Saigner la terre. En faire ruisseler des tonnes de latérite et voir les pierres s’accumuler, plus rouges encore à mesure que le sol se déchire. De Boffa à Sangarédi, la bauxite est partout. Chargée à l’arrière des camions qui sillonnent les routes, accumulée le long des ports, brinquebalée sur les tapis roulants des sociétés minières… En à peine dix ans, l’exploitation de cette roche sédimentaire a connu un boom sans précédent en Guinée.

La région de Boké, dans le nord-ouest du pays, est particulièrement concernée puisqu’elle concentre à elle seule plus de la moitié des réserves nationales de bauxite. Estimées à 40 milliards de tonnes par le ministère guinéen des Mines et de la Géologie, celles-ci figurent parmi les plus importantes au monde. La Guinée, qui en dépit de ses richesses minières reste parmi les pays les plus pauvres – elle occupait encore en 2023 le 179e rang sur 193 pays dans le classement de l’indice de développement humain défini par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) –, en a fait l’un des piliers de son économie.