En France, une reconnaissance arrachée pour les victimes
En France, trois pathologies sont aujourd’hui reconnues comme maladies professionnelles liées aux pesticides. Une reconnaissance arrachée par des associations de victimes, des agriculteurs et des salariés agricoles. Retour sur ce combat qui ouvre la voie.
Nous étions fin août 2025, dans le département de l’Eure (Normandie). Quelques engins agricoles travaillaient dans les champs de maïs ; plus loin, d’autres retournaient la terre, soulevant des nuages et des tourbillons de poussière. C’est dans ce décor de production à grande échelle que nous avons rencontré Antoine Lambert, agriculteur céréalier de grande culture (170 hectares) atteint d’un myélome multiple et président de l’association Phyto-Victimes (494 adhérents, hors donateurs).
« C’est assez paradoxal, je n’avais pas vraiment de symptômes avant de commencer le traitement. C’est un cancer qui ne se guérit pas. Je dois suivre une chimiothérapie à vie. » Tout a démarré par une hypertension difficile à équilibrer, puis une embolie pulmonaire passée presque inaperçue en pleine moisson, puis des mois d’examens négatifs. Jusqu’à une biopsie de l’os du bassin et un diagnostic qui tombe enfin. On est en 2021, il a 49 ans.
« Les produits phytosanitaires ont toujours fait partie du quotidien ici, comme dans toutes les fermes du coin. J’ai commencé à les utiliser moi-même à 25 ans. J’ai toujours essayé d’en faire un usage modéré, c’est un choix personnel. Mais je les utilise quand même. »
Quand il tombe malade, Antoine n’est pas tout à fait un agriculteur comme un autre. Déjà en 2012, sensibilisé à l’impact des pesticides, il témoignait au Sénat sur la réduction de leur usage dans son exploitation. Ce jour-là, une toute jeune association citoyenne prend la parole juste après lui, Phyto-Victimes. Des agriculteurs et des salariés agricoles, tous malades, qui cherchent à faire reconnaître leur maladie professionnelle. « À l’époque, il n’existait aucun cadre juridique pour ça. Les médecins leur disaient que leur maladie était très probablement liée à une exposition aux pesticides mais les connaissances scientifiques restaient trop lacunaires pour aller plus loin », se souvient-il. Il adhère à l’association, prend des responsabilités et finit par présider l’association à partir du confinement Covid, quand le fondateur, gravement malade, doit passer la main.
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