Les sangliers, plaie des champs ?
En Wallonie, le sanglier occasionne de plus en plus de dégâts dans les champs et les prairies. Certain·es agriculteur·ices peinent parfois à se faire indemniser par les chasseurs, pourtant tenus responsables. Au cœur des tensions : la gestion de l’espèce, en surnombre, fait planer la menace du retour de la peste porcine africaine.
Les sangliers, il y a vingt ans, ça restait exceptionnel. Maintenant, on en croise même en journée », relate Jean-Jacques, qui élève des vaches laitières avec Anne, son épouse, à la frontière hesbignonne. L’hiver, des mâles solitaires quittent parfois les bois alentours pour s’aventurer sur leurs prairies et cultures. « On peut être tranquilles pendant 3 mois et d’un coup, on voit que ça bouge, que ça fourrage. » Ces passages occasionnels peuvent avoir de lourdes conséquences : « L’année passée, on avait une magnifique orge d’hiver et un mois avant la récolte, les sangliers sont venus s’en mêler, souffle l’agriculteur. C’était l’enfer, un trou tous les 20 mètres. On a dû perdre deux tonnes de céréales. » En 2021, le couple a même cessé de cultiver du maïs pour nourrir son bétail, à cause, cette fois, des corneilles qui mangeaient les semis, en plus des sangliers qui venaient les piétiner. Depuis, ils l’achètent en balles. Du travail en moins, mais un budget en plus, « de l’ordre de 40 à 50 000 euros chaque année. »
Autre région, même phénomène. « Des dégâts, j’en ai chaque année », constate Nicolas André au milieu de ses prairies parsemées de trous. L’éleveur bovin, dont la ferme familiale est située à Manhay, dans les Ardennes, est habitué aux incursions du sanglier, qui vient en bande gratter sa terre afin de dégoter des vers. Les animaux surgissent de la forêt attenante, d’où sortent également cerfs, biches et blaireaux. Nicolas remarque néanmoins un changement dans leur comportement : « En été, quand je vais chercher les vaches à 5 heures du matin, les sangliers sont dans le pré, à 20 mètres de moi, sans bouger. Idem avec les biches, elles n’ont plus peur. » En cause selon lui : l’évolution des pratiques de chasse, qui ne remplit plus son rôle de régulation : « Plus ça avance, moins on a de vieux chasseurs et plus ça s’empire. Cela devient du business. »
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