Ici, nul besoin de sonner ou de toquer, la porte est grande ouverte. À l’intérieur, des effluves d’aubergines et de poivrons mijotés viennent narguer les narines, alors que des rires à fissurer les murs et du RnB des années 2000 draguent les oreilles.

« Salut mon gars, tu vas bien ? » Il est dix heures, Anne-Catherine vient d’arriver et fait le tour pour saluer la bande derrière les fourneaux : Viorel, Weldeab, Hassan, Anwar, Clara, Menza, Gabriel, Siem. On distingue dans ce brouhaha pétillant du français, de l’arabe, de l’anglais, de l’espagnol et – on l’apprendra – du tigrinya, une langue parlée principalement en Érythrée et en Éthiopie.

« C’est grâce à l’hébergement en famille que j’ai appris à parler un peu arabe », lance Anne-Catherine, la coordinatrice de l’antenne brabançonne de BelRefugees, la plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés. En l’espace de quelques années, l’hébergeuse a ouvert sa maison et son cœur à un millier de personnes.

Son engagement, elle le doit entre autres à la colère. « La plateforme est née en 2015, suite à la mauvaise gestion de l’accueil des exilés en Belgique. Notre pays a mis des familles avec enfants à la rue. Héberger m’a beaucoup apaisée. Très vite, avec d’autres personnes, on a commencé à informer les migrants sur les procédures de demande d’asile, à leur trouver des avocats, etc. L’État belge a été condamné des milliers de fois pour n’avoir pas respecté le droit d’asile. À un moment, j’ai estimé que l’hébergement, ce n’était plus suffisant. »