Le nouveau numéro de Tchak est en vente (hiver 25-26). Au sommaire, notre enquête sur les laits infantiles et le marketing tentaculaire de Nestlé et Danone. Un dossier partagé avec Le Ligueur, un média de Kiosque, le collectif dont Tchak fait partie. Notre objectif: éviter le piège.
Édito | Yves Raisiere
Illustration / Collage | Sam Geuens
Le lait infantile ne nourrit pas seulement les bébés : il alimente un marché et des normes qui percolent dans notre société. Depuis plus d’un siècle, slogans et affiches publicitaires façonnent notre imaginaire sur ce qu’est un début de vie en bonne santé. Un paysage si familier qu’on le remarque à peine, raison pour laquelle nous avons décidé de mener l’enquête.
Notre objectif est simple : vous raconter comment des acteurs agro-industriels dominants tels que Nestlé et Danone bâtissent leur influence autour d’un marketing tentaculaire. L’image véhiculée par le lait infantile résulte ainsi d’une stratégie économique qui va jusqu’à s’approprier les questions sociétales autour de l’allaitement pour les convertir en leviers de vente.
Ces tensions, elles sont nombreuses, tant la décision d’allaiter ou de passer au lait infantile dépasse le débat entre expert·es. Elle repose sur la disponibilité d’un des deux parents, la mise à disposition de son corps, une charge mentale souvent mal répartie, du temps alors que les congés laissent peu de marge, un bureau avec ou sans intimité. Autrement dit, le choix est toujours multifactoriel et complexe.
Cette réalité-là nous a imposé une vigilance toute particulière. Un constat scientifique sur la qualité du lait maternel peut résonner comme une injonction. Une critique de l’industrie peut ressembler à un appel à allaiter. Un silence prudent peut invisibiliser des obstacles à l’allaitement bien réels. Sur ce sujet plus que sur d’autres, le journalisme peut basculer malgré lui : d’un côté vers la prescription, de l’autre vers l’aveuglement.

Pour éviter le piège, nous avons choisi de partager cette enquête. Tchak a travaillé sur le rôle des industriels dans la fabrication de l’information. Le Ligueur a étudié l’évolution des taux d’allaitement, les freins à sa poursuite lors de la reprise du travail et la composition des différents laits infantiles. Des angles qui seront, eux, publiés le 17 décembre, et en janvier et février.
Deux approches qui se complètent : l’une montre comment deux multinationales pèsent sur les choix des parents, l’autre décrit à quoi ils font face, concrètement.















