ERSATZ, subst. masc (1).
A. Produit de remplacement, employé à défaut du produit normalement ou traditionnellement employé.
B. Avec une nuance fortement péj. Produit ou personne de substitution et de moindre valeur.
Dix-huit novembre 1894, dans un quartier populaire de Manchester, un penseur socialiste du nom de William Morris donne une conférence. Dès sa première phrase, il propose de baptiser notre époque « l’âge de l’ersatz »2. Avec ce simple terme, il anticipe un trait majeur de l’industrie agroalimentaire : la malbouffe. Ainsi l’homme déplore-t-il la piètre qualité du pain, de la farine, le remplacement du beurre par la margarine quand on dénonce aujourd’hui des aliments vides, déséquilibrés ou tout simplement contaminés.
Toutefois, le penseur du XIXe siècle ne restreint pas son analyse au seul domaine du boire et du manger. Vêtements, loisirs, habitations, paysages : tout y passe ! C’est « [l’]omniprésence des ersatz et […] le fait de s’en accommoder [qui] forment l’essence de ce que nous appelons civilisation », juge Morris. Lequel nous gratifie en passant de quelques considérations supplémentaires sur cette falsification généralisée : un – l’ersatz n’est pas choisi, il est subi au travers d’une stratégie agressive de prix bas ; deux – en s’imposant, l’ersatz condamne à la disparition tout bien authentique ; trois – l’ersatz n’est que le revers de la condition ouvrière, c’est un « [travail] d’esclave pour les esclaves du travail ».
Pourquoi en est-il ainsi ? La réponse de Morris est très simple : parce que « la raison d’être de l’industrie n’est pas de créer des biens mais des profits réservés aux privilégiés qui vivent du travail des autres ». Ce faisant, l’industrie trompe les consommateurs, abîme les travailleurs et génère par ailleurs un immense gaspillage. Et l’orateur de conclure en enjoignant à son auditoire non pas de surveiller mieux son alimentation, mais de s’emparer de la politique pour « [remplacer] les privilèges et la concurrence par l’égalité et la solidarité ».
1 Définition donnée par le portail lexical du laboratoire de recherche ATILF.
2 Sauf mention contraire, toutes les citations sont extraites de William Morris, L’âge de l’ersatz et autres textes contre la civilisation moderne, Paris, éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, 1996.
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