Les perquisitions menées mercredi matin dans les rangs de Code Rouge suscitent l’inquiétude. Greenpeace Belgique et la Ligue des droits humains dénoncent une criminalisation des mouvements sociaux. Les deux organisations font le lien avec l’avant projet de loi portant sur la dissolution d’associations ou de groupements jugés radicaux.
Yves Raisiere
Le communiqué d’alerte a été publié jeudi matin sur les réseaux sociaux de Code rouge. Il fait état de perquisitions chez certain·es membres.
« Le mercredi 10 juin à cinq heures, certaines personnes ont vu leur domicile perquisitionné, ont été arrêtées et emmenées pour être interrogées. La police a défoncé leurs portes, fouillé leurs maisons, saisi leurs téléphones, leurs ordinateurs portables et leurs carnets de notes, ainsi que ceux de leurs partenaires et colocataires. Tout cela sous les yeux de leurs enfants, de leurs ami.es ou de leur famille. Une expérience traumatisante et démesurée pour toutes les personnes concernées. Certaines ont déjà été remises en liberté. D’autres sont toujours détenues.»
Pour rappel, Code rouge est un mouvement belge de désobéissance civile créé en 2022, inspiré notamment des mouvements pour la justice climatique. Il organise des actions non violentes visant des infrastructures ou entreprises qu’il considère comme responsables de la crise climatique et d’injustices sociales. Le collectif se présente comme indépendant des partis politiques et rassemble des militants issus d’horizons divers (écologistes, syndicalistes, activistes, citoyen·nes). Ses actions ont notamment visé l’industrie des énergies fossiles, l’aviation ou l’agrobusiness.
Contre Cargill, en mars 2025.
Tchak avait notamment rendu compte de celle contre Cargill, plus grande multinationale de l’agroalimentaire, en février 2025, dans la région d’Anvers. Plusieurs dizaines de militant.es y avaient été arrêté.es. Nous posions alors la question de savoir dans quel cadre légal se déroulait ce type d’arrestations ? Il fallait notamment voir si la multinationale allait porter plainte et demander des dommages-intérêts pour couvrir les éventuels dommages subis. Contactée à l’époque, elle n’avait pas donné suite à notre demande.
Selon le Morgen de ce jour, c’est cette action qui serait à l’origine des perquisitions ce jeudi. « Les militants ont actionné les boutons d’urgence et sectionné des câbles de données, provoquant une accumulation de gaz et un risque aigu d’explosion. Un ponton de chantier détaché a brièvement menacé d’endommager un gazoduc appartenant à la sidérurgie ArcelorMittal », raconte le média flamand.
De Morgen explique encore que le fait qu’un juge d’instruction de Gand ordonne des perquisitions à domicile ferait bel et bien suite à une plainte déposée par Cargill, tout en notant le refus de la multinationale de confirmer cette information. Selon le quotidien flamand, l’enquête judiciaire porterait sur des dommages matériels commis en bande organisée.
« Une répression violente exercée par l’État»
Quoi qu’il en soit, pour Code Rouge, « C’est une fois de plus un exemple de la répression violente exercée par l’État. Au lieu de poursuivre les entreprises complices de génocide, d’écocide, d’exploitation et de famine, ce sont des citoyennes et citoyens ordinaires qui sont criminalisé.es de manière arbitraire. il s’agit d’un nouvel exemple des tendances autoritaires de l’État, visant à réprimer celles et ceux qui lui résistent.»
Et de condamner la dépolitisation de ses actions par l’État, « qui les qualifie de “criminelles” et de “violentes”. Tout comme nous condamnons le système qui qualifie les jeunes manifestant.es d’émeutier.ières et qui permet qu’ils et elles soient harcelé.es, violenté.es, victimes de profilage racial et gazé.es dans nos rues. Nous voulons que toutes les personnes touchées par la répression sachent que nous sommes pleinement solidaires avec elles. »
Code Rouge termine son communiqué par cette promesse: « Nous ne laisserons pas cette répression nous empêcher de lutter pour un avenir meilleur. Nous appelons les associations et les collectifs à faire front commun avec celles et ceux qui subissent des pressions. La solidarité est notre meilleur rempart contre la répression !»
« Un usage disproportionné de la force»
Ces perquisitions ont été dénoncée, jeudi après-mid, par Greenpeace et La Ligue des droits humains, dans une déclaration commune, rejoint·es par des membres de la coalition Right to Protest et de la Coalition Climat.
« Ces perquisitions ont eu lieu en faisant un usage disproportionné de la force et sans tenir compte des proches de ces personnes, parmi lesquelles des enfants», déplorent les deux organisations dans une lettre ouverte commune. Nous dénonçons le traitement réservé par les autorités aux personnes visées ainsi que la tendance à la criminalisation des mouvements sociaux que l’on observe de plus en plus en Belgique. Nous appelons à un large soutien pour défendre le droit de protester et notre État de droit.»
Greenpeace et La Ligue des droits humains s’y disent également « extrêmement inquiets de voir les autorités restreindre l’espace civique et les libertés fondamentales en criminalisant des individus et organisations. Nos autorités devraient au contraire faciliter l’exercice des libertés d’expression, de réunion pacifique et d’association, et créer un environnement sûr et propice à ces libertés.»
« Pas de restrictions supplémentaires à l’espace civique. »
Elles font également le lien avec les manifestations de la semaine dernière et l’avant projet de loi porté par le ministre de l’Intérieur Bernard Quintin, qui vise à instaurer un mécanisme de dissolution administrative permettant au gouvernement d’interdire des associations ou groupements jugés radicaux ou représentant une menace pour la sécurité nationale, sans passer par un juge
« Les derniers épisodes de violences policières lors de manifestations de jeunes, étudiants et professeurs ne font qu’amplifier notre inquiétude face à une réaction disproportionnée de l’Etat, pointent les organisations. Nous n’accepterons pas de restriction supplémentaire à l’espace civique et nous nous opposons fermement à la mise en place de l’avant-projet de loi du ministre de l’Intérieur.»
Théo Francken voit rouge
Il n’y a, de fait, pas que ce dernier qui monte au front. Pas plus tard que ce matin, Théo Francien (N-VA), ministre fédéral de La Défense, se fendait d’un post sur ses réseaux sociaux, dans lequel il dénonçait « l’émergence de l’extrême gauche/Antifa ».
« Ils sont mieux et mieux organisés et deviennent plus violents de jour en jour. De la défense du climat, des réfugiés bienvenus, Black Live Matters, à la Palestine libre et maintenant contre les coupes d’éducation […] Jusqu’à la révolution. Tout est bon pour saper le système capitaliste », y expliquait-t-il.
Et de s’en prendre à Code Rouge, « devenu une grande milice privée. Ils apprennent à communiquer sans téléphone, à se rendre méconnaissables, à contourner la surveillance de la caméra et à causer un maximum de dégâts.»
L’élu de la NVA n’en est pas resté là. Dans son post, il s’en prend également au cabinet Progress Lawyers Network, celui là même qui représente Hughes Falys dans son combat juridique contre TotalEnergies. Pour l’homme fort de la N-VA, une « batterie d’avocats communistes, toujours prête. Ils protestent même contre la violence policière de nos jours. En toge contre la police. Il faut le faire.
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« Des formes d’expression historiques»
Notons que la Ligue des droits humains publiait, début avril 2026, une chronique relative à la désobéissance civile devant les tribunaux. Il y était question du positionnement des juges pénaux face à la désobéissance civile. Face à face, un arrêt de la Cour constitutionnelle et une décision du tribunal de Tournai. La conclusion de La Ligue ? « La question essentielle est peut-être moins de savoir si la désobéissance civile doit être tolérée ou sanctionnée, que de déterminer comment le droit peut accompagner une société en transformation sans étouffer les formes d’expression qui, historiquement, ont souvent permis de faire progresser les droits et libertés.»
Un constat qui ne peut être perdu de vue, rappelaient hier les deux organisations dans leur déclaration commune relative à Code Rouge.















