Est-il de plus en plus admis de ne pas faire soi-même à manger ou ses courses, et de payer pour que quelqu’un s’en charge à notre place ? Beaucoup parlent d’« économie de la flemme », pour désigner ce phénomène sociétal. Ils occultent ainsi la manière dont la société est organisée de façon à normaliser certains comportements. Qu’est-ce qui a rendu notre flemme possible ?
Sang-Sang Wu et Yves Raisiere, journalistes
Cet article constitue le premier chapitre de notre enquête sur la livraison de nourriture à domicile. Elle a reçu le soutien du Fonds pour le journalisme et a été publiée dans le numéro 22 de Tchak (été 2025). Vous allez pouvoir le lire en accès libre. En échange, on vous demande juste de lire le petit message tout en bas.
« Business de la flemme ». Simple et efficace, cette formule désigne cette nouvelle économie liée à la prétendue fainéantise des citoyens et leur tendance à déléguer les tâches de la vie quotidienne, comme faire ses courses ou se préparer à manger. Popularisée par Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U (ex-Système U), acteur français de la grande distribution, cette expression est reprise dans l’espace social avec une insoutenable légèreté.
« Des enfants gâtés, qui n’envisagent plus de descendre à l’épicerie ou de marcher cinq minutes pour aller manger un morceau. Ils ont inventé une nouvelle sédentarité. »[1]
« Paresse, impatience, manque de temps, agacement rapide, etc., les nouveaux défauts du consommateur moderne ne sont pas simples à contrecarrer pour les entreprises. »[2]
Dans les médias, les consommateur·ices en prennent généralement pour leur grade, alors que cette pseudo-oisiveté est précisément une aubaine pour les profiteurs de flemme. Loin de subir le comportement flemmard des client·es, ils surfent sur un argument marketing efficace. Dans une interview de mars dernier, le PDG de Casino, autre géant de la grande distribution alimentaire, Philippe Palazzi, dit « croire fermement au business de la flemme »[3].
Quant aux plateformes de livraison, dont les plus connues sont Deliveroo et Uber Eats, leur existence même repose sur le postulat que les gens ont la flemme, et que c’est très bien comme ça. Elles se sont engouffrées dans ce créneau et ont développé un discours déculpabilisant via leurs campagnes de communication. « Embrace the art of doing less » (« Adoptez l’art de faire moins »), suggère ainsi Uber Eats.
Le directeur général de la startup de livraison rapide Getir, Turancan Salur, a même osé un « Nous démocratisons le droit à la paresse »[4]. Le Droit à la paresse, c’est le nom d’un manifeste anticapitaliste sur le travail de Paul Lafargue, homme politique et essayiste du XIXe siècle. Le pauvre, il se retournerait dans sa tombe s’il savait comment ce concept est aujourd’hui parfois réutilisé.
« Dans l’économie de plateformes, la paresse n’est non pas un droit à conquérir pour les travailleurs·es, qui seraient ainsi libéré·es du travail contraint et subordonné, mais un confort offert aux consommateur·ices. Loin de cette critique, dans laquelle Paul Lafargue incitait les travailleurs·es à refuser l’aliénation du travail dans une logique productiviste, les plateformes numériques défendent au contraire le droit à la consommation, au nom de la paresse »[5], comme l’écrit très justement Nicole Teke, doctorante en sociologie, spécialisée dans le travail domestique sur les plateformes numériques à l’IDHE.S-Nanterre.
Ces acteurs économiques vont même jusqu’à encourager, légitimer, normaliser la livraison de nourriture à domicile au service de la productivité. « La livraison de repas au travail est un moyen astucieux d’augmenter la productivité de vos collaborateurs en leur offrant une façon simple et efficace de bien manger le midi », peut-on lire dans un publi-reportage[6].
Pleins feux sur les usager·ères
Si les travaux scientifiques sur le profil et le comportement des utilisateur·ices des plateformes de livraison sont encore rares, il en existe tout de même. Kathleen Cauwelier et son équipe (VUB) ont étudié l’évolution des pratiques de consommation, notamment depuis la banalisation de la livraison à domicile (secteur alimentaire et non alimentaire). « Nous avons constaté une habituation des consommateurs à la flexibilité, à la gratuité, à la rapidité et à la diversification de l’offre, confirme-t-elle. Cette tendance est renforcée par les entreprises qui facilitent ces services, créant ainsi une attente de commodité et de confort chez les consommateurs. »
Pour résumer : d’un côté, on fustige ce comportement de flemmardise et on culpabilise les personnes qui y ont recours. De l’autre, par la publicité, on incite les gens à avoir la flemme. Dans tous les cas, cela revient à mettre le curseur sur les usager·ères des plateformes, qui se trouvent pris·es dans des injonctions contradictoires.
Cette double diversion masque les raisons structurelles qui expliquent pourquoi certain·es cèdent à la livraison. « Parler de flemme, c’est porter un jugement de valeur sur les agissements individuels, estime Alizée Delpierre, sociologue française qui a beaucoup étudié les domesticités. Tout le monde va trouver de bonnes raisons de déléguer ses tâches domestiques : de celui qui s’est cassé un bras à la mère de famille qui travaille ou même au grand patron à l’agenda hyper chargé. Mais c’est quoi, avoir la flemme ? Qui en a le droit et quelles sont les bonnes raisons d’y céder ? »
Ces raisons sont évidemment multifactorielles. Parmi elles, il y a l’intensification du travail dont l’ampleur est bien documentée par la recherche. Dans une tribune au Monde[7], l’ergonome Corinne Gaudart et le statisticien Serge Volkoff parlent d’un « modèle de la hâte » qui « marque l’évolution du travail dans les pays industrialisés depuis une trentaine d’années, avec ses traits bien décrits par les enquêtes statistiques et les chercheurs de plusieurs disciplines : raccourcissement des délais, cumul de contraintes de temps plus ou moins (in)compatibles entre elles, tâches imprévues, horaires plus dispersés, accélération des changements et des mobilités. […] L’intensification du travail, longtemps niée, est à présent posée comme inéluctable ».
La course sans fin à l’efficacité et à la productivité, dans le monde du travail, semble être devenu la norme. Désormais, il est admis de travailler le week-end, le soir, les jours fériés, d’encourager les travailleur·euses à faire des heures supplémentaires « volontaires ». Deux ans après l’introduction du « droit à la déconnexion », la charge de travail dans sept entreprises sur dix a encore augmenté par rapport à 2024, rapporte Acerta, groupe de services de ressources humaines[8].
Par ailleurs, le travail s’est globalement précarisé. S’il est logiquement considéré comme le meilleur rempart contre la précarisation, il y avait, en 2024, 165.000 travailleurs en situation de pauvreté en Belgique.[9]
« Le statut des travailleurs se précarise, notamment à cause du recours à l’intérim, aux flexi-jobs… Après la crise de la Covid-19, toute une série d’entreprises a dit : “Comme on ne sait pas si d’autres crises vont arriver, on ne va plus prendre le risque de donner des contrats aux personnes ; on s’est rendu compte qu’on pouvait travailler avec des flexi-jobs à la journée”. Le tout étalé de manière totalement décomplexée dans les journaux. Oui, l’emploi se précarise, car on permet des statuts totalement “précarisants” »[10], souligne Céline Nieuwenhuys, secrétaire générale de la Fédération des services sociaux.
Pour rappel, le nombre de flexi-jobs explose chaque année, depuis la mise en place de ce système initialement conçu pour le secteur de l’Horeca, en 2015. Au troisième trimestre 2024, il y avait en Belgique 181.000 flexi-jobs, tous secteurs confondus. Un an avant, c’était 152.000. Et lors de la première mesure, début 2016, on était à peine à 10.500[11].

Des vies à 100 à l’heure
Toujours plus de boulot et de flexibilité exigée de travailleurs moins bien payés, cela signifie moins de temps pour les autres aspects de l’existence. L’obsession et l’omniprésence du travail rend l’articulation entre vie professionnelle et vie personnelle de plus en plus difficile. Ces mutations du monde du travail sont bien connues des entreprises qui ont su saisir la balle au bond et s’en inspirer pour leurs campagnes publicitaires. Voyez plutôt :
« Alors que nos rythmes de vie s’accélèrent, il est essentiel de trouver des moyens efficaces pour optimiser notre temps. Avec un service de livraison de repas à domicile ou de courses en ligne, fini le temps perdu dans les rayons des supermarchés et les queues interminables à la caisse. Tout devient simple et rapide : en quelques clics seulement, vous pouvez commander vos plats préférés ou faire vos courses en ligne depuis chez vous. »
« Deliveroo est la plateforme de livraison de repas idéale pour savourer vos plats préférés chez vous sans vous déplacer. Que vous ayez envie de déguster la cuisine italienne, asiatique ou sud-américaine, Deliveroo dispose d’un réseau de plus de 160.000 restaurants et commerces partenaires dans le monde, ce qui lui permet de satisfaire toutes les envies. Par ailleurs, la plateforme met à votre disposition une interface conviviale pour choisir et commander vos plats préférés en quelques clics. Autre grand avantage de Deliveroo, vous pouvez recevoir votre commande en moins de 30 minutes, que ce soit à domicile ou au bureau. En plus de ses prix compétitifs, Deliveroo propose régulièrement des promotions intéressantes. »[12]
En promettant des prix attractifs, de la rapidité, du choix et du confort, les plateformes vont jusqu’à se présenter comme des bouées de sauvetage dans nos vies à 100 à l’heure. « Admettons que vous viviez dans un endroit un peu reculé, où le supermarché et les restos ferment à 19 h. Si vous savez que Deliveroo livre dans votre zone d’habitation… Comment vous jeter la pierre ? Le parent qui n’a rien dans le frigo et qui doit nourrir son enfant, ou le jeune étudiant qui est pressuré par les études, à qui on fait croire qu’il perd du temps en se faisant à manger, qu’est-il censé faire ? », s’interroge la sociologue Alizée Delpierre.
Si les individus en sont arrivés à envisager les services de livraison comme des solutions, c’est aussi sans doute le signe que les pouvoirs publics ont échoué à répondre à leurs problèmes du quotidien. « C’est trop facile de vouloir tout faire peser sur les individus. C’est aux États, qui ont déroulé le tapis rouge aux plateformes, de donner aux citoyens les moyens de consommer autre chose. Si vous mettez à disposition un service aussi simple, attractif et moins cher, il ne faut pas s’étonner que les gens l’utilisent », pointe encore la chercheuse.
Effet de simple exposition
En sus, la publicité pour la livraison de nourriture a terminé de conditionner les gens pour leur faire accepter l’idée de ne pas faire soi-même à manger. Cela ne s’est pas fait en un jour, mais le pouvoir de la pub, c’est de réussir à ancrer durablement des croyances dans nos imaginaires. Et par là, de nous faire adopter des pratiques perçues comme anodines, comme si elles allaient de soi et qu’elles avaient toute légitimité à exister.
« Le message de la pub contribue à des injonctions sociales et à des représentations du monde aux côtés de la presse, des médias et de la culture en général. Tout ça n’est finalement pas le résultat d’un message subliminal publicitaire, mais de l’effet cumulatif d’une machine de communication entière, qui s’est professionnalisée et imposée dans notre culture », résume cette vidéo[13] du média français indépendant Blast, en collaboration avec Anthony Galluzzo, spécialiste des imaginaires marchands et des cultures de consommation à l’Université de Saint-Étienne.
Les auteurs prennent notamment l’exemple des livraisons de nourriture à domicile : « Vous avez déjà bien installé dans votre tête l’idée que vous vivez dans un monde où vous pouvez à tout moment faire appel à un livreur pour vous amener un repas directement via votre téléphone, que c’est possible, que tout le monde le fait et que c’est comme ça maintenant. On ne cherche pas à culpabiliser les consommateur·ices en bout de chaîne puisque, justement, c’est le mode de production dans lequel on vit. »
Cette vidéo cite un passage intéressant de l’ouvrage La Fabrique du consommateur d’Anthony Galluzzo[14] : « Les attitudes, comportements et valeurs favorables aux intérêts marchands sont ainsi sélectionnés et surexposés. Le chercheur en communication Michael Schudson appelle ce système symbolique invasif le “réalisme capitaliste”, un imaginaire ni réaliste ni tout à fait fictionnel, sans fractures ni aspérités, qui idéalise le consommateur et célèbre le confort matériel d’une vaste middle-class, qui s’impose à la totalité de l’espace social. »
À ce bain publicitaire, dans lequel nous barbotons sans parfois nous en rendre compte, ajoutons l’« effet de simple exposition ». En psychologie sociale, ce biais cognitif désigne le fait que plus nous sommes exposé·es à une chose (ici : le principe de la livraison à domicile), plus on risque d’avoir un sentiment positif vis-à-vis d’elle, comme l’explique Clément Viktorovitch, politologue et professeur de rhétorique à Sciences Po Paris. « Il suffit de répéter une même idée pour que, de choquante initialement, elle devienne familière, puis acceptable, puis naturelle. »[15]
L’objectif n’est pas de dire que les utilisateur·ices des plateformes de livraison n’ont aucune responsabilité. Comme le rappelle Kathleen Cauwelier, chercheuse à la VUB, les études indiquent qu’ils et elles deviennent de plus en plus exigeant·es et impatient·es, recherchant avant tout la gratuité et le confort. « Cependant, il est important de noter que beaucoup de consommateurs ne sont pas suffisamment informés des impacts négatifs de leurs choix de consommation. Lorsque ces impacts sont mis en lumière, certains modifient leur comportement et leurs choix », complète-t-elle.
Travail gratuit et dévalorisé
Parler d’économie de la flemme revient donc à détourner l’attention des profiteurs de notre soi-disant paresse et à les dédouaner de leurs responsabilités. Mais cela a également un autre effet : légitimer la division du travail et sa hiérarchisation.
« Ainsi, vous évitez de cuisiner ou de vous déplacer pour acheter des repas cuisinés et vous pourrez consacrer le temps épargné à des activités productives. D’ailleurs, cette solution vous convient plus particulièrement si vous êtes au télétravail, car elle vous permet de vous concentrer sur votre travail sans avoir à vous soucier de préparer vos repas. »[16]
Cet argument est central dans la promotion de la livraison à domicile. Avoir recours aux plateformes, cela revient à acheter du temps. Du temps que l’on préfère consacrer au « vrai » travail, aux tâches dites « productives », en opposition au travail domestique aussi appelé « reproductif ». On doit l’élaboration de ce concept à tout un pan de la sociologie féministe marxiste et matérialiste – représentée entre autres par la philosophe italienne Silvia Federici – qui s’est intéressé à ce type de travail dès les années 70. Il s’agit du travail gratuit, que font majoritairement les femmes dans leur maison, pour maintenir en vie celles et ceux qui y habitent.
« C’est le fait de changer la couche des enfants, de les soigner, de préparer les repas, etc., illustre Alizée Delpierre. Ce travail n’est pas comptabilisé dans le PIB et n’a soi-disant pas de valeur marchande. Comme on vit dans un système capitaliste qui valorise la production de richesses quantifiables, économiques et matérielles, le travail domestique n’est pas valorisé par la société. Parmi les services qui transitent via ces plateformes, ce sont massivement des tâches de ce type-là. »
Deliveroo, Uber Eats et compagnie ont démocratisé l’externalisation marchande, et donc payante, d’une partie des tâches domestiques. Dans les représentations et les cerveaux de tous les milieux, elles ont entériné le fait que se faire livrer à manger est un comportement finalement normal, voire banal. Y compris dans des situations où les rapports de domination ne sont pas forcément flagrants.
« J’ai beaucoup travaillé sur la domesticité chez les multimillionnaires qui ont à leur service des majordomes et des gouvernantes à leur domicile, explique Alizée Delpierre. On me dit souvent : “Oh là là, c’est vraiment un univers à part !” Certes, mais il y a aussi des liens entre ça et le fait de recourir à des plateformes de livraison de repas comme Deliveroo. Les très riches ont les moyens d’avoir des gens à leur disposition, chez eux, à temps plein. Ce que n’ont pas les classes moyennes et populaires. Par conséquent, elles vont avoir recours, à moindre coût, à des formes de services de “domesticité low cost”. »
Cela montre bien que les entreprises capitalistes ont réussi à monnayer des services que les gens, au nom de l’entraide, se rendaient gratuitement. « À l’heure où, dans les grandes villes, les familles vivent de plus en plus éloignées les unes des autres et où on observe la montée d’un individualisme croissant dans les pratiques, les représentations et les modes de vie, les formes de solidarité gratuite (le fait de s’arranger avec ses voisins pour garder les enfants, faire les courses de la personne âgée qui vit à côté, etc.) existent très peu. »
Démocratiser l’exploitation
La sociologue spécialiste des domesticités est convaincue que les services de livraison à domicile touchent toutes les classes sociales, y compris populaires, car cela ne coûte pas forcément beaucoup plus cher, surtout dans un contexte où le coût des produits alimentaires est très élevé. Dans une sorte de reproduction des rapports de domination à l’échelle des classes inférieures, l’industrie des services à la personne démocratise l’exploitation en chaîne.
Elle relève d’ailleurs qu’en parlant de « service à la personne », on invisibilise les rapports de domination et les conditions de travail des livreurs. « C’est assez classique : les institutions utilisent des termes qui tendent à dépolitiser des faits sociaux, des relations de pouvoir. En l’occurrence, on insiste sur le fait de rendre service pour valoriser le côté utile du boulot, mais en attendant, les conditions de travail ne suivent pas. »
Et c’est un euphémisme : les plateformes se gardent bien de montrer dans quelle sorte d’enfer elles plongent leurs livreurs. « On considère que ce sont des métiers où on n’a pas besoin de compétences et qui sont accessibles à tout le monde, poursuit-elle. C’est d’ailleurs pour ça qu’on y retrouve toutes les personnes qui ne sont pas diplômées, issues de milieux populaires, de l’immigration. Ce serait une raison de ne pas bien rémunérer ce travail. »
Fabien Lemozy, clinicien du travail et docteur en sociologie ayant travaillé sur la santé des livreurs (Institut de psychodynamique du travail) ne dit pas autre chose : « Sous le nom romantique d’économie de la flemme, on fait passer des nouvelles façons de légitimer une hiérarchie, une stratification sociale. » Ces services de livraison de nourriture ne créent pas les inégalités sociales. Ces services existent par elles.
Autre impact : avec les plateformes, on n’a même plus besoin d’endosser soi-même les habits du donneur d’ordres. Recourir à ces services n’implique pas d’engagement économique ou juridique, et encore moins émotionnel, vis-à-vis de l’être humain en sueur sur le pas de notre porte. Zéro tracas, zéro engagement. « Se matérialise alors un “double déni d’employeur” : par les plateformes, qui se placent en tant que simples intermédiaires, et par les usager·es, qui se pensent davantage comme client·es que comme employeur·es. La relation d’emploi s’efface alors au profit de la relation commerciale, cristallisant une forme de “flemme d’être employeur”, tant pour les plateformes que pour les client·es », analyse quant à elle Nicole Teke[17].
Ces réflexions questionnent la place que l’on confère aux tâches domestiques dans nos existences. À qui les déléguer et dans quelles conditions ? Comment se répartir collectivement le sale boulot ? Est-il normal qu’une seule catégorie de la population – les plus pauvres d’entre nous – doive affronter le gel ou la canicule pour livrer un pad thaï, porter les packs d’eau ou encore nettoyer les toilettes des autres ? Comment est-on arrivés à tolérer un service qui exploite ses travailleurs à ce point ?
Si vous voulez connaître l’étendue de cette exploitation aux couleurs flashy, n’ayez pas la flemme de tourner la page…
[1] https://www.lexpress.fr/economie/high-tech/uber-eats-deliveroo-leconomie-de-la-flemme-est-mal-barree-AEC5Y32TABF3TA56ZDHKQ2NBF4/
[2] https://trends.levif.be/entreprises/le-business-de-la-flemme-comment-amazon-netflix-deliveroo-profitent-de-notre-faineantise/
[3] https://www.retaildetail.be/fr/news/food/vivons-nous-dans-leconomie-de-la-flemme/
[4] https://www.theguardian.com/lifeandstyle/2021/jun/12/the-rise-of-on-demand-grocery-deliveries
[5] https://www.revue-salariat.fr/index.php/2024/11/10/travailler-au-service-de-la-flemme-la-marchandisation-du-menage-par-les-plateformes-numeriques/
[6] https://www.nouvelobs.com/bons-plans/20230510.OBS73170/publireportage-livraison-de-repas-des-plats-sains-livres-directement-a-votre-porte.html
[7] https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/10/26/l-intensification-du-travail-longtemps-niee-est-a-present-posee-comme-ineluctable_6196538_3232.html
[8] https://www.acerta.be/fr/dans-la-presse/deux-ans-apres-le-droit-a-la-deconnexion-la-charge-de-travail-dans-sept-entreprises-sur-dix-a-encore-augmente-par-rapport-a-lannee-derniere
[9] Le SPP Intégration sociale, le SPF Sécurité sociale et le SPF Emploi ont collaboré au financement et à la réalisation du livre thématique « Pauvreté et travail » : https://socialsecurity.belgium.be/fr/news/pauvrete-et-travail-09-12-2024
[10] https://edl.laicite.be/precarite-des-droits-un-choix/la-precarite-un-travail-a-temps-plein2/
[11] https://www.onss.be/stats/flexijobs#data
[12] https://www.nouvelobs.com/bons-plans/20250124.OBS99470/les-meilleurs-bons-plans-food-pour-bien-commencer-2025-deliveroo-carrefour-et-la-fourche.html
[13] https://www.youtube.com/watch?v=CyFoCfWqwVw
[14] Nous avions fait son interview à l’automne 2020. Retrouvez-la ici : https://tchak.be/index.php/2024/09/30/fabrique-du-consommateur-200-ans-a-peine-pour-formater-les-cerveaux/
[15] https://lesjours.fr/obsessions/spin-doctors-presidentielle/ep10-clement-viktorovitch/#:~:text=Et%20pourtant%2C%20cette%20d%C3%A9claration%20est,%2C%20puis%20acceptable%2C%20puis%20naturelle.
[16] https://www.nouvelobs.com/bons-plans/20230510.OBS73170/publireportage-livraison-de-repas-des-plats-sains-livres-directement-a-votre-porte.html
[17] https://www.revue-salariat.fr/index.php/2024/11/10/travailler-au-service-de-la-flemme-la-marchandisation-du-menage-par-les-plateformes-numeriques/














