Sogesa Dorlodot
Le « château » d'Etienne de Dorlodot, rue du Chenet, à Floriffoux. C'est là que sont logées les 83 sociétés agricoles.

Étienne de Dorlodot acquitté : Tchak s’est-il trompé ?

Depuis son premier numéro, Tchak suit le dossier qui oppose Étienne de Dorlodot à la Région wallonne. Nous avions alors consacré une enquête au patron de la Sogesa sous le titre : L’homme aux 83 sociétés agricoles. Après une première condamnation, nous venons d’apprendre qu’il a été acquitté. Nous sommes-nous trompé ? Décryptage.

Yves Raisiere, journaliste

Nous venons seulement de l’apprendre. Condamné en première instance pour escroquerie et fraude présumée aux aides agricoles européennes, Étienne de Dorlodot et ses société ont finalement été acquitté·es en appel, début décembre 25.

Au cœur du litige : la création, en 2015, de 65 nouvelles exploitations agricoles venues s’ajouter à 18 autres déjà existantes. Pour l’administration wallonne, cette restructuration visait à maximiser certaines aides de la Politique agricole commune (PAC).

En décembre 2025, la Cour d’appel de Liège a toutefois acquitté Étienne de Dorlodot et six de ses sociétés de l’ensemble des préventions pénales retenues contre eux. Elle estime que la Région wallonne et le ministère public n’ont pas apporté les preuves nécessaires.

Dès lors, Tchak a-t-il failli dans le dossier de Dorlodot et celui de ses 83 sociétés ? Nous avons relu notre enquête. De notre point de vue, la réponse est non. Pour plusieurs raisons.

Une enquête assez prudente

Notre enquête est beaucoup plus prudente que ce que la mémoire du dossier pourrait laisser croire. Quand on le compare à l’arrêt de 2025, plusieurs éléments sautent aux yeux.

D’abord, notre article décrit un soupçon et non une fraude établie. Il rappelle à plusieurs reprises qu’il s’agit de la position de l’administration wallonne, qu’une instruction est en cours et qu’aucune inculpation n’existe encore.

Ensuite, l’article donne largement la parole à Étienne de Dorlodot. Nous ne balayons pas ses réponses. Dès 2020, celui-ci invoque déjà la dispersion géographique, les exploitations bio, la complexité de gestion et la spécificité de son modèle économique. Ce sont précisément plusieurs de ces arguments que la Cour d’appel a jugés plausibles pour écarter l’intention frauduleuse.

Plus significatif encore : le cœur de notre enquête de 2020 n’est pas pénal. Notre dossier pose essentiellement trois questions :

  • Comment fonctionne ce système de 83 exploitations ?
  • Permet-il de capter davantage d’aides PAC ?
  • Est-il conforme à l’esprit des aides européennes destinées aux petites exploitations ?

Et sur ces trois questions, l’arrêt n’apporte qu’une réponse partielle. Son objet principal n’est pas d’évaluer l’opportunité ou la philosophie du système mis en place, mais de déterminer si les infractions pénales reprochées sont établies.

Sur ce dernier plan, cet arrêt est clair : existe-t-il la preuve pénale d’un faux, d’une escroquerie ou d’une fraude ? La réponse est : non.

De l’ingénierie digne du monde de la finance

Au final, notre enquête documentait les mécanismes utilisés par Étienne de Dorlodot pour solliciter les aides de la PAC. Voici, d’ailleurs, comment nous lancions notre article :

  • « L’ingénierie fiscale percole dans le monde agricole. Des techniques empruntées au monde de la finance. Exemple à Floreffe, avec Étienne de Dorlodot, l’homme aux 83 sociétés agricoles. Une optimisation qui lui a permis d’aller chercher plus d’un million d’euros d’aides européennes ces deux dernières années. Insuffisant par rapport aux demandes rentrées, assène-t-il. L’administration wallonne, elle, a déposé plainte. Une instruction est en cours. »

La Cour d’appel a depuis estimé que la Région wallonne et le ministère public n’apportaient pas la preuve d’une construction fictive destinée à capter frauduleusement les aides. Elle a également jugé plausibles plusieurs des justifications économiques avancées par Étienne de Dorlodot.

Cet arrêt ne remet pas en cause les faits décrits dans l’enquête — l’existence des 83 exploitations, les montants d’aides (qui pourraient être revues à la hausse suite au jugement de la Cour d’appel), les dividendes versés, les procédures engagées ou les questions soulevées sur le fonctionnement du système. Il modifie juste l’appréciation judiciaire portée sur ces faits.

Des questions économiques

L’acquittement ne remet pas davantage en cause les autres chapitres de cette enquête, dont celui sur la Sogesa et les sociétés de gestion.

Dans l’ensemble, ils ne portaient pas sur la qualification pénale des faits, mais sur des questions économiques, foncières et agricoles : concentration des terres, contournement du bail à ferme, accès au foncier ou encore captation des aides publiques.

L’arrêt de la Cour d’appel ne tranche pas ces débats.


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