Laits infantiles : le marketing tentaculaire de Nestlé et Danone
Enquête Il existe plusieurs centaines de laits infantiles artificiels sur le marché belge. Deux marques dominent largement : Nan et Nutrilon. Nestlé et Danone, leur maison mère, ont déployé un marketing tentaculaire pour gagner la confiance des professionnel·les de la santé et des parents.

Les coulisses
> Par Clémence Dumont, journaliste
Au coeur du numéro 24 de Tchak (hiver 25-26), mon enquête sur les laits infantiles et le marketing tentaculaire de Nestlé et Danone.
Une fois n’est pas coutume, son origine remonte à une expérience personnelle. Début 2025, mon bébé avait à peine une semaine qu’une pédiatre m’a dit de « ne pas culpabiliser » si je voulais passer au lait artificiel. Le Nan Evolia de Nestlé, a-t-elle noté sur son papier, pour que je n’oublie pas. Son conseil se voulait bienveillant, mais il m’a surprise : malgré mes tétons endoloris, j’étais super motivée de poursuivre l’allaitement.
Plus tard, j’ai fait quelques recherches en ligne et suis tombée sur d’impressionnantes études internationales qui attestent des relations stratégiques entre les industriels du lait artificiel et le secteur de la santé. J’ai aussi découvert que, un peu partout dans le monde, les fabricants sont pointés du doigt pour leurs techniques publicitaires malsaines.
Et en Belgique ? Je n’ai pas trouvé beaucoup d’informations « locales » sur les techniques d’influence de ces firmes. Le signe qu’il était temps que Tchak s’y intéresse, me suis-je dit. J’ai alors interrogé une vingtaine de personnes (des personnalités engagées pour l’allaitement, car ils et elles sont à l’affût sur ce sujet, différents types de professionnel·les de la santé, des fonctionnaires, etc.).
J’ai ensuite décidé d’angler mon enquête sur le marketing à destination des pédiatres et des parents car il m’a semblé le plus interpellant, même si j’aurais sans doute pu creuser celui à destination des sages-femmes, des pharmacien·nes ou des crèches.
En parallèle, Tchak a lancé un appel public à témoignages. Une quinzaine de mamans et de professionnelles de la santé – des femmes uniquement – y ont participé. Ces contributions m’ont aidée à recouper certaines informations précises.
À titre plus personnel, elles ont surtout attiré mon attention sur ce point : que les femmes aient allaité, donné du lait artificiel ou les deux, elles se sont souvent senties stigmatisées et mal accompagnées. Assurément, le marketing n’est qu’un des éléments qui explique comment, tiraillées par des injonctions contradictoires, les femmes tentent de poser des choix.
Notre enquête

L’édito
Le nouveau numéro de Tchak est en vente (hiver 25-26). Au sommaire, notre enquête sur les laits infantiles et le marketing tentaculaire de Nestlé et Danone. Un dossier partagé avec Le Ligueur, un média de Kiosque, le collectif dont Tchak fait partie. Notre objectif: éviter le piège, tant, sur ce sujet plus que sur d’autres, le journalisme peut basculer malgré lui : d’un côté vers la prescription, de l’autre vers l’aveuglement. Lire la suite.
L’appel à témoignages

En Belgique, seulement la moitié des bébés sont allaités durant leur premier mois de vie. Parmi les nombreuses causes, les messages véhiculés par les fabricants de laits infantiles. Nous avons voulu savoir comment leurs stratégies atteignent les parents ou futurs parents et comment elles influencent la société. Notre enquête démarre donc avec leur témoignages. Lire ici.
L’impact sur les professionnel·les

Pour conférer à leurs laits artificiels une image de marque à la pointe des progrès scientifiques, Nestlé et Danone comptent sur des ambassadeurs et ambassadrices de choix : les pédiatres. Ces entreprises les bombardent d’informations qui exploitent leur manque de formation en nutrition infantile.Lire la suite.
Les conséquences sur les parents

Nestlé et Danone se battent pour toucher les parents dès l’annonce d’une grossesse. Leur stratégie ? Inspirer la confiance en tant qu’expertes de la petite enfance pour, subtilement, présenter leurs multiples laits artificiels comme des solutions aux difficultés rencontrées. Lire la suite.
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