C’était en mars 2023. Un courrier individuel arrive dans chaque ferme. Il dévoile un projet de réglementation sur la gestion des risques d’érosion, dont l’application devait être effective deux ans plus tard. Il fait l’effet d’une bombe dans le monde agricole. Grâce à un code, l’agriculteur a accès à une carte où ses parcelles sont teintées de noir, de violet ou de rouge selon leur sensibilité à l’érosion, calculée par un modèle cartographique multicouches. Facteur de risque numéro un pour l’érosion : la pente d’une parcelle et sa longueur. Et si, sur ces parcelles sensibles à l’érosion, on implante une culture dite « sarclée » comme le maïs, la betterave, la pomme de terre ou la chicorée, le risque augmente et la réglementation demande de le maîtriser.

Les plantes sarclées, ce sont ces cultures qui sont semées au printemps dans de la terre bien affinée. Afin d’ôter les herbes indésirables qui poussent entre les lignes plus rapidement que la culture programmée, les agriculteurs avaient coutume de les couper avec un sarcloir, lors d’une opération dénommée sarclage, d’où le nom de plante sarclée. Aujourd’hui, les herbicides ou les bineuses réalisent ce travail. Si un orage tombe sur de tels couloirs de sol affinés et mis à nu, c’est la coulée de boue assurée si la terre est en pente.

Dans le monde agricole, cette nouvelle réglementation sur la gestion des risques d’érosion a suscité l’inquiétude et la colère. « Si on veut dégoûter les agriculteurs de faire de l’environnement, c’est comme cela qu’il faut procéder », s’indigne Benoît De Coene, agriculteur éleveur à Maransart (Lasnes). Et de s’expliquer… « Toutes mes terres sont en pente, ce qui signifie qu’en l’état de la réglementation, je ne pourrais plus y cultiver de betteraves, de chicorées ou de pommes de terres, qui sont les cultures qui me permettent de rembourser les lourds emprunts que j’ai dû réaliser pour acheter les terres que je cultive. Je ne pourrais plus non plus y mettre de maïs, la principale nourriture de mes vaches. Il me reste les prairies et les céréales, mais on ne remplit pas son compte en banque avec une culture dont le prix de vente est complètement déconnecté de ses coûts de production. Seuls des spéculateurs ne savant même pas planter un radis s’en mettent plein les poches. »

Discuter de leur vrai métier