Sécheresses, ravageurs, maladies : hier, les paysans affrontaient les caprices de la nature. Aujourd’hui, ce sont les pesticides, engrais et biotechnologies qui posent de nouvelles menaces, invisibles, diffuses, parfois irréversibles.

Alors, quelques questions s’imposent :

  • Cultiver l’abondance et semer le risque : jusqu’où pouvons-nous accepter que la production agricole mette en jeu notre santé, notre environnement… et l’avenir même des générations futures ?
  • Les bénéfices attendus de la technologie peuvent-ils justifier une prise de risque dont nous ne maîtrisons ni l’ampleur ni la durée ?
  • Le débat sur ce qui est un risque acceptable peut-il rester l’affaire des seuls experts et politiques… sans que les citoyens y reprennent toute leur place ?

Comme l’avait anticipé Hans Jonas (1979)[1], les technologies modernes engagent la survie de l’humanité. Le défi contemporain n’est plus seulement de gérer les risques au coup par coup, mais de repenser nos modes de production, nos modèles agricoles et nos choix énergétiques à l’aune d’une éthique de la responsabilité. Celle-ci implique :

  • De ne pas transférer les risques d’une génération à l’autre ;
  • De réduire les inégalités face à l’exposition aux dangers ;
  • De réhabiliter des pratiques agricoles durables et respectueuses des écosystèmes ;
  • De construire une gouvernance des risques transparente, participative et démocratique.

Le défi contemporain n’est plus seulement de gérer les risques au coup par coup, mais de repenser nos modes de production, nos modèles agricoles et nos choix énergétiques à l’aune d’une éthique de la responsabilité.

Bruno Schiffers

Face aux incertitudes, le principe de précaution s’est imposé comme un garde-fou indispensable. Mais il ne résout pas toutes les tensions : d’un côté, les promoteurs de l’innovation dénoncent un frein au progrès ; de l’autre, les défenseurs de la santé et de l’environnement rappellent la nécessité d’agir avant qu’il ne soit trop tard.