Chanter haut les cœurs, lutter en musique
Contre la résignation, les luttes paysannes se font de plus en plus entendre en musique. En France, et en Belgique aussi.
L’histoire des Glottes Rebelles commence en France, en 2013, dans le Pilat, massif montagneux situé au sud-ouest de Lyon. Elle débute précisément lors d’une assemblée générale des Faucheurs Volontaires, un mouvement de désobéissance civile né en 2003, essentiellement français (6700 militants revendiqués, selon Wikipédia), qui s’attaque aux parcelles d’essais transgéniques et de culture d’OGM. Jean-Luc Juthier, agriculteur qui produit alors des fruits en culture biologique dans la région (il est aujourd’hui retraité) est présent, et il s’en souvient : « On avait organisé un concert dans le cadre de cette assemblée générale. Il y avait pas mal de jeunes qui étaient là. Ils se sont mis à chanter. Et on a commencé à chanter avec eux. Puis on s’est dit que ça vaudrait le coup de mettre en place une chorale sur le Pilat, un peu comme la Barricade de Saint-Étienne, une chorale militante dont je faisais déjà partie depuis deux ou trois ans. Et on s’est réunis au village de Saint-Julien-Molin-Molette. »
Saint-Julien-Molin-Molette a déjà une âme d’artiste. Après la fermeture de ses usines de soie, cette ancienne cité de tissage a reconverti bon nombre de ses bâtiments en résidences d’artistes. Le village fourmille de plasticiens, musiciens, comédiens, chorégraphes… « Notre chorale, les Glottes Rebelles, s’est installée dans le prolongement de ce mouvement-là, poursuit Jean-Luc Juthier. On a démarré avec un noyau de quatre ou cinq personnes. Aucun de nous ne connaissait le solfège, ou très peu, mais une copine qui jouait de l’accordéon nous a rejoints et nous fait profiter de son expérience musicale. Ça nous a permis de commencer à travailler. »
Le profil des chanteurs des Glottes Rebelles — une trentaine de personnes régulières, mais les listes ont compté jusqu’à 60 membres — est assez diversifié. « Il y a des gens qui n’ont pas de boulot, d’autres qui sont médecins, des paysans, quelques étudiants, des hommes, des femmes… Ce qui nous rassemble, ce n’est pas l’âge, ce n’est pas la profession, c’est l’envie de chanter. C’est la lutte. »
Paysans, tenez bon !
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