« On a franchi la ligne rouge, il faut arrêter de produire ces substances »
Malgré l’accumulation de preuves scientifiques sur les dangers des pesticides, la Wallonie peine à agir : pourquoi ce décalage entre alertes sanitaires et décisions politiques ? Céline Bertrand, spécialiste en santé environnementale qui participe à la formation des médecins généralistes, dénonce un aveuglement. Elle implore d’arrêter de « tourner autour du pot ».
Céline Bertrand, après une formation d’infirmière pédiatrique, vous avez étudié la santé publique et la médecine environnementale. Vous êtes à présent notamment membre de la cellule Environnement de la Société scientifique de médecine générale. En quelques mots, quel est votre rôle ?
La Société scientifique de médecine générale est une association qui représente le pôle scientifique des médecins généralistes francophones. Elle regroupe plus de 3.300 médecins à qui elle offre notamment des formations continues et auprès de qui elle diffuse des informations scientifiques. La cellule Environnement, elle, a plus précisément comme but de sensibiliser ces médecins aux liens entre la qualité de l’environnement et la santé. Elle fait aussi de la vulgarisation auprès du grand public via notre projet Docteur Coquelicot.
Les constats que vous dressez sont alarmants : les pesticides sont partout, tout le monde est exposé, et ce dès le plus jeune âge. Pourquoi les enfants sont-ils particulièrement impactés ?
Des études wallonnes de biomonitoring montrent que la concentration de pesticides est plus importante chez les enfants que chez les adolescents et les adultes. Leurs mécanismes de détoxification sont moins performants et leur alimentation beaucoup plus standardisée. Un bébé ne boit au début que du lait. Si celui-ci est contaminé, le bébé va l’être durant les six premiers mois de sa vie. Lorsqu’il grandit, on introduit dans son régime des légumes, des fruits et des céréales, qui font partie des aliments les plus contaminés. Un enfant en âge de se déplacer, qui touche et met des choses en bouche, est également beaucoup plus exposé par voie orale.
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