Quand Amaury est arrivé sur place, il était déjà trop tard. Quelques heures plus tôt, un violent orage avait éclaté. La pluie avait sorti l’Orneau de son lit et inondé les terres de sa ferme, à Goyet, près de Jemeppe-sur-Sambre. Sous ses yeux, l’eau s’engouffrait maintenant à l’intérieur de son magasin. « En vingt minutes, l’eau avait atteint 15 cm », se souvient le maraîcher. Cinq ans plus tôt, lors des inondations historiques de 2021, Anne et lui essuyaient déjà les dégâts dans leur exploitation. Le soir du 30 mai 2026, le cauchemar recommençait. 150 litres de pluie au m² tombés en 5 heures, « la séquence orageuse la plus dévastatrice depuis 2021 », lira-t-on le lendemain dans la presse.

Au lever du jour, une vaste mare recouvre les cultures sur 60 cm de haut et 40 cm à l’intérieur du magasin. Les conséquences sont catastrophiques. « Les haricots, les carottes, les salades, on les a broyés parce que tout était foutu, rapporte Amaury. Les plants de tomates ont arrêté de grandir pendant un mois et, vu leur taille maintenant, ils ne vont pas donner grand-chose. Pareil pour les melons ; on ne récoltera jamais les kilos qu’on devait avoir. En perte de chiffre d’affaires, on s’approche des 75.000 €. »

Vu l’ampleur des dégâts, les maraîchers décident de solliciter le Fonds wallon des calamités, dont ils avaient réussi à obtenir une aide lors des précédentes inondations. Créé en 1976, ce dispositif public vise à indemniser les victimes d’aléas climatiques, avec une division réservée à l’agriculture1. « Il s’agit d’une aide à la réparation. La volonté n’est pas de se substituer aux compagnies d’assurance mais de permettre aux sinistrés de recouvrer leurs biens essentiels, indique le porte-parole, Nicolas Yernaux. Les sommes accordées par les assureurs sont déduites de l’aide à la réparation accordée. » Mais tous les phénomènes climatiques ne sont pas couverts par le Fonds, à commencer par les vagues de chaleur. Les exploitations qui en subissent les dégâts n’ont, jusqu’alors, jamais été indemnisées.

Pourtant, de tels épisodes peuvent avoir des répercussions dramatiques. En témoigne l’expérience de Jean-Marie Lhonnay, éleveur à Hannut, qui a retrouvé 15 de ses taureaux morts de chaud pendant que la Belgique enregistrait, du 21 au 27 juin, une semaine de canicule record. En 42 ans de carrière, sa compagne Marie-France et lui n’avaient jamais connu un tel désastre. Au moins 60.000 € de perte sèche. Ces morts étant dues à des températures trop élevées et non à une sécheresse, le Fonds n’a pas pu intervenir.