Dans les quartiers ouvriers historiques de Huelva (Andalousie) et Cartagena (Murcie), le souvenir des émanations industrielles reste gravé dans les mémoires. Pendant de longues années, un voile jaunâtre provenant des cheminées des usines d’acide sulfurique et phosphorique a assombri le paysage des deux villes. Arrivé à Huelva en 1991, Juan Manuel Buendia s’en souvient encore. « La pollution atmosphérique était omniprésente. Il n’y avait pas de ciel bleu. On était tout le temps sous la fumée. Ma femme, originaire d’ici, ne sentait pas la même chose que moi. Les habitants de Huelva ont l’odorat altéré. Ils ne sentent plus certains types d’odeurs. »

À 600 kilomètres à l’est de Huelva, la ville de Cartagena vivait elle aussi sous un nuage de fumées toxiques1. Certains jours, l’air devenait irrespirable pour Louisa, habitante du petit quartier ouvrier de Torreciega. « La fumée était toujours là. On avait tous beaucoup de mal à respirer. Mais moi, particulièrement. Ma bouche et ma langue gonflaient. Je ne parvenais pas à m’adapter. Alors, quand mon mari ne travaillait pas à l’usine, on prenait la voiture et on allait là où on pouvait mieux respirer. »