Sans la parution de l’enquête du Monde et de Radio France, l’affaire aurait pu rester enfouie encore longtemps. En janvier 2024, on apprenait que Nestlé Waters commercialisait depuis des années des eaux minérales ne répondant pas aux critères de production en vigueur. Pire, les investigations ont révélé que la multinationale suisse a pu bénéficier de largesses de l’État, malgré des pratiques non conformes et des risques sanitaires identifiés.

Parmi les minéraliers sur la sellette, Nestlé se trouve dans le viseur de la justice française, notamment pour tromperie du consommateur. Les eaux Hépar, Contrex et Perrier – également commercialisées en Belgique – ont été vendues pendant des années sous le label « eau minérale naturelle », alors que des traitements par filtration et des procédés de désinfection tels que le charbon actif ou les UV, interdits pour ce type d’eau, étaient utilisés.

S’affranchir du cadre

Mais quel est l’intérêt pour un embouteilleur de contourner la législation en vigueur ? Si la pureté d’une eau minérale n’est plus garantie ou si des traitements sont effectués, la ressource risque d’être rétrogradée en simple « eau de consommation ». Nestlé aurait alors quelques difficultés à justifier des prix pratiqués auprès du consommateur, soit plusieurs dizaines ou centaines de fois le prix de l’eau du robinet.