Phosphate : une amnésie collective
Pendant plus d’un siècle, la Belgique et la France ont été parmi les leaders de la production d’acide phosphorique et d’engrais phosphatés. Depuis, la plupart des usines ont fermé, donnant l’illusion d’un monde assaini. Mais sous la terre et la végétation, des millions de tonnes de déchets chimiques et radioactifs générés par l’industrie du phosphate continuent de disséminer leurs polluants.
Fondue dans le décor, l’immense colline boisée d’Hardémont surplombe la commune d’Engis, en province liégeoise. Difficile d’imaginer que dans les années 1980, elle était entièrement blanche et que début des années 1950, elle n’existait tout simplement pas. Située sur la parcelle 99H et accolée aux jardins des habitations de la rue Nouvelle Route, cette colline n’est autre qu’une gigantesque décharge de phosphogypse. Un déchet chimique et radioactif généré par la production d’acide phosphorique et d’engrais phosphatés.
Cet amas de phosphogypse témoigne de l’activité passée du groupe Prayon, l’un des leaders mondiaux actifs dans la chimie des phosphates. Désormais recouvert de mousse et d’arbustes, il est parvenu avec le temps à se faire oublier. Sauf quelques riverains comme Philippe Bodart et Michel Thomas de l’association engissoise SOS pays Mosan, plus personne ne se souvient que des millions de tonnes de ce déchet, contenant métaux lourds et éléments radioactifs, y ont été entassées. « Quand j’étais gamin, on la voyait de loin. C’était tout blanc. On aurait vraiment cru que c’était de la neige, comme sur la pointe des montagnes », se remémore l’un des deux Engissois. Cependant, d’emblée, ils préfèrent préciser : « On ne sait pas si on va pouvoir vous raconter grand-chose. On n’a pas tellement d’informations sur le sujet. C’était surtout Valère Covy, l’ancien président de l’association (aujourd’hui décédé, NDLR) qui attachait une grande importance au phosphogypse. »
Déchets toxiques déversés sans contrôle
En Wallonie, il n’existe pratiquement plus aucune trace de ce dépôt chimique historique. L’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN) assure le suivi de la radioactivité émise par la décharge classée comme « zone à risque radon ». « Les décharges d’Engis sont suivies par l’autorisation de Prayon qui a un plan de monitoring de ses décharges », précise Boris Dehandschutter, expert Radioactivité environnementale à l’AFCN. Cependant, l’agence ne s’occupe pas des autres risques éventuels. En théorie, c’est le Département de l’Environnement et de l’Eau de la Région wallonne qui se charge du suivi et du contrôle des déchets et risques de pollutions chimiques (cadmium, arsenic, plomb, etc.). Mais là-bas, personne n’a entendu parler de cette décharge de phosphogypse : « Concernant la parcelle 99H, nous ne disposons d’aucun résultat et/ou d’informations dans nos archives sur la présence d’une ancienne décharge ou d’un dépôt de déchets. Par ailleurs, la Direction de l’Assainissement des Sols a informé par mail qu’elle ne disposait d’aucune donnée. » Côté communal, les informations sont tout aussi inexistantes. « C’est parce que vous m’avez dit où elle était, sinon je n’y aurais pas pensé. Aujourd’hui, ce sont des bois », reconnaît le bourgmestre d’Engis Serge Manzato (PS), arrivé dans la commune en 1994, dix ans après la fin de l’exploitation de la décharge.
Vous voulez lire la suite ?
Abonnez-vous pour poursuivre votre lecture et accéder à nos articles et numéros. Votre abonnement finance un journalisme combatif et fertile. Déjà abonné·e ? Connectez-vous plus bas.
Avec cette formule à 60 €, nous voulons que l’abonnement à la revue reste accessible au plus grand nombre. Mêmes avantages, mais vous soutenez Tchak selon vos moyens. Choisissez librement. Aucun justificatif n’est demandé.
- 4 numéros papier par an
- Accès à la liseuse en ligne
- Tous les articles et archives en ligne
- Possibilité de commenter les articles
C’est le tarif de référence de notre abonnement à la revue. Il contribue à l’équilibre économique de Tchak, soutient notre travail journalistique et nous aide à continuer à proposer un abonnement à prix réduit, pour les budgets plus serrés.
- 4 numéros papier par an
- Accès à la liseuse en ligne
- Tous les articles et archives en ligne
- Possibilité de commenter les articles
Vous préférez lire Tchak uniquement en ligne ? Cette formule d'abonnement permet de soutenir notre travail journalistique avec un tarif adapté au numérique. Celui-ci tient compte de l’absence des coûts liés à l’impression et à l’envoi de quatre numéros.
- 4 numéros en ligne par an
- Accès à la liseuse en ligne
- Tous les articles et archives en ligne
- Possibilité de commenter les articles
Déjà abonné·e ? Connectez-vous
Utilisez l’adresse e-mail associée à votre abonnement pour poursuivre votre lecture.