Depuis 2025, les projets d’installation de nouveaux poulaillers se multiplient en Wallonie. Malgré les mobilisations citoyennes, l’agro-industrie flamande investit de plus en plus au sud du pays, où elle rencontre les intérêts d’agriculteurs persuadés qu’ils vont pouvoir stabiliser leurs revenus. Voici les dessous du boom.
Ce dossier est publiée dans le nouveau numéro de Tchak (été 26).
Cédric Vallet, journaliste
Pierre Vanneste, photographe
Harsin, Gésimont, Nassogne, Couvin, Clavier. La liste est longue et non exhaustive. Elle recense quelques-unes des communes qui verront apparaître de nouveaux poulaillers aux tailles conséquentes, dont la production devrait finir dans des assiettes ou des sandwiches. « Les demandes de permis se multiplient depuis 2024 », constate Geoffroy Migraux, l’un des fondateurs d’Occupons le terrain, un réseau de collectifs et d’associations qui milite pour la préservation du territoire, le droit au logement, la biodiversité.
Les chiffres transmis par le Service public de Wallonie (SPW) sont sans équivoque. Ils confirment les dires du militant. Alors qu’en 2023, seules trois demandes de permis avaient été adressées aux autorités communales wallonnes pour l’ouverture de poulaillers pour poulets « de chair », donc destinés à la consommation de viande, on en comptabilise 48 en 2025, dont huit pour des poulaillers de « classe 1 », ceux qui rassemblent plus de 40.000 bêtes.
« Et la tendance se confirme », précise le porte-parole du SPW. Parmi ces demandes de permis, seules trois concernaient des poulaillers « bio ». « Cette augmentation du nombre de demandes de permis correspond à des élevages industriels, car le nombre de bêtes est important, ajoute Geoffroy Mirgaux. Ce sont des poulets dont la durée de croissance est rapide : 42 jours. Et leur élevage aura lieu dans des bâtiments fermés. »
L’action d’Occupons le terrain consiste souvent à appuyer les collectifs locaux, par exemple pour construire leur plaidoyer. Cela tombe bien car les projets de poulaillers entraînent bien souvent dans leur sillage des collectifs de citoyens qui tentent de déjouer les plans de l’éleveur en interpellant les élus, voire en introduisant des recours. À Harsin, deux poulaillers mastoc, totalisant plus de 140.000 poulets, sont en passe de voir le jour. « Les hangars seront à proximité d’une zone Natura 2000, l’activité pourrait porter atteinte à la biodiversité », témoigne Valérie Ska, du collectif Non aux poulaillers industriels.
À Havrenne, sur la commune de Rochefort, Ludovic Chaboteaux, du collectif CotCot Colère, proteste contre l’installation de deux poulaillers, dont un en aviculture biologique, aux deux extrémités du village. « Les poulets vont produire une quantité considérable de déjections, dit-il. Notre crainte est que le taux d’azote augmente de manière spectaculaire et fragilise le ruisseau Vachaud. Et puis cette activité engendrera du bruit, des odeurs. »
La crainte des pollutions et des nuisances, la surexploitation des nappes phréatiques, le bien-être animal, et même la déforestation à cause du soja, l’une des composantes de la nourriture des bêtes, font partie des griefs récurrents des citoyens mobilisés face à des projets qui éclosent aussi vite que des œufs dans un couvoir industriel.















