C’est vrai : le monde d’aujourd’hui paraît épuisé. Et le flot d’informations qui raconte ses crises peut, lui, devenir épuisant. Ce n’est pas un hasard si nous en avons fait le mot de ce numéro. Pourtant, vous ne broierez pas du noir en le lisant. Il fourmille de lanceur·euses d’alerte remarquables. Pas de Snowden dévoilant les programmes secrets de la NSA, pas d’Assange livrant des documents militaires et diplomatiques. Non. Les alertes de celles et ceux qui peuplent ces pages s’enracinent dans le quotidien.
Eva, Estelle, Camille et Joséphine, jobistes de l’Horeca, dénoncent un système qui profite de leur jeunesse et du fait qu’elles sont facilement remplaçables. Michel Fautsch, expert en biodiversité, ose : à quoi bon traquer le frelon asiatique si l’on détruit les écosystèmes qui devraient lui résister ? Jacques Anciaux, agriculteur, avertit : les fermes ne réussiront pas leur transition toutes seules.
La mise en garde passe aussi par les actes : lutter, expérimenter, montrer que d’autres voies existent. En enfilant son tablier avec les Cuistots solidaires, Christine dénonce un État qui déserte sa responsabilité dans l’accueil des demandeur·euses d’asile. En ouvrant son champ à des personnes fragilisées, Olivia défend les projets d’agriculture sociale, alors que leur financement est menacé. En partageant ses semences, Manoëlle reprend un peu de l’autonomie que l’agro-industrie grignote aux paysan·nes. Et en plantant vingt hectares de noisetiers bio, Hugo et Julie s’affranchissent de la coopérative dominante.
Ces alertes ont un point commun : le refus de laisser chacun·e face à son sort. Notre enquête sur les maladies professionnelles liées aux pesticides en montre toute la portée. En Belgique, aucune ne figure sur liste officielle. En France, des agriculteur·ices touché·es se sont organisé·es, ont fait de leurs maladies une affaire publique et obtenu la reconnaissance de plusieurs pathologies.
Voir tant de personnes sortir du bois et agir a quelque chose de sacrément réjouissant. Quand les gens s’organisent pour ne plus rester seuls, c’est là qu’on peut refaire de la politique.
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