Saigner la terre. En faire ruisseler des tonnes de latérite et voir les pierres s’accumuler, plus rouges encore à mesure que le sol se déchire. De Boffa à Sangarédi, la bauxite est partout. Chargée à l’arrière des camions qui sillonnent les routes, accumulée le long des ports, brinquebalée sur les tapis roulants des sociétés minières… En à peine dix ans, l’exploitation de cette roche sédimentaire a connu un boom sans précédent en Guinée.

La région de Boké, dans le nord-ouest du pays, est particulièrement concernée puisqu’elle concentre à elle seule plus de la moitié des réserves nationales de bauxite. Estimées à 40 milliards de tonnes par le ministère guinéen des Mines et de la Géologie, celles-ci figurent parmi les plus importantes au monde. La Guinée, qui en dépit de ses richesses minières reste parmi les pays les plus pauvres – elle occupait encore en 2023 le 179e rang sur 193 pays dans le classement de l’indice de développement humain défini par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) –, en a fait l’un des piliers de son économie.

Le minerai est indispensable à la fabrication de l’aluminium, lui-même indispensable à la conception de véhicules électriques, toujours plus nombreux sur le marché. Moins lourd que la plupart des métaux, il allège la structure des voitures, ce qui permet de réduire leur consommation. Mobilisée par l’industrie automobile, sa demande devrait encore connaître une hausse de 30 % d’ici à 2030, d’après l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena) dans son rapport publié en avril 2025. Bien que l’aluminium soit recyclable, le secteur privilégie une fois sur deux le métal dans sa forme « primaire ». C’est-à-dire issu directement de la bauxite, dont les exportations ne cessent de croître : plus 25 % entre 2024 et 2025, d’après les chiffres du gouvernement guinéen relayés en janvier dernier par l’agence Reuters.

Le bauxite est un minerai essentiel à la production de l'aluminium, utilisé pour la fabrication des voitures électriques. © Hadrien Degiorgi.