SATISFACTEUR, subst. masc. [satisfaktœr]. Manière ou moyen par lequel un ou plusieurs besoins sont satisfaits.

« La nourriture n’est pas un besoin » : voilà ce que professe un économiste chilien du nom de Manfred Max-Neef. Au cœur de son travail, la distinction entre besoins et satisfacteurs. Selon lui, si les besoins sont toujours les mêmes, quel que soit le lieu ou l’époque, ce qui va changer au fil du temps et d’une culture à l’autre, ce sont les satisfacteurs. Ainsi, si en Europe et jusqu’au début du XXe siècle, c’est l’agriculture paysanne qui répondait au besoin de Subsistance, l’agro-industrie a largement pris le relais aujourd’hui.

Max-Neef ne se contente pas d’insister sur la notion de satisfacteur, il propose aussi d’en répertorier différents types : singulier, s’il répond à un seul besoin ; inhibiteur, s’il sur-satisfait un besoin donné au détriment d’autres besoins ; pseudo-satisfacteur, s’il génère un sentiment de satisfaction trompeur (la publicité en est un attribut typique) ; destructeur, lorsque ces deux derniers types sont combinés et qu’aucun besoin n’est finalement satisfait (avec une caractéristique, celle d’être imposé avec agressivité).

Le système agro-industriel semble faire partie de cette dernière catégorie. Par son productivisme, il exagère le besoin de Subsistance (le gaspillage alimentaire en est un signe évident) alors même que sa capacité à répondre à ce besoin est compromise par sa fragilité vis-à-vis des chocs climatiques et géopolitiques. En parallèle, il accentue notre exposition aux risques sanitaires et environnementaux, ce qui inhibe la satisfaction du besoin de Protection. Par ailleurs, il est maintenu avec force par la publicité et un lobbying agressif.

Loin d’être un pessimiste, Max-Neef veut nous encourager à réfléchir de manière critique aux satisfacteurs qui fondent la civilisation industrielle, de sorte que nous soyons en mesure de choisir d’autres satisfacteurs qui seraient synergiques, c’est-à-dire contribuant simultanément à satisfaire plusieurs besoins. De tels satisfacteurs existent déjà et sont nombreux dans le domaine de l’agriculture et de l’alimentation : agriculture biologique, circuits de proximité, production autonome, conseils de politique alimentaire, cantines durables, cuisine de terroir… Reste à les privilégier pour réinventer notre mode de vie et démontrer que « l’indésirable n’est pas toujours inévitable »1.


1 Manfred A. Max-Neef, Human scale development : conception, application and further reflections, New York-Londres, The Apex Press, 1991.