Paysans et jardiniers semblent s’accorder sur ce point : 2025 fut une année d’abondance alimentaire exceptionnelle. De quoi retrouver un peu la confiance après une année 2024 catastrophique. Et c’est vrai que depuis juin, les récoltes n’ont cessé de s’enchaîner. L’été a offert des constellations de fruits rouges et des kilos de légumes gorgés d’eau et de soleil. Fin août, une belle récolte de pommes de terre attendait sagement sous terre. En septembre, les vergers croulaient sous les fruits : prunes, pommes, poires, noisettes et noix par milliers ! Sans oublier les choux, les légumes racines et les courges, qui rempliront nos assiettes tout l’hiver durant.

Moi qui aime conserver mes récoltes pour en profiter plus longtemps, je n’ai eu que l’embarras du choix : confitures, soupes, compotes, sirops, jus, déshydratation, conservation au vinaigre, lacto-fermentation, congélation… De quoi diversifier les menus et régaler ma famille pendant de longs mois. À ces productions végétales, j’ajouterai des céréales – issues de notre ferme – et un peu de viande d’agneau et de bœuf achetée à un éleveur voisin. Lui aussi se réjouit : l’herbe a été abondante et le cours du bœuf n’a jamais été aussi élevé.

Pourtant, une récente étude de l’université de Gembloux Agro-Bio Tech attire mon attention sur une réalité bien différente : la Wallonie importe 80% de son alimentation, que l’on soit en bonne ou en mauvaise année. La question est complexe. Cette chronique ne suffirait d’ailleurs pas à en expliquer les mécanismes et subtilités. Juste tracer les grandes lignes, en quelques mots. Il y a d’une part le jeu du marché capitaliste globalisé qui perturbe complètement nos systèmes alimentaires et nos productions agricoles. Il y a aussi le gaspillage alimentaire : 30% tout de même ! Il y a enfin nos habitudes de consommation : ce que notre territoire nous permet de produire et ce que nous mangeons ne sont plus en adéquation.

Cela me fait penser à Monsieur Lapin, le héros d’un petit livre intitulé Bon appétit ! Monsieur Lapin[1]. Dans ce classique de la littérature jeunesse, Claude Boujon nous raconte l’histoire d’un lapin qui n’aime plus les carottes. Il quitte sa maison pour aller regarder dans l’assiette de ses voisins. À chacun, il demande : « Qu’est-ce que tu manges, toi ? » Quand son voisin le singe lui répond « des bananes », Monsieur Lapin constate que « ça ne pousse pas dans mon jardin ! » À la fin du livre, Monsieur Lapin échappe de justesse au renard et se réfugie chez lui. Il se prépare une grande marmite de soupe de carottes, et trouve ça très bon !