Et si on mettait fin à la privatisation des terres agricoles publiques ?
Environ 8% des terres agricoles wallonnes appartiennent aux pouvoirs publics. Des terres parfois détournées de leur vocation nourricière, régulièrement vendues au plus offrant et surtout peu mobilisées au profit d’une agriculture plus juste et durable. Pourtant, si elles étaient gérées comme des biens communs, elles pourraient avoir un effet de levier sur tout le système alimentaire.
Plus de 50.000 hectares. C’est la superficie de terres cultivées en Wallonie qui sont détenues par les communes, les fabriques d’église, les Centres publics d’action sociale (CPAS) et la Région wallonne, selon une étude réalisée en 20171. Si on y ajoute les quelque 10.000 hectares appartenant à un ensemble disparate d’autres propriétaires publics (des provinces à Infrabel en passant par la Défense), on obtient une étendue représentant pas moins de 8% de la surface agricole utilisée sur le territoire wallon (740.000 ha), estime la Région.
Cet article a été publié dans un numéro spécial consacré aux élections en 2024 (communales, provinciales, régionales, fédérales et européennes). Nous y abordions, sans prétendre à l’exhaustivité, une série de chantiers concrets dont le monde politique aurait pu s’emparer.
Voilà pour le tableau brossé à gros traits. En réalité, il n’existe pas encore de cartographie complète des terres agricoles publiques permettant d’en connaître le nombre, la localisation et les propriétaires. La Région wallonne entame seulement ce travail fastidieux. Les ordres de grandeur sont néanmoins connus et ils confirment l’ampleur non négligeable de ce patrimoine foncier.
Si ce n’est que celui-ci a tendance à se détricoter. Sur ce point, pas de chiffres non plus mais tous les observateurs relèvent que des terres agricoles publiques sont régulièrement mises en vente. Par exemple par des CPAS – institutions qui ont souvent hérité de biens au fil du temps – en manque de ressources face à l’afflux de demandeurs du revenu d’intégration sociale. « De plus en plus de CPAS me contactent parce qu’ils ont la volonté de revendre des terres. Mon ressenti, c’est que la tendance est à la hausse. Je pense que c’est lié à la crise budgétaire et au fait que le prix des terres s’envole », subodore Arnaud Ransy, conseiller juridique de l’Union des villes et communes de Wallonie.
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