Hugues Falys contre TotalEnergies : des avocates hors code
C’est un thriller judiciaire au casting atypique. Pour attaquer TotalEnergies aux côtés de l’agriculteur Hugues Falys, quatre avocates au profil pas banal. Engagement féministe, revenus égaux de la plus ancienne à la jeune, décisions sans veto, stratégie partagée avec des associations et des dizaines de militant·es. Et une conviction : le droit doit être un vecteur de changement.
Le combat n’est ni ordinaire ni équilibré. D’un côté, TotalEnergies, multinationale implantée dans 120 pays, pour un chiffre d’affaires à douze chiffres. C’est le premier raffineur et distributeur d’énergies fossiles en Belgique ; une des vingt entreprises responsables de plus d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre. De l’autre, Hugues Falys a vu ses récoltes et ses bêtes ravagées, au rythme des calamités climatiques en augmentation constante depuis 2016. Lorsque la Ligue des droits humains lui propose de le soutenir dans un procès en justice climatique contre TotalEnergies, il n’hésite pas une seconde. L’action collective pour le droit à une alimentation saine et contre l’impunité des détracteurs du climat s’inscrit dans la continuité d’un engagement de plus de trente ans pour une agriculture paysanne et la transition agroécologique.
Cette affaire, appelée le « Farmer Case », est une première en Belgique, mais elle véhicule un sentiment de déjà-vu : Erin Brockovich (2000), Promised Land (2012), Dark Waters (2019)… Ces thrillers mettent en scène des combats perdus d’avance menés par des citoyens ordinaires contre des géants industriels. Matt Damon ne jouera sans doute pas le rôle de Hugues Falys, mais les caméras sont déjà là, omniprésentes depuis que trois ONG se sont jointes à la cause, la Ligue des droits humains, FIAN Belgium et Greenpeace. À la barre, Progress Lawyers Network (PLN), un cabinet d’avocates hors normes.
Prologue — casting activiste
En montant de la gare du Nord vers Saint-Josse, on goûte au monde entier. Les bureaux de PLN sont à 500 mètres, à vol d’oiseau. Malgré la faible lumière qui traverse la verrière en surplomb de l’escalier central, tout est coloré ici, rien n’est neutre. Le décor est plus foutraque que l’image qu’on se fait d’un cabinet d’avocats : des affiches, des stickers, des drapeaux, une table à langer, des magazines féministes, des keffiehs, des wax, des tapis de yoga, un mégaphone, un piano et des tas de vélos entassés dans l’entrée. On entend autant de langues dedans que dehors.
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