Cette interrogation s’est ponctuellement rappelée à mon souvenir au cours de cette enquête sur les livreurs de repas. Les plateformes numériques sont des acteurs économiques, de plus en plus lourds, se mettant au service d’une idéologie qui impose le chacun pour soi et la guerre contre le reste du monde, où chaque individu est poussé à devenir sa propre entreprise. Cette conception prend racine dans la vulnérabilité et la détresse de celles et ceux qui se retrouvent coincés dans un cul-de-sac.

Je me souviens de l’image qui s’est imposée à mon esprit quand le coordinateur de la Maison des livreurs de Bordeaux, Jonathan L’Utile Chevallier, a déclaré : « On peut toutes et tous imaginer la violence que c’est – pour des personnes qui travaillent parfois sept jours sur sept, à raison de 10, 12, 14 heures par jour – de rentrer le soir dans son squat sans eau ni électricité, après avoir vu de belles maisons et livré des plateaux de sushis à cent balles. »