Nestlé et Danone se battent pour toucher les parents dès l’annonce d’une grossesse. Leur stratégie ? Inspirer la confiance en tant qu’expertes de la petite enfance pour, subtilement, présenter leurs multiples laits artificiels comme des solutions aux difficultés rencontrées.
Clémence Dumont – journaliste
Des mois à se demander comment sera son visage, sa voix, ses mimiques. Les futurs parents ont la tête remplie de questions. Après l’accouchement, ils et elles s’en posent encore plus. Sa nourriture, son sommeil, les premiers soins. Tout est inédit.
Les entreprises de laits artificiels savent bien qu’accueillir un enfant est un saut dans l’inconnu. Alors elles sont là pour accompagner. Et pour présenter des solutions au moindre souci.
Leur première publicité, ce sont les boîtes de lait elles-mêmes. Nan et Nutrilon, les marques de Nestlé et Danone qui dominent le marché du Benelux, ont développé des gammes qui ne cessent de s’étendre. Aux côtés des laits de base pour chaque âge et des versions « premium » présentées comme plus avancées scientifiquement, on trouve dans leurs catalogues des laits pour bébés dénutris, allergiques, qui régurgitent, qui ont des coliques, et même pour bébés « gourmands » ou encore « en relais de l’allaitement ».
Comme partout dans l’Union européenne, les étiquettes doivent rappeler la supériorité du lait maternel et ne peuvent jamais faire croire qu’un lait artificiel va guérir un problème de santé. Mais si un lait est conçu pour un problème particulier, l’emballage peut tout de même mentionner le trouble en question. Or, « scientifiquement, certaines mentions acceptées de longue date posent question. Une colique, par exemple, est une notion assez floue. C’est plutôt pour rassurer les parents », relève Els Heyvaert, la spécialiste de la législation sur les laits infantiles du SPF Santé.
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Les laits mentionnant des troubles de santé ne sont disponibles qu’en pharmacie et stipulent qu’un contrôle médical est requis. Cependant, aucun lait ne nécessite d’ordonnance. Shancy Rooze, pédiatre spécialisée en nutrition des bébés malades, voit régulièrement des parents opter pour un lait plus cher sans nécessité : « Quand un bébé naît, il n’a jamais digéré. Son tube digestif va mettre environ un an à maturer. Mais les parents sont vite désemparés face aux maux de ventre de leur enfant. C’est la porte ouverte à l’industrie pour vendre des recettes miracles, dénonce-t-elle. Autant pour les enfants vraiment malades, les gammes ont bien évolué et permettent de prendre en charge des pathologies parfois très compliquées. Mais on peut s’interroger sur l’abondance de laits qui, en réalité, ont des compositions quasiment identiques. »















