Cafétéria Collective Kali, la propriété d’usage en héritage
Comment protéger un lieu collectif de la spéculation immobilière ? À Liège, les usager·ères de la Cafétéria Collective Kali ont choisi la propriété d'usage pour garantir l'avenir du bâtiment pendant au moins 99 ans. Un modèle qu'ils espèrent voir essaimer.
« Voilà, vous avez détruit la valeur commerciale du 32, rue Saint-Thomas ! » C’est par ces mots malicieux et chargés de symbole que le notaire a conclu la vente du bâtiment qui abrite la Cafétéria Collective Kali, à Liège. Depuis le 18 février 2025, ce lieu autogéré est en propriété d’usage pour au moins 99 ans.
La propriété d’usage d’un bien immobilier est une forme de propriété qui repose sur l’utilisation qu’en font ses usager·ères, plutôt que par la détention d’un titre de propriété marchand. En l’occurrence, il s’agit des collectifs qui occupent la CCKali. Née en 2017, elle accueille les permanences, réunions ou activités d’une dizaine d’associations. « On l’a créée parce qu’il manquait un lieu en centre-ville libre d’accès et pas cher pour des structures qui n’ont pas leurs propres locaux », retrace Marco, l’un des cofondateurs de cet espace qui est occupé quasiment tous les jours.
Il y a environ six ans, le propriétaire de l’immeuble qui abrite la CCKali décide de vendre. Une vraie tuile pour la cafétéria qui bénéficiait jusque-là d’un loyer « modéré » : « On savait que ça ne serait pas possible pour un lieu comme Kali de continuer à payer un loyer plus élevé, avec le changement de propriétaire », explique Lise, de l’ASBL Voix de femmes. « On est vraiment à la frontière du quartier Saint-Léonard, poursuit Tam, membre du Front anti-expulsion, qui tient une permanence tous les mardis. Ça reste assez populaire, mais c’est ici que l’immobilier augmente le plus, avec le quartier des Guillemins. Ça se gentrifie, entre autres à cause du tram et du fait qu’on ne régule pas les loyers. Du coup, c’est le marché privé qui décide. »
Le propriétaire veut que son bien soit racheté par le collectif, mais celui-ci n’en a pas les moyens. « Le bâtiment était en vente à 300.000 €, ce à quoi il fallait ajouter les frais de notaire et la réalisation de travaux urgents. Il fallait réunir environ 400.000 €, dont 350 incompressibles », raconte Émilie, usagère du lieu.
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