Pour fabriquer de l’engrais convoyé ailleurs, on nous empêche, nous, de cultiver. Ils détruisent l’agriculture, polluent l’eau et les sols », fustige Demba Fall Diouf, président du Réseau national des personnes affectées par les opérations minières (RNPAPOM). Au Sénégal, près de 10% du territoire est dédié à l’exploration minière du phosphate1. À une centaine de kilomètres de Dakar, les paysans du village de Tobène, excédés par l’accaparement des terres, ont tracé à l’aide de petits rubans rouges une frontière symbolique entre leurs champs et une mine de phosphate. À 500 mètres de là, la carrière des Industries chimiques du Sénégal (ICS-Indorama) avance sans relâche. Dans un ballet incessant, les grues chargent les camions-bennes de roche phosphatée.

Implantée au cœur de la région agricole des Niayes, la concession minière des ICS (société indonésienne depuis 2014) s’étend sur plus de 300 km². Depuis 1957, mines et villages coexistent dans cette zone. En 67 ans, la mine a déjà déplacé son front trois fois, entraînant l’expropriation d’une vingtaine de villages. La plupart ont été réinstallés près de l’usine chimique des ICS dans la petite ville de Darou Khoudoss, une localité créée par l’expansion minière. Chaque quartier de cette ville est constitué d’un village relocalisé.