Local, de qualité, durable. Pour les deux jeunes à la tête de l’entreprise belge basée à Bruxelles Lucid, Jean Seyll et Savinien Domken, le lin est presque la fibre rêvée. « Elle est solide et tient dans le tempselle respire, est antibactérienne et hypoallergénique. Bref, il n’y a que des propriétés hyper-intéressantes », détaille Jean Seyll.

Lucid le clame : « Ce n’est pas si compliqué de faire proche. » Du moins pour la confection des vêtements, qui sont fabriqués en Belgique et en France. Les entrepreneurs se sont rapidement rendu compte que leur objectif initial de fabriquer des vêtements 100% belges était « franchement un peu naïf ». Mais grâce au lin notamment, ils comptent bien augmenter progressivement la part de fibres locales, ou en tout cas européennes, dans leur gamme.

Si elles contiennent du lin d’origine belge, les chemises de Lucid sont majoritairement composées de lin français. Comme l’explique Valentine Donck, cheffe de projet chez Valbiom, le centre de référence wallon de la bioéconomie, « 75% du lin produit dans le monde provient du bassin qui va de la Normandie au sud des Pays-Bas. Les surfaces de lin ont augmenté ces dix dernières années pour atteindre les 200.000 hectares en tout. » La Belgique ne pèse pas très lourd (quelque 20.000 hectares), mais elle se trouve à un carrefour clé, tant géographique qu’économique.

Une délocalisation massive en Asie

Notre pays a un lien étroit avec cette matière noble. La culture de lin belge et la fabrication locale de tissus en lin ont été mondialement reconnues, avant de s’effondrer brutalement au milieu du XIXe siècle. On redécouvre à présent cette plante, notamment en raison de ses avantages écologiques.

Au-delà de l’aspect local, le caractère naturel de la fibre séduit particulièrement les consommateur·ices. « Il y a une conscience grandissante face au plastique et à tous les problèmes qu’il engendre », avance Jean Seyll. Celui-ci a aussi été séduit par une autre propriété du lin : « C’est zéro déchet. Les graines sont utilisées dans l’alimentation. Et l’écorce, habituellement perdue lors de la séparation des fibres, permet de créer de l’aggloméré. »

Mais il ne suffit pas de cultiver du lin, encore faut-il le transformer en tissu. Problème : depuis la mondialisation, cette étape s’est massivement délocalisée en Asie. Actuellement, la Chine et l’Inde sont les principaux importateurs de lin européen. La matière y est transformée en vêtements et ensuite revendue en Europe. Lucid a fait le pari inverse : du lin européen et tissé en Belgique, grâce à Libeco – l’une des cinq entreprises au monde à être certifiée Belgian Linen.

Pour la confection des chemises, le processus se déroule chez Mulieris, un atelier de couture bruxellois qui fait de la réinsertion socioprofessionnelle. Dans l’une des salles de couture de cette ASBL, une quinzaine de personnes s’activent. Toustes sont déjà qualifié·es, même si leur niveau de couture varie. Mulieris fonctionne en partenariat avec les CPAS bruxellois pour proposer des contrats d’un ou deux ans. « Le lin est une fibre très délicate, précise Vlora, la sous-directrice de l’association. Il n’y a que les bons couturiers de l’atelier qui savent la travailler. » Mustafa est dans le métier depuis près de trente ans. « Pour une chemise, ça me prend plus ou moins une heure trente si je la fais de À à Z. Mais c’est vraiment un travail d’équipe où chacun est à un poste précis. »

Les fondateurs de Lucid ont conscience que leur chemise n’est pas accessible à tous les portefeuilles. « Notre chemise coûte entre 150 et 160 euros. Le lin est une matière chère à la base. La réalisation en Belgique l’est aussi », justifie Savinien Domken. Mais pour les personnes qui peuvent se le permettre, la marque promet « un vestiaire qui survivra aux tendances. Notre chemise est même garantie à vie… »

Infos | Entreprise Lucid