disponibles pour amoindrir ses problèmes ».
Expliquer cette philosophie, notre ligne éditoriale, n’est pas un luxe ni de l’auto-promotion : c’est une nécessité. Un média libre et indépendant ne tient que par la confiance de son public, et cette confiance se nourrit de transparence : dire combien coûte une enquête, comment nous choisissons nos sujets, pourquoi nous investissons dans tel outil ou telle évolution. C’est aussi une manière de rappeler que Tchak n’est pas une entreprise comme une autre.
Voilà pourquoi nous voulons expliquer notre travail, nos choix et nos défis. Et si vous estimez que ce journalisme mérite d’exister, serrons-nous les coudes pour qu’il continue de grandir.