« En 2013, le ministre de l’Agriculture a donné nos terres en concession à la Compagnie Hévéicole de Prikro, une filiale de Siat. Un jour, alors que nous n’étions pas au courant, des machines sont arrivées sur nos terres pour tout détruire. On parle de la quasi-totalité des terres arables des environs. Ces quelque 11.000 hectares permettaient à la majorité de la population de pratiquer une agriculture vivrière et de rente. Le ministre a tablé sur le fait que les communautés rurales n’allaient rien faire. Et l’entreprise belge, malgré nos demandes et nos courriers répétés, a décidé de fermer les yeux sur la contestation et de développer de force son projet de monoculture d’hévéas. »

Ces propos sont ceux de Sinan Ouattara, porte-parole des autorités coutumières de la région de l’Iffou, en Côte d’Ivoire. Début septembre, lui et une dizaine de représentants des communautés de Prikro ont remis au groupe Siat une demande d’indemnisation (par l’intermédiaire des organisations belges alliées, FIAN et Entraide et Fraternité). Ils réclament un dédommagement à hauteur de plus de 1,6 million d’euros pour l’ensemble des préjudices subis et se positionnent comme premiers créanciers de la multinationale.

« Nos clients ont subi des pertes et préjudices considérables en raison des activités fautives de Siat SA pendant plusieurs années », confirme Pauline Delgrange, leur avocate. « Siat SA a l’obligation de réparer les dommages qu’elle a causés. La démarche est peu courante mais tout à fait fondée. »

« Le montant peut paraître élevé et pourtant, il ne nous permettra jamais de compenser la détresse et l’enfer que nous avons vécus », témoigne l’un des plaignants, lui-même arbitrairement détenu en prison pour plusieurs mois, sans raison. « Comment évaluer monétairement les tortures subies en prison ? Comment évaluer l’impact des mois et des mois de détention arbitraire ? Combien pour ne pas avoir pu nourrir nos enfants, faute de terres à cultiver, pendant des années ? »1