Cinq heures du matin. Jacques Anciaux consulte son smartphone pour savoir s’il est temps de se lever pour aller pulvériser ses champs. Une appli connectée à des sondes météo mutualisées sur le territoire lui transmet en direct les relevés de ses champs. « J’en ai marre des pulvérisations, il faut se lever de plus en plus tôt pour avoir la rosée et pas de vent, déplore l’agriculteur. Une année, j’ai raté mes désherbages en betterave. Mon père ne s’est jamais levé à 5 heures du matin pour pulvériser. Il s’occupait d’abord des bêtes puis il allait au champ. »

Les questionnements sont quotidiens. Le Héronnais estime que les mesurettes prises par les gouvernements ne font pas le poids face aux bouleversements météorologiques déjà à l’œuvre. À 62 ans, Jacques Anciaux s’inquiète de la direction prise par le monde. Alors, il se replie volontiers sur son métier et son territoire, qui le font vivre. Ce retour à la terre n’a rien d’une résignation. C’est là, dans ses champs, que Jacques Anciaux a engagé sa propre transition. Il n’a plus labouré ses sols depuis 20 ans. Les heures gagnées en hiver, il les a reportées après la moisson, période consacrée à la restructuration des sols par fissuration. Fissurer plutôt que retourner le sol, c’est son tournant !