Le ventilateur tourne à plein régime dans la cuisine de l’école professionnelle Edmond Peeters à Ixelles. Christine Marchand, 61 ans, relit les consignes de la soirée, détaillées sur une feuille A4 : mettre deux grandes marmites d’eau à bouillir, cuire environ dix kilos de pâtes et dix kilos de lentilles, découper les tomates au couteau, passer les oignons et les courgettes au robot… « Étant donné que nous sommes tous bénévoles, ce ne sont pas toujours les mêmes personnes qui sont présentes à la préparation des repas. Il faut donc des instructions claires pour encadrer les nouveaux », sourit-elle.

Comme tous les mercredis soir, la cuisine est réservée aux Cuistots Solidaires, pour confectionner un repas complet qui sera distribué gratuitement le lendemain à un public d’au moins 350 personnes. « Nous sommes un collectif citoyen d’aide humanitaire aux demandeurs d’asile, migrants et réfugiés, actif depuis dix ans à Bruxelles, présente Christine. Concrètement, nous cuisinons et distribuons gratuitement de la nourriture deux fois par semaine : le jeudi et le dimanche midi. »

Si les Cuistots ont distribué leurs repas des années durant dans divers lieux de la capitale, de la Gare du Nord aux abords de l’Office des Étrangers, leur activité se concentre aujourd’hui sur le Hub humanitaire, un centre d’accueil de jour situé à deux pas de Tour et Taxis, au nord de la ville, et centralisant une multitude d’acteurs de l’associatif comme la Croix-Rouge, Médecins du Monde, Médecins Sans Frontières, SOS Jeunes et la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés (BelRefugees).

« Pour comprendre pourquoi nous en sommes là aujourd’hui, il faut remonter en 2015 », reprend Christine, évoquant la « crise » de l’accueil des migrants et demandeurs d’asile. Face à la saturation structurelle des institutions et réseaux d’accueil, 5.000 migrants, notamment venus d’Irak, de Syrie ou d’Afghanistan installent à ce moment-là un campement au Parc Maximilien. « Ce fut un moment décisif pour beaucoup de citoyens, parce que toutes ces personnes extrêmement démunies sont tout à coup devenues visibles dans l’espace public », raconte la bénévole.