C’est une épicerie au concept inhabituel qui a ouvert à la gare de Dinant en novembre 2025. Elle se définit comme une initiative d’alimentation « locale » et « saine » pour le plus grand nombre. Pour favoriser l’accès des personnes économiquement vulnérables à une alimentation de qualité, l’ASBL a cependant fait le choix d’une offre mixte.

Concrètement, le rayon frais est exclusivement issu du circuit court. Le sec, lui, est décliné en une option de grande distribution et une alternative plus durable. En termes de ventes, 44 % de son chiffre d’affaires provient directement du Réseau Radis, une association qui rassemble des producteur·ices agroécologiques de la région dinantaise. Les grossistes bio, comme Vajra, Interbio ou Foodprint, représentent quant à eux 43 %. La grande distribution, avec laquelle elle complète son offre via des marques de l’agro-industrie et celles des enseignes, s’élève à 13 %.

« Notre concept peut paraître flou mais, au moins, on casse les stéréotypes de l’épicerie pour les bobos, dans laquelle il n’y aurait que du bio, ou du magasin pour les pauvres, dans lequel il n’y aurait que de l’industriel », défend Anne-Christine Otte, cheffe de projets à la Fondation CYRYS. La branche philanthropique de l’abbaye de Leffe a réalisé un long travail d’analyse pour évaluer les besoins du public visé avant de financer le projet et de faire appel à la SAW-B, une fédération d’acteurs de l’économie sociale en Belgique francophone, pour son développement. « Ces marques sont un vrai repère pour les clients. On part de leurs habitudes de consommation pour qu’ils découvrent des alternatives plus durables », explique l’un des conseillers, Ho Chul Chantraine.

Selon les responsables du projet, l’enjeu est également d’ordre économique.« Un client vient pour les carottes parce qu’elles sont meilleures qu’ailleurs, et à côté, il achète du riz de marque blanche, témoigne Chloé Fichet, la cogérante de l’épicerie. Il faut que notre panier moyen reste abordable. » Le magasin a également mis en place trois gammes de prix : un premier, sur lequel il dégage une marge plus importante, et deux autres tarifs pour les plus vulnérables, avec une marge moindre. « C’est un principe de vase communiquant. Les réductions rendent les produits accessibles à notre public tandis que les bénéfices dégagés par le prix classique permettent de les financer », détaille Ho Chul Chantraine.