Au feu, le colibri ? Non que la légende invitant chacun et chacune « à faire sa part » pour lutter contre l’incendie soit illusoire. Non que les alternatives proposées par de nombreux collectifs soient utopiques. Plutôt que la parabole taise une autre morale : l’action individuelle, la force de l’exemplarité, les initiatives citoyennes ne suffisent pas, plus à bousculer des acteurs qui, eux, œuvrent au statu quo. La transition alimentaire patine, les inégalités, elles, s’accroissent ; et le monde agricole s’enflamme, une fois de plus, une fois encore.


Cet article a été publié dans un numéro spécial consacré aux élections en 2024 (communales, provinciales, régionales, fédérales et européennes). Nous y abordions, sans prétendre à l’exhaustivité, une série de chantiers concrets dont le monde politique aurait pu s’emparer.


À qui la faute ? Ces dernières semaines, on a tout entendu : insuffisance des rémunérations, carcan du Green Deal et de la politique agricole commune (PAC), errements des traités de libre-échange. On a tout vu, aussi : de très gros tracteurs manifester, des syndicats manger leurs anciens communiqués, des hommes et des femmes politiques se défausser. On a ragé, enfin : la seule réponse apportée a consisté à passer une marche arrière environnementale.

Ce coupe-feu n’empêchera pas l’embrasement, tant le monde agricole est, aujourd’hui, dépassé par l’ampleur de la crise. Il était une solution, il est devenu une partie du problème. Réchauffement climatique, déclin de la biodiversité, impacts sur la santé publique, destruction des filières locales au Sud… Autant d’urgences qui exigent la fin d’une équation purement économique : produire plus pour gagner plus, c’est terminé. D’une politique de l’agriculture, il va falloir passer à une politique de l’alimentation.