Pesticides : ces malades que la Belgique refuse de voir
Pesticides, ces malades que la Belgique refuse de voir... L'enquête en couverture du 27e numéro de Tchak. Elle est signée par Laurence Grun et Pierre Vanneste, auteur·es, journalistes et documentaristes au sein du collectif Nuit Noire Production (*). Dans ce préambule, tous deux expliquent la portée de leur travail.
Quand, pour la première fois, Tchak nous a proposé de nous pencher sur la question des pesticides, nous nous demandions comment approcher un enjeu si largement documenté et dont la toxicité n’est plus véritablement à démontrer. En suivant le fil de l’exposition professionnelle et de la reconnaissance des maladies professionnelles qu’ils peuvent engendrer, nous nous sommes confrontés aux angles morts de l’État belge, aux promesses inabouties de cette Europe sociale toujours en chantier, et au décalage persistant entre les connaissances scientifiques et les leviers concrets de protection des travailleurs et travailleuses.
En Belgique, nous avons rencontré des agriculteurs, des éleveurs et des horticulteurs. Certains commencent à faire le lien entre leur état de santé et leur travail. Mais ces questions restent souvent tues. Car parler, c’est fragiliser ce qui les fait vivre. Indépendants, souvent endettés, ils savent qu’ils dépendent d’un système agro-industriel qui les dépasse. Questionner ce qui les a rendus malades, c’est aussi mettre à nu leurs vulnérabilités, déconstruire ce en quoi ils ont toujours cru et avouer avoir peut-être été trompé.
Et ils·elles ne sont pas seul·es. Travailleur·euses dans les usines, du para-agricole, fleuristes, agents d’entretien des voiries et des terrains de golf, menuisiers, jardiniers, forestiers, etc. : de nombreux secteurs sont exposés et s’interrogent. Mais un doute persiste, un doute entretenu par l’absence de reconnaissance claire, en Belgique, des effets de ces expositions aux pesticides, et par une idéologie qui reporte largement la responsabilité sur les utilisateurs.
Autour d’eux, et autour de nous, le monde industriel déborde. De production, d’abord. Puis de résidus. Les contaminants qu’il génère se déposent partout : dans les sols, dans l’eau, dans l’air, dans les corps. Nous vivons avec ces substances depuis l’enfance, souvent sans les voir. Diffuses et persistantes, elles s’accumulent au fil des années, tandis que certaines activités professionnelles rendent leur exposition presque inévitable.
Face à cette complexité, l’incertitude devient un argument. Trop de facteurs, trop de variables, trop de doutes. De quoi ralentir les reconnaissances et brouiller des liens pourtant de mieux en mieux établis scientifiquement entre certaines expositions et certaines pathologies.
L’histoire industrielle est jalonnée d’alertes ignorées et de scandales retardés. L’amiante en reste un symbole : ses dangers sont connus dès le début du XXᵉ siècle, mais il faudra près d’un siècle pour qu’elle soit interdite à la production et à la vente en Europe.
Les pesticides s’inscrivent dans cette continuité.
(*) Les enquêtes de Laurence et Pierre explorent les effets du développement industriel sur les terres, le vivant et la société. Ils ont notamment signé P2O5, l’empreinte toxique du phosphate, que nous avions publiée en septembre 2024 et mars 2025. Celle-ci à donné naissance à un webdoc coproduit par Tchak et financé par les citoyennes.
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Sur le terme « pesticide »
Dans cette enquête, nous utilisons le terme générique « pesticide », issu du latin pestis (fléau) et caedere (tuer), pour désigner l’ensemble des produits destinés à prévenir, détruire ou contrôler des organismes nuisibles – phytopharmaceutiques, phytosanitaires, biocides ou autres catégories réglementées. En d’autres termes, tous les fongicides, herbicides, insecticides, antiparasitaires, désinfectants, produits de conservation du bois, etc. Ce choix vise à faciliter la lecture, en évitant des distinctions réglementaires non essentielles au propos.
Remerciements
Nous remercions les acteurs qui ont accepté de publier nos appels à témoignage ou d’avoir servi de relais auprès de leurs membres : PreventAgri, Fugea, Fédération wallonne de l’Agriculture (FWA), Union des agricultrices wallonnes (UAW), CSC, FGTB, Mutualité chrétienne, Boeren op een kruispunt, Vlaamse Parkinson Liga, ASBL Aidants Proches Bruxelles, Chimères ASBL, Giscop 84, Giscop 93, Phyto-Victimes, Collectif des victimes des pesticides de l’ouest, Victimes des Pesticides du Québec.
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