Sur les plateaux de Saint-Hubert, loin de la Zone de Présence Permanente, Jonathan Rifon et Sophie Deger déjeunent de crudités, de fromage, de saucisse sèche et de pain complet. « Tu ne vas pas manger la même chose qu’à Bruxelles, ici ». Tous les aliments présents sur la table proviennent soit de producteurs locaux, soit de leur propre production. « Notre vie actuelle est partie d’un constat qu’on porte depuis quelques années. On ne s’y retrouvait pas dans les modes de production agricoles, alors on a décidé de rénover une ferme et élever quelques animaux pour nous et pour les enfants. Et parce qu’on aime ça, surtout ». Au fil des années, le jeune couple devient un couple d’agriculteurs, récupère des hectares, des moutons, des cochons, se forme à la boucherie et ouvre un magasin de producteurs. Un travail à petite échelle, en circuit court : « avec le vivant, c’est la seule manière de faire les choses correctement ».

En 2020, Jonathan Rifon et Sophie Deger répondent à un appel à candidatures du DNF pour reprendre un éco-pâturage visant à la rénovation de tourbières. Le troupeau passe alors de 50 à 400 brebis, destinées à pâturer des terrains marécageux peu accessibles. « On entretient la tourbière, on évite que les plantes invasives ne s’installent, que les arbres ne poussent. En parallèle, avec le troupeau, on fait aussi des agneaux pour avoir une petite rentabilité », explique Jonathan, l’ex-menuisier devenu berger.

Après le repas, le couple saute dans le pick-up. Première étape : la bergerie, où les brebis mettent bas pendant l’hiver. Ensuite, une visite sur les parcelles qui accueilleront le troupeau dans quelques mois. C’est sur ces terres que leur cheptel de 400 brebis a subi la plus grande attaque de Wallonie, avec 35 moutons tués sur deux nuits consécutives.

Le 15 mai 2022, le couple sortait les brebis de la bergerie pour les faire pâturer en plein air. Deux jours plus tard, les cadavres jonchaient la parcelle. Le fils d’Akéla et Maxima, entré dans sa phase de dispersion après avoir quitté la meute, est passé par là. Pour le couple, c’est la douche froide. « Dans le monde de l’élevage, on passait déjà pour des illuminés parce qu’à l’époque, nous étions plutôt pro-loup. Mais en voyant l’attaque, les brebis mortes, celles qu’on a dû euthanasier parce que les blessures étaient trop graves, on s’est rendu compte du danger que peut représenter l’animal ».