Des nuages pour arroser des vergers
Sur l’île d’El Hierro, où il ne pleut pratiquement plus, un biologiste polonais intrépide veut capturer l’eau des nuages pour faire pousser des fruits, et en faire un exemple d’agriculture sans irrigation. Un véritable défi sur une terre lointaine et traditionnelle.
Ce matin de mi-février, l’épais brouillard humide chargé de gouttelettes d’eau avait, comme à l’accoutumée aux aurores, recouvert la totalité des deux collines. Sur l’une d’entre elles, ne percent que les couleurs ardentes des habits de Michal Mos, biologiste d’origine polonaise, et les silhouettes flashy des agents du service Environnement du gouvernement insulaire, agrippés à la pente trempée. Recroquevillés au-dessus des plants de hayas, les mains dans l’humus, tous s’attellent, après deux premières sessions en janvier, à la plantation d’une forêt d’essence autochtone.
Pour en arriver là, Michal Mos a dû longtemps patienter. Quatre longues années. C’est dire si, ce matin-là, sur son île adoptive d’El Hierro, bouillonnant d’idées nouvelles, il pense être arrivé au bout de ses surprises. C’était sans compter sur le chef de l’équipe Environnement. « Il venait de débarquer, et il m’a demandé, étonné : » Je ne comprends pas ! Pourquoi ne plantez-vous pas des arbres fruitiers plutôt qu’une forêt ? » », nous rapporte le biologiste, mi-amusé, mi-incrédule.
Cette remarque, il l’a si souvent entendue sur cet îlot des Canaries, terre la plus australe du vieux continent plantée au beau milieu de l’Atlantique, qu’il pensait ne plus devoir y faire face. « Planter une forêt ? C’est stupide, ici paissent nos vaches ! », s’exclamaient les éleveurs voisins. De fait, pour les habitant·es de l’île, qu’avait à donner une forêt ? « Dans leur esprit, la priorité, c’est toujours qu’il faut pouvoir se nourrir ; et pour eux, la montagne et la forêt ne donnent pas à manger », avance Jose Javier Garcia, pépiniériste local qui fournit les plants pour la future forêt.
Sans doute est-ce dû aux traces laissées par les famines qu’a connues l’île au XXe siècle, conséquence notamment de sécheresses répétées, à l’origine d’une vague d’émigration massive, notamment vers le Venezuela. Une évidence en tout cas : le projet de verger biologique sans irrigation de Michal Mos, couplé à une forêt destinée à capturer l’eau des pluies « horizontales » frappant l’îlot pour la redistribuer, est précurseur ici. Une petite révolution.
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