Antonio Hernandez Guerra est un homme pressé. À peine entré dans sa vaste bananeraie, le temps de montrer un pied mère et ses rejets, et de vanter ses fruits « soignés et beaux », ce septuagénaire en chemise blanche et pull sans manches couleur crème est déjà reparti à bord de son imposant 4x4. Il a d’autres obligations. Son activité d’agriculteur, tel qu’il se présente, n’est qu’une casquette parmi d’autres sur l’île de Gran Canaria, deuxième de l’archipel des Canaries. « Don Antonio », comme l’appellent ses employés, est aussi avocat fiscaliste, actuaire en assurance et patron d’une agence immobilière prospère.

« Je suis un cas un peu particulier », concède l’entrepreneur, non sans fierté. Trente employés travaillent dans sa prospère bananeraie en agriculture conventionnelle de la commune de Bañaderos au nord de l’île, réputée pour abriter surtout des petits producteurs. « J’ai même deux maçons, ce n’est pas commun, car il y a toujours des vieux murs ou des routes à arranger », s’amuse l’homme d’affaires.

18.000 travailleurs directs et indirects

Avec 22,5 hectares, Antonio Hernandez fait partie des gros producteurs bananiers de Gran Canaria, bien que les plus gros dépassent les 100 hectares sur ce bout d’Espagne au milieu de l’Atlantique, non loin des côtes marocaines. « Hier, on a rempli 19 camions de bananes avec 1.520 régimes (grappes, NDLR), raconte Miguel Marrero, le chargé d’exploitation, en piétinant les gigantesques feuilles de bananiers coupées à la machette et broyées ensuite pour en faire de la matière organique. On était 15 pour ça, car c’est un travail très dur où l’on doit porter 50 kilos en moyenne sur notre dos », précise cet ancien maçon, reconverti dans la banane depuis la crise économique de 2008 qui a durement frappé l’Espagne.