« Delhaize, c’est le symbole du retour d’un despotisme d’usine »
Dans un contexte économique et politique qui lui est peu favorable, le syndicalisme a du mal à se réinventer. Bruno Bauraind, Secrétaire général du Gresea, nous éclaire sur l’état de la fameuse concertation sociale à la belge, à travers un conflit récent et qui marquera l’histoire sociale de notre pays : le cas Delhaize.
Bruno Bauraind, vous êtes le Secrétaire général du Gresea. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi le taux de syndicalisation en Belgique – qui oscille autour de 50% – est en léger recul depuis une petite décennie ?
La présence historique des syndicats dans les entreprises est actuellement attaquée par des choix stratégiques d’externalisation (sous-traitance, franchisation) qui ont un impact sur le taux de syndicalisation des travailleur·euses. Dans la grande distribution, vu le recours très important à la franchise, comme on l’a vu chez Delhaize, les seuils pour avoir une délégation syndicale et œuvrer en collectif sont plus compliqués à atteindre. Lorsqu’il n’y a plus d’obligation pour le patronat de reconnaître une représentation syndicale, les syndicalistes sont maintenus à l’extérieur de l’entreprise. Vouloir devenir délégué·e dans un magasin franchisé aujourd’hui, c’est risquer le licenciement.
Quelles sont les autres stratégies des géants de la grande distribution pour se débarrasser des syndicats ?
Dans le contexte néolibéral actuel, le syndicalisme est catalogué comme un mouvement conservateur. Et il est très difficile d’attirer des candidat·es délégué·es car c’est un mandat chronophage et il y a des formes de discrimination syndicale (ça peut impacter la carrière, les possibilités de promotion). De plus en plus souvent, on observe une grande solitude des délégués syndicaux et une difficulté à mobiliser la base parce qu’elle a peur pour son emploi. C’est aussi à force de vivre des restructurations que peu à peu, les syndicalistes chevronné·es partent sans avoir pu transmettre leur connaissance de terrain.
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