Le jugement nous avait échappé. Il a été prononcé le 7 novembre 2024, en chambre correctionnelle du tribunal de première instance de Namur. Étienne de Dorlodot, le patron de la Société de gestion de la Sambre (Sogesa), est condamné pour faux, usage de faux, escroquerie et fraude à l’indemnisation. Idem pour les sociétés Agriflor, Cogeflor, Florimo, Sogesa, M&G Partners et Lausagri, considérées comme co-autrices des infractions. 

C’est l’épilogue — temporaire, puisque l’homme d’affaires a décidé d’interjeter appel et que pareille procédure suspend l’exécution du jugement — d’une saga dont nous avions révélé l’origine dans le tout premier numéro de Tchak, début 2020.

Notre enquête portait sur l’accaparement des terres agricoles via des sociétés de gestion telles que la Sogesa. Intermédiaires entre les propriétaires de parcelles et les agriculteur·ices locataires, celles-ci permettent aux premiers de contourner un bail à ferme jugé trop peu rentable et trop contraignant sur sa durée, au profit de contrats de culture plus flexibles et plus juteux.

Étienne de Dorlodot, l’homme aux 83 sociétés agricoles, titrions-nous en ouverture ; un article dans lequel nous avions investigué sur l’ingénierie fiscale mise en place par le Floreffois. « Il a coupé la Sogesa en plus petites sociétés, pour bénéficier des surprimes de la politique agricole commune sur les 30 premiers hectares », nous avaient soufflé certain·es producteur·ices.