Ça n’aura échappé à personne : la remise en cause des accords de libre-échange (ALE) est au cœur des revendications actuelles des agriculteur·ices en Europe. Et pour cause, ces traités ont un impact sur leurs revenus. En encourageant l’importation de produits au coût de production inférieur et qui sont soumis à des standards sociaux, sanitaires, environnementaux, liés au bien-être animal moins exigeants que ceux prévalant en Europe, ils provoquent une concurrence déloyale. À tel point que les agriculteur·ices européen·nes, pour pouvoir rivaliser avec leurs homologues des pays tiers, n’ont parfois d’autre choix que d’accepter des prix qui se situent en dessous de leurs coûts de production.

Puisque le principe du libre-échange est de faciliter les échanges commerciaux internationaux, l’Europe est prête à ouvrir ses marchés agricoles pour pouvoir vendre plus de services, d’automobiles, de produits industriels et chimiques, de machines et bien d’autres choses à des pays tiers.

« Généralement, les ALE sont plutôt pensés pour améliorer le bien-être des consommateurs, au détriment des producteurs qui sont considérés comme la variable d’ajustement, souligne Maxime Combes, économiste1 et coordinateur du collectif Stop Ceta/Mercosur. Les institutions européennes et les États membres sont bien conscients que ces accords vont avoir des impacts sur certains des secteurs les moins compétitifs de l’agriculture européenne. Mais ils considèrent que l’effet sera globalement positif car le consommateur va voir les prix de plusieurs produits diminuer ou ne pas augmenter, et avoir accès à des produits fabriqués ailleurs sur la planète2. »

Si le monde agricole dans son ensemble déplore un manque de perspectives, il ne parle pas d’une même voix en ce qui concerne les solutions proposées. À l’échelle européenne, il y a d’un côté le Copa-Cogeca et de l’autre, la Coordination européenne Via Campesina (ECVC). Le profil de leurs adhérents et leurs réalités étant différentes, leurs revendications le sont aussi.